Matières premières : ABCD : Le club des « Big 4 » qui touche du blé

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16/05/2017 | 17:51
Dotée d’une stabilité politique et sociale reconnue, d’infrastructures de qualité, d’une main d’œuvre hautement qualifiée et multilingue, et de systèmes bancaires et fiscaux avantageux, la Suisse attire les sociétés de négoce depuis des siècles. Se sont installés au fil des années, les quatre mastodontes du commerce des matières premières, les fameux « ABCD ». Découvrez qui sont ces géants du business international et pourquoi ont-ils choisi l’arc lémanique pour s’implanter.
Présentation des sociétés :
 
 
Archer Daniels Midland (ADM) créée en 1902 sous le nom de Daniels Linseed Co à Minneapolis, est une société américaine spécialisée dans le commerce des matière
s premières et des produits agricoles. L’entité intervient dans la négociation, le stockage, le transport et la distribution des denrées telles que les produits oléagineux, le maïs, les arachides, le blé, etc., qui sont utilisées dans l’alimentation humaine et animale.
En 2007, l’entreprise installa son siège social à Rolle, entre Genève et Lausanne, en Suisse.
 
Son chiffre d’affaires en 2015 s’élevait à 67.7 milliards de dollars et son bénéfice net à 4.02 milliards.
Bourse : NYSE
 
Bunge fût créée en 1818 à Amsterdam. C’est une société mondiale agro-alimentaire qui commerce des produits agricoles comme des céréales et des oléagineux, et il est aussi l’un des principaux négociants en sucre et éthanol. Le Groupe achète, vend, stock, transporte et transforme les matières agricoles entrant dans le processus de fabrication des tourteaux de protéines pour alimentation animale et des huiles comestibles.
Le siège social a déménagé de Zurich pour s’installer à Genève.
Son chiffre d’affaires en 2015 s’élevait à 43.455 milliards de dollars, et son bénéfice net à 2.693 milliards.
Bourse : NYSE
 
Cargill a été créée en 1865 au Minnesota. Cette société américaine fournit des services et produits agroalimentaires, industriels et financiers. Elle propose une large gamme de céréales et oléagineux, notamment pour la nutrition des animaux.
Son siège social est situé à Genève.
Le chiffre d’affaires réalisé en 2015 atteignait les 120,393 milliards de dollars et son bénéfice net 1.583 milliards.
Bourse : non cotée
 
Dreyfus (Louis), créée en 1851, est une société d’origine alsacienne. C’est l’un des principaux commerçants, transformateurs, distributeurs et spécialistes en traitement de produits agricoles dédiés aux services alimentaires. Comme ses trois concurrents, l’entreprise intervient également dans le transport des marchandises et dans la gestion des risques.
Son siège social se situe désormais à Amsterdam, néanmoins une de ses plus importantes filiales se trouve à Genève.
Le chiffre d’affaires de la société en 2015 était de 55,733 milliards de dollars et son bénéfice net de 211 millions.
Bourse : non cotée
 
Le club « ABCD » se partage 80% du marché des céréales à eux-seuls. 
 
Pourquoi la Suisse ?

Plusieurs facteurs expliquent la raison de ce succès, et le premier remonte au XVème siècle, lorsque le petit pays commençait à être réputé pour ses foires, réunissant tous les marchands d’Europe du Sud et du Nord, grâce à sa position centrale stratégique.

Progressivement, Genève se plaça dans les esprits comme un important pôle de négoce international, et au XIXème siècle, plusieurs entreprises de renommée comme Nestlé, Volkart, ou encore André, s’y sont installées. Ces géants ont ainsi réussi à faire de la Suisse le centre commercial mondial des matières premières, grâce à la commercialisation de produits agricoles tels que le coton, le café, le cacao, etc. Au cours du siècle suivant, ce sont cette fois-ci les sociétés de négoce, comme Cargill, qui sont venues s’implanter en Suisse afin de se rapprocher de leurs principaux clients, tels que les trois entreprises citées précédemment.

Une autre époque marqua l’histoire du commerce international en Suisse : le lendemain de la Première Guerre mondiale. En 1918, alors que la Guerre fût dévastatrice dans toutes les régions du monde, le pays helvétique, qui était neutre et épargné des conflits, se retrouva au cœur d’une Europe meurtrie. Le pays se porta alors volontaire pour accueillir le siège de la « Société des Nations » en 1920, qui est une sorte de comité réunissant les représentants de la majorité des pays du monde, afin de discuter, négocier et désamorcer les conflits. Moins impactée que ses voisins, la Suisse souffrit néanmoins d’une grève générale des travailleurs, à cause de la hausse des prix et des heures de travail, parallèlement à une baisse de salaires. Ainsi, d’autres institutions virent le jour durant cette même période, comme celle de l’organisation internationale du travail, venues confirmer l’image d’un pays neutre et ouvert au monde.

Ce statut a d’ailleurs été renforcé depuis, notamment dans les années 90, à la fin de la guerre froide, car la Suisse – connue comme un lieu de neutralité – avait ouvert ses frontières à de grandes firmes étrangères, majoritairement américaines et russes (comme les sociétés pétrolières russes Lukoil et Rosneft, ou l’américain Koch Trading, par exemple).
C’est pourquoi la Suisse, et plus particulièrement la cité de Calvin et Zoug, s’est imposée depuis des décennies comme la plaque tournante des matières premières. Selon l’association genevoise GTSA (Geneva Trading and Shipping Association), Genève est d’ailleurs devenue la première place mondiale de négoce des ressources naturelles, devançant ainsi Londres depuis 2011. En effet, l’arc lémanique Genève - Lausanne comprend plus de 550 sociétés de trading, 36 000 employés et l’activité de négoce représentait 4% du PIB suisse en 2016. 

 
Conclusion :

En 2016, selon la Banque Nationale Suisse (BNS), les recettes issues du négoce de matières premières (« commerce de transit » dans la nomenclature de la BNS) excédent les dépenses de 26.319 milliards de francs suisses, soit environ 26 milliards de dollars. En 2006, ce montant s’élevait à 8.8 milliards de dollars, autrement dit, les revenus du commerce international des matières premières ont été multipliés par trois sur les dix dernières années en Suisse.

Comme on peut le voir dans les chiffres, les géants du commerce ont su bénéficier au fil des années des nombreux avantages qu’offre la confédération helvétique, et ainsi développer leur business de façon pharamineuse. Les lois en vigueur ont toujours été des points forts attirants les plus grandes sociétés de négoce, et malgré les pressions de plusieurs lobbyistes, il n’est pas prévu que cela change. En effet, le 28 février 2016, les suisses des différents cantons étaient appelés à voter pour la mise en place de restrictions concernant l’investissement de certains produits alimentaires, pour éviter la spéculation et combattre les famines, mais celles-ci ont été refusées. De plus, le 12 février dernier, la population suisse a également rejeté la réforme de l’imposition des entreprises, RIE III, qui proposait de supprimer le taux d’imposition réduit dont jouissent les multinationales présentes sur le territoire.

Enfin, chaque année, les membres de la communauté du négoce des matières premières se réunissent afin de discuter de la demande mondiale, des approvisionnements, de la concurrence et de la volatilité des cours. Le sommet des matières premières à Lausanne a déjà eu lieu, du 25 au 27 mars derniers, tout comme le contre-sommet organisé en parallèle par les manifestants, et Genève accueillera du 14 au 16 novembre le « Global Grain Event », avec ses quelques 1000 participants attendus et 550 multinationales. 

Anaïs Lozach
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