FTSE JSE All : Le paradoxe sud-africain

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28/07/2017 | 16:36
Tandis que le contexte politico-économique de la première puissance africaine s’effrite de plus en plus, l’indice de Johannesburg évolue paradoxalement à des niveaux historiquement élevés.
L’autorité du Président Jacob Zuma est plus contestée que jamais. Alors que les accusations de détournements de fonds publics et de collusions avec le milieu des affaires s’accumulent, J. Zuma sera de nouveau confronté au vote de défiance le 8 août prochain. Les observateurs martèleront qu’il a déjà survécu à huit motions de défiance et qu’une de plus ne sera qu’une formalité, mais cette fois-ci le vote du Parlement se déroulera avec des bulletins secrets, de quoi changer la donne.

Le pays ne parvient pas à sortir d’une crise politique, relancée par un remaniement ministériel contesté, handicapant un peu plus le gouvernement à mener des réformes structurelles nécessaires. Celui-ci semble incapable d’endiguer la montée fulgurante du chômage, qui s’établit à un niveau historiquement élevé à 27,7% pour le premier trimestre 2017. Cette séquence d’incertitude qui pénalise l’activité, se ressent sur la croissance économique qui restera faible en 2017, celle-ci étant estimée à seulement 0,8%. Par ailleurs, l’inflation demeure toujours installée dans la fourchette supérieure de la cible fixée par la Banque Centrale sud-africaine autour de 6%, faisant planer le danger d’une stagflation.

Par conséquent, les principales agences de notation ont sanctionné le pays par une nouvelle dégradation de sa note souveraine, qui a perdu son statut d’ « investment grade » pour désormais basculer sur le segment spéculatif. Cette dégradation n’est pas sans conséquence et aura un impact direct sur les taux d’intérêt, augmentant in fine le coût de la dette du pays, qui représentait déjà plus de 10% des dépenses du gouvernement en 2016. En d’autres mots le cercle vicieux se poursuit, limitant un peu plus les marges de manœuvre du gouvernement à stabiliser son endettement.

L’environnement des affaires en pâtît, se traduisant concrètement par des pressions baissières sur le rand, la monnaie nationale. La devise sud-africaine s’est fortement dépréciée depuis 2012, en perdant plus de 50% de sa valeur au plus bas de 2016 (phase 1 du graphique ci-dessous). 

 

Mise en perspective de l’or et de la paire ZAR/USD – source Zonebourse
 
Le rand s’est pour autant repris début 2016 (phase 2), largement soutenu par deux éléments liés entre eux, la baisse du dollar d’une part et la reprise des cours des métaux précieux d’autre part. La fragilité du dollar Index, s’est effectivement accompagnée d’un rebond des matières premières, et plus particulièrement de l’or, contribuant à renforcer le rand face au dollar. Le métal jaune constitue une part importante des exportations sud-africaines et le pays se hisse par ailleurs à la première place des exportateurs d’or, de platine ou encore de chrome.

Pour autant, la République d’Afrique du Sud s’efforce de diversifier son économie pour s’affranchir des contraintes d’une trop forte dépendance à l’or. Cette volonté se ressent au sein de l’évolution de la composition de l’indice boursier de Johannesburg, le FTSE JSE All Share. 
 

Composition sectorielle du FTSE JSE ALL SHARE - source FTSE
 
Les entreprises du secteur des matériaux de base ne représentent que 15% de l’indice, ce qui est relativement faible pour une économie dont les produits miniers matérialisent 30% des exportations totales. La part de la filière aurifère est d’autant moins représentée que le secteur des matériaux de base est composé de sous-secteurs diversifiés, allant de l’industrie forestière à l’extraction des métaux non précieux. La part du secteur minier devrait par ailleurs se contracter dans les prochaines années, en raison de l’introduction d’une nouvelle charte minière stipulant qu’un minimum de 30% du capital d’une société du secteur soit détenu par des sud-africains noirs. Ce nouveau cadre légal pourrait ainsi dissuader de nombreux futurs investisseurs.

Malgré les nombreux défis auxquels font face les sud-africains, l’indice boursier national approche paradoxalement de ses records historiques autour de 55 000 points. Il convient toutefois de neutraliser l’effet devise, en tenant compte de la forte dépréciation du rand. De ce fait, l’indice exprimé en dollar dévoile une réalité plus nuancée, les cours n’évoluant plus sur leur record historique, mais demeure néanmoins sur des niveaux élevés. 

Graphique du FTSE JSE ALL SHARE sur 20 ans :
 

Evolution historique de FTSE JSE ALL SHARE exprimé en rand (ZAR) et en dollar (USD) - source Bloomberg
 
Les valeurs minières ont certes contribué à cette tendance à travers le rebond des prix en 2016 (bien visible sur le graphique libellé en dollar), mais l’indice emblématique de Johannesburg a surtout brillé à travers d’autres secteurs tels que les biens de consommation et les technologies, à l’image de Naspers, la plus grande capitalisation du secteur (la valeur représente à elle seule 15% de l’indice), qui progresse de 40% depuis le début de l’année.  

 

Evolution du FTSE JSE ALL SHARE en données hebdomadaires - source Zonebourse
 
L’indice de Johannesburg fluctue depuis 2015 au sein d’un trading range bien travaillé dont la sortie haussière pourrait être imminente. Une cassure de cette bande de fluctuation ouvrirait un nouveau potentiel d’appréciation en direction des 60 000 points. 
 
Jordan Dufee
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