C'est qui le plus fort, Tesla ou Ferrari ?

19/02/2021 | 16:14

Le secteur automobile surperforme le reste de la cote depuis le mois de novembre dernier et le retour en grâce des valeurs cycliques. Tous les constructeurs en ont profité, ce qui a permis de détourner (momentanément) l'attention de l'envahissant dossier Tesla. Comme nous l'avions déjà fait l'année dernière, nous avons comparé la capitalisation des principaux constructeurs cotés avec leurs ventes de véhicules annuelles. Il est question de Ferrari et de Tesla. Mais rassurez-vous, de Stellantis et de Renault aussi.

Contrairement aux apparences, l'exercice n'est pas futile. D'abord parce qu'il permet de constater les écarts colossaux que les investisseurs sont prêts à payer entre deux constructeurs de véhicules automobiles. Ensuite parce qu'il met en lumière une réalité chiffrée sur l'exubérance de certaines valorisations. Enfin parce qu'il permet de montrer que le marché classe actuellement les industriels en trois grandes catégories : ceux qui ne sont pas vraiment considérés comme des industriels automobiles (Ferrari, Tesla) et ceux qui sont perçus comme des constructeurs raffinés (Daimler, BMW et Toyota bien que ce dernier ressemble plus à VW qu'à BMW). Suit la masse des autres, qui comprend de gros vendeurs internationaux (Volkswagen, Hyundai / KIA, General Motors), plus locaux (Suzuki) et des déclassés (Stellantis, Renault, Nissan).

Le graphique qui suit montre tout simplement le quotient entre la capitalisation boursière et le nombre de véhicules vendus. Tout a été converti en dollars et le graphique a dû être ajusté en base logarithmique (l'échelle est écrasée) à cause de la trop grande différence entre Ferrari et Tesla et le reste des sociétés concernées.

Le ratio le plus exubérant est celui de Ferrari
Le ratio le plus exubérant est celui de Tesla Ferrari

L'Italien n'a vendu que 9 119 bolides en 2020 mais capitalise 36,8 Mds$ en bourse, soit un peu plus de 4 M$ par véhicule. Malgré son parcours boursier stratosphérique, Tesla et ses 500 000 ventes 2020 n'atteint qu'un quotient de 1,51 M$, grâce à sa capitalisation de 756 Mds$.

Derrière, on retrouve les constructeurs haut-de-gamme allemands et des quotients plus raisonnables. Daimler (34 173$) nettement devant BMW (23 875$). Toyota (22 455$) prend la quatrième place. Difficile d'imaginer que le Japonais était le dauphin de Ferrari en juin 2020, lorsque nous avions réalisé notre précédent bilan. "La capitalisation de l'ogre Tesla est en train de fondre sur celle de Toyota après avoir effacé tous les autres constructeurs", écrivions-nous il y a 8 mois ! Désormais, le Californien pèse 3,7 fois Toyota. Incroyable.

Oui, Tesla affiche la plus belle trajectoire de croissance du secteur et, oui, le groupe est innovant et séduisant. Mais cela ne chasse pas le sentiment de malaise devant les multiples atteints par l'entreprise. Illustration avec un double raisonnement par l'absurde :

  • Comment faire pour que Tesla, dans sa valorisation actuelle, revienne sur les multiples des constructeurs grand public ? Il faudrait que l'entreprise ait le monopole mondial. En effet, il s'écoulait dernièrement environ 79 millions de voitures chaque année dans le monde (hors année 2020 atypique). En vendant 79 millions de voitures par an, le Californien ferait redescendre son quotient capitalisation / véhicules vendus à 9 569$, soit la moyenne actuelle des constructeurs compris entre Hyundai (11 982$) et Renault (4 404$). Cela classerait Tesla entre Suzuki et Ford (qui n'existeraient plus, si vous avez bien suivi).
  • Comment faire pour que Tesla, dans sa valorisation actuelle, revienne sur les multiples de Daimler, qui pourrait être l'un de ses principaux concurrents à l'avenir ? Il faudrait que Tesla vende 22,12 millions de véhicules chaque année et non 500 000. Daimler est en effet valorisée 34 173$ par véhicule vendu actuellement. En divisant la capitalisation de 756 Mds$ de Tesla par 34 173, on obtient 22,12 millions de véhicules à écouler. Soit 44 fois plus qu'en 2020 et autant que Toyota, Volkswagen et Hyundai réunies. Elon Musk a beau être un visionnaire, il va falloir sacrément cravacher dans les années à venir.
La Rédaction
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