Quatre facteurs pourraient pousser la BCE à sortir rapidement de son statu quo

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09/06/2017 | 15:29
Gérant associé chez Amplegest
Que retenez-vous de la dernière réunion du Conseil des gouverneurs et de la conférence de presse de Mario Draghi ?
Ce qui ressort est assez consensuel. Mario Draghi a entériné une vision économique majoritairement admise, à savoir une amélioration de la conjoncture dans l’ensemble de la zone euro. Parallèlement, il a confirmé l’absence de poussées inflationnistes. Par conséquent, un certain statu quo a été décidé à la fois sur le plan du programme d’achat d’actifs et au niveau des taux.

La principale annonce faite par la Banque centrale a été le retrait d’une mention dans son communiqué officiel faisant référence à une possible baisse des taux d’intérêt si cela était nécessaire. Qu’en pensez-vous ?
Ce changement de sémantique n’est pas négligeable. Jusqu’à aujourd’hui, il n’excluait pas de baisser les taux davantage. Par le retrait de ces quelques mots, la probabilité d’une baisse additionnelle s’en trouve très réduite. C’est une déduction logique par rapport à l’évaluation plus positive du contexte économique dressé.

La modification du communiqué sur ce point ne signifie absolument pas une remontée prochaine des taux. Ces derniers devraient demeurer au niveau actuel tant que l’inflation demeure faible. Très clairement le benchmark pour Mario Draghi dans les mois à venir sera l’évolution de cette inflation plus que celle de la croissance économique.

Le retrait de cette mention implique-t-elle selon vous une nouvelle intervention de la BCE sur son programme d’achat d’actifs d’ici la fin de l’année ?

Mario Draghi est resté assez flou à ce sujet. A priori, les injections de liquidité à hauteur de 60 milliards d’euros par mois ont vocation à perdurer encore plusieurs mois au moins jusqu’à la fin de l’année. Par la suite, la position de la BCE sera fonction d’une analyse pragmatique de la situation.

En début d’année, une partie du marché en était arrivée à tabler sur une intervention de la BCE sur son taux de facilité de dépôt dès cette fin d’année. Tel n’est plus du tout le cas. Comment l’expliquez-vous ?

Par l’effet de base des matières premières sur l’inflation. Cet effet était défavorable en début d’année. Il est redevenu favorable. L’inflation faciale s’en est trouvée réduite. Le risque inflationniste a été écarté.

Au demeurant, l’influence des matières premières sur l’inflation est appréhendée avec beaucoup de prudence par la BCE. La remontée de l’inflation sous l’impulsion d’une hausse des cours des matières premières fin 2016 et début 2017 n’avait pas été suffisamment alarmante pour pousser la BCE à changer son fusil d’épaule dans la mesure où le phénomène était de nature conjoncturel et donc temporaire.

Lors de sa conférence de presse, Mario Draghi a mis l’accent sur les raisons structurelles de la faiblesse de l’inflation... Qu’est-ce que cela vous évoque ?

On constate effectivement que l’inflation ne redémarre pas pour des raisons structurelles liées au changement de mode de l’économie. Il n’y a pas encore d’inflation salariale en Europe que ce soit en Allemagne ou en France.
Nous restons dans un monde profondément désinflationniste. En témoigne la situation aux Etats-Unis qui est très en amont en termes de croissance par rapport à l’Europe. Alors que le pays est en plein emploi, que les salaires montent, l’inflation est atone.
Qui plus est, les prix des matières premières, en premier lieu desquels l’énergie ont suivi ces derniers mois une tendance descendante.

A présent, il y a probablement lieu de relativiser. Il y a quelques mois, était évoqué un risque de déflation. Il n’en est plus question.

Que suppose le fait d’avoir une inflation structurellement basse par rapport à la BCE ?

La politique de la BCE devrait rester encore accommodante longtemps. En toute vraisemblance la BCE devrait commencer par diminuer davantage son programme d’achat d’actifs avant d’envisager de toucher aux taux.

Que signifie cette inflation structurellement basse, et l’éventuel statu quo qui en découlera pour la BCE au cours des trimestres à venir quant à l’influence de la BCE sur les marchés ?

Cela fait un certain temps que les annonces de la BCE n’ont pas d’impacts marquants sur le marché en raison d’absence de surprises. Toutefois le maintien de taux bas durablement et l’injection de liquidité abondante sont des paramètres favorables à l’investissement sur les actifs risqués.

Quels facteurs pourraient pousser la BCE à sortir de son statu quo à plus brève échéance ?

Peut-être un choc de matières premières. Egalement plusieurs chiffres concomitants montrant une accélération de la croissance et des salaires. Nous pourrions avoir une normalisation plus rapide de la politique monétaire si nous avions par exemple des indicateurs très favorables trois mois consécutifs.
Une appréciation ou une dépréciation trop vive de l’euro par rapport au dollar pourrait aussi inciter la BCE à sortir de ses retranchements.
Une dégradation de la situation économique de la Chine serait une autre bonne raison pour amener la BCE à agir.

Enfin, et non des moindres, une accentuation de la pression politique venant d’Allemagne pourrait influer le comportement de la BCE. Un changement de gouvernance est en perspective pour la BCE. Un candidat pressenti au remplacement de Mario Draghi est le gouverneur de la Bundesbank.
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