Interview-Le M5S gomme son image anti-européenne, réclame une réforme de l'UE

Envoyer par e-mail
07/12/2017 | 23:01

par Giselda Vagnoni et Gavin Jones

ROME, 7 décembre (Reuters) - Le Mouvement Cinq-Etoiles (M5S) soutient l'Union européenne et souhaite transférer vers le Parlement européen d'importants pouvoirs législatifs, assure désormais son dirigeant, Luigi Di Maio, loin des positions passées très eurosceptiques de la formation contestataire italienne.

"Nous sommes pro-UE et nous entendons contribuer à l'avenir de l'Europe", a déclaré à Reuters le vice-président de la Chambre des députés, qui est âgé de 31 ans et a été massivement élu en septembre dernier à la tête du M5S.

Le mouvement fondé par l'humoriste Beppe Grillo est en tête des sondages avant les élections législatives prévues d'ici mai prochain en Italie. Il s'emploie depuis des semaines à rassurer sur sa capacité à gouverner.

Luigi Di Maio s'est ainsi rendu le mois dernier à Washington et des responsables du M5S ont rencontré à Rome des représentants de grandes banques internationales et de fonds spéculatifs.

S'il remporte les élections, précise Luigi Di Maio, le M5S négociera avec les partenaires de l'Italie pour tenter de mettre en place dans l'UE une politique de dépenses publiques pour lutter contre la pauvreté et les inégalités croissantes au sein du bloc communautaire.

"Si elle se réforme, l'UE peut être une solution à beaucoup de nos problèmes", a insisté Di Maio, soulignant combien la position du M5S sur l'Europe et l'euro a changé depuis 2014.

La formation militait alors pour la sortie de la monnaie unique européenne et avait formé au Parlement européen un groupe avec l'UKIP (Parti de l'indépendance du Royaume-Uni), l'un des fers de lance de la campagne en faveur du Brexit.

RÉFÉRENDUM SUR L'EURO "EN DERNIER RECOURS"

Luigi Di Maio a estimé que la défaite des partis traditionnels en France, et les difficultés à former des gouvernements stables et majoritaires en Allemagne, en Espagne ou au Portugal montrent que les politiques d'austérité, depuis longtemps combattues par son mouvement, sont largement tombées en disgrâce au sein de l'UE.

Le dirigeant du M5S n'exclut pas totalement l'idée d'un référendum sur l'euro mais uniquement en "dernier recours", si l'Italie n'obtient pas de ses partenaires des concessions sur la gouvernance de l'Europe.

"Nous étions fortement opposés à l'euro car à l'époque, il y avait une grande différence entre nos positions et la position monolithique en faveur de l'austérité promue par l'Allemagne qui dominait l'Europe", a-t-il expliqué.

Le M5S a tenté en janvier cette année de rompre avec l'UKIP au Parlement européen et d'intégrer l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (Alde), mais la manoeuvre a échoué en raison des réticences de plusieurs partis au sein de l'Alde, dont le Modem.

Di Maio a déclaré qu'à l'issue des prochaines élections européennes en 2019, le M5S ne s'allierait avec aucun mouvement "extrémiste, populiste, xénophobe ou de gauche à l'ancienne".

Sur le plan intérieur, même en cas de victoire aux prochaines législatives et s'il est crédité de 28% des voix avec trois points d'avance sur le Parti démocrate (centre gauche) au pouvoir, le M5S ne paraît pas en mesure d'obtenir une majorité parlementaire et aucun autre parti ne veut s'allier avec lui.

Luigi Di Maio répond qu'il a l'intention de former un gouvernement minoritaire et de demander le soutien des autres partis sur chaque texte au cas par cas. (Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

© Reuters 2017
Envoyer par e-mail