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Les rachats d’actions : Un des moteurs de hausse du S&P 500

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09/05/2017 | 11:03
L’indice phare américain, le S&P 500, se positionne pour établir de nouveaux records au-delà des 2400 points. Rien ne semble être en mesure de briser cette dynamique haussière en vigueur depuis 2009. Celle-ci est confortée par de bons résultats d’entreprises, notamment ceux d’Alphabet et de Facebook, qui parviennent encore à dépasser les attentes. A cela vient se greffer une stratégie qui prend de plus en plus d’ampleur, les rachats d’actions.
On parle de rachats d’actions lorsqu’une société côtée achète directement ses propres actions en circulation sur le marché. C’est donc, au même titre qu’un versement de dividendes, un moyen d’assigner un flux de trésorerie à ses actionnaires. Ces rachats sont en général synonymes d’une bonne nouvelle pour les investisseurs. Au-delà du choix stratégique qui pourrait permettre aux dirigeants de modifier l’équilibre de la structure actionnariale du groupe, elles constituent un message positif envoyé aux actionnaires dans la mesure où son bénéfice net par action (BNA) augmentera mécaniquement. La réduction du nombre d’actions en circulation entraîne effectivement une relution, qui tire à la hausse le BNA et provoquera donc par ce même mécanisme une révision à la hausse des BNA des sociétés concernées par les analystes.  

Prenons le cas concret d’Apple, qui occupe la première place des entreprises usant de cette stratégie, en rachetant ses propres actions pour une coquette somme de 150 milliards de dollars entre 2012 et 2017. Le groupe à la pomme a décidé d’aller encore plus loin, en annonçant lors de la présentation des résultats trimestriels, une extension du programme de rachats d’actions de 175 à 210 milliards de dollars d’ici à 2019. En termes d’estimations, les analystes prévoient un résultat net de l’ordre de 52,5 milliards de dollars en 2019, soit un BNA de 10,9 USD. L’hypothèse (restrictive) que le prix moyen de rachat sera de 150 USD par titre, se traduit par une annulation de près de 1,5 milliard d’actions sur les 5,3 milliards déjà en circulation. Par conséquence, le BNA post rachat s’établit à 13,4 USD, en hausse de 23% par rapport à la situation initiale.
 
 

Evolution du S&P 500 par rapport à son indice de rachats d’actions
 

Une grande partie de la performance du S&P 500 provient de ces techniques. L’indice BuyBack est calculé de sorte à capturer la performance des 100 titres du S&P 500 présentant les ratios de rachats d’actions les plus élevés au cours des douze derniers mois. Ces titres, qui mènent des stratégies de rachats d’actions, ont nettement surperformé l’indice et accélèrent donc la hausse de ce dernier.

Par ailleurs, il convient de souligner que ces rachats d’actions étaient particulièrement faibles durant la crise de 2008. Pourtant, c’était potentiellement le meilleur moment pour ces groupes de racheter leurs titres, surtout s’ils les considéraient comme sous-évalués. Or, en réalité, les rachats d’actions se sont amplifiés en phase de reprise. Autrement dit, ce paradoxe démontre que ces opérations ne consistent pas à soutenir les cours d’actions anormalement sous-valorisées, (en apportant même de la liquidité sur le marché ou s’échange leurs titres) mais surtout de « bonifier » les BNA. Cela traduit une réalité que certaines cassandres pourront qualifier d’inquiétante. A défaut d’investir dans l’innovation ou leur développement (qui sont les futurs profits de demain), ces sociétés préfèrent assurer un gonflement de leurs profits à court terme. 

 
 
Evolution du CAPEX (dépenses d’investissement) du S&P 500 

 
Il est ainsi aisé de comprendre la nature « dangereuse » de ces opérations utilisées à outrance. La tendance est à la distribution de valeurs, au détriment de l’investissement réel, dont le taux de croissance diminue depuis 2014 (voir graphique ci-dessus). Les BNA sont en partie gonflés artificiellement, ce qui peut constituer un leurre pour les investisseurs qui orientent leurs investissements en fonction de leurs révisions.

Deux cas de figures sont fréquents. Le premier concerne les sociétés assises sur des trésors de cash, à l’image d’Apple par exemple. A défaut de croissance, ces groupes optent pour ces stratégies de redistribution qui présentent l’avantage d’améliorer instantanément le BNA tandis qu’une politique dédiée à l’investissement mettrait des années à atteindre un résultat similaire. Le second cas touche les entreprises en manque de dynamisme, qui s’endettent à taux bas pour racheter leurs actions. Il n’est pas sans rappeler que dans un environnement de hausse des taux, ce cas de figure deviendra moins fréquent.  

Néanmoins, les rachats d’actions ne pourront éternellement pallier le manque d’investissement. Seuls des investissements rentables, dédiés à l’innovation ou à la modernisation de l’appareil productif, garantissent une bonne tenue des BNA sur de longues échéances. Ne perdons donc pas de vue que ce modèle n’est pas viable sur le long terme. Une société qui arbitre en faveur de ses profits à court terme aux dépens de ses investissements pour le futur fussent-ils risqués, acceptent un scenario de déclin. Nous pourrions y associer cette image évoquée par Warren Buffet. « C’est quand la mer se retire qu’on voit ceux qui se baignent nus. »

Jordan Dufee
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