Ce qui s'est dit à Davos

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31/01/2019 | 17:01
Le Forum économique mondial à Davos, en Suisse, a rassemblé la semaine dernière plusieurs milliers de participants. 3 000 au bas mot, mais certaines des personnes les plus influentes de la planète ont fait l'impasse sur l'édition 2019. Donald Trump, Emmanuel Macron, ou Theresa May, apparemment très occupés par leurs soucis de politique interne, n'ont pas fait le déplacement.
Plus que jamais critiqué, le "WEF" reste un moyen unique de "voir en deux jours le président afghan, le chancelier autrichien, le président serbe, d'échanger avec la chancelière Angela Merkel et d'être aussi efficace qu'en parcourant la planète pendant six mois", argumente un haut responsable européen. Parmi les sujets majeurs cette année, l'urgence climatique, le commerce international, les questions sociales et la 4ème révolution industrielle.

Consensus sur l'urgence climatique, bientôt les actes ?

Les participants de Davos souhaitent une prise de conscience collective et la mise en place de solutions concrètes pour faire face à l'urgence climatique. Ils exhortent à avertir, sensibiliser et communiquer davantage sur le réchauffement des océans et de l'air, sur le blanchissement de la barrière de corail, l'exploitation abusive des ressources naturelles ou l'augmentation de la pollution. Un des noms incontournables sur le sujet, Nina Jensen, biologiste et dirigeante de REV Ocean, appelle la population mondiale à diminuer sa consommation de viande, à éliminer l'utilisation du plastique et à utiliser son droit de vote pour élire des leaders politiques investis et concernés par cet enjeu de taille. Les discours de Greta Thunberg, cette jeune suédoise qui interpelle les grands de ce monde du haut de ses 16 ans, Antonio Gutierres (Secrétaire générale de l'ONU) ou encore Christina Figueres (fondatrice de l'ONG Global Optimism) n'ont pas ménagé leur auditoire en réclamant une action vigoureuse et rapide.


Les tensions commerciales et les risques politiques vus par…
  • Christine Lagarde. La Directrice du FMI a marqué les esprits dès le premier jour du forum en dévoilant les nouvelles prévisions de l'institution : la croissance mondiale ne devrait pas dépasser les 3.5% cette année et les 3.6% en 2020, soit des replis respectifs de 0.2 point et 0.1 point par rapport aux prévisions précédentes. La patronne du FMI a justifié cette révision par les tensions commerciales et les risques politiques, comme le Brexit. Le fonds est encore plus pessimiste pour l'UE que pour les autres pays.
  • Wang Qishan. Le Vice-président chinois avait fort à faire pour rassurer au sujet de la croissance de la seconde puissance économique mondiale, qui vient de toucher un plus bas depuis 1990, affectée par la guerre commerciale avec les Etats-Unis. Mais Wang se satisfait de cette croissance 2018 de 6.6%. "C'est un chiffre qui reste plutôt significatif. Pas bas du tout", a-t-il déclaré à son auditoire. La méthode Coué ?
  • Shinzo Abe. Lors de son intervention, le Premier ministre japonais s'est réjoui des avancées économiques et sociales de son pays, comme le fait d'avoir (enfin) davantage de femmes dans la vie active, les initiatives de la péninsule en faveur de l'innovation liée au climat, ou encore la création de nouveaux accords de libre-échange, à l'image du récent accord transpacifique TPP11. Le dirigeant s'est montré particulièrement enthousiaste à l'idée que son pays organise le G20, qui aura lieu cette année à la fin du mois de juin au Japon dans la ville d'Osaka.
  • Angela Merkel. Plus modérée, la Chancelière a fait un plaidoyer en faveur des institutions internationales comme l'OMC, l'Organisation International du Travail, la Banque Mondiale, le FMI ou encore l'OCDE. Elle a souligné l'importance de créer des réformes internationales pour établir des relations "gagnantes-gagnantes" entre les différents Etats dans ce contexte de mondialisation.

Une nouvelle donne sociale ?
  • Le laboratoire italien. "Même la classe moyenne fait face à la pauvreté. Tout le monde pense que demain sera pire qu'aujourd'hui… Notre expérience pourrait être une indication de ce à quoi ressemblera l'Europe demain". Giuseppe Conte, le Premier ministre italien, a prévenu le monde que de profonds changements sont à l'œuvre, en insistant sur l'urgence de réformes sociales, notamment au sujet des revenus et de l'âge de la retraite.
  • La mémoire courte. Le Premier ministre Pedro Sanchez a annoncé la couleur dès le début de son speech : "nous n'avons pas tiré de leçons de la crise de 2008". Il estime que les pauvres deviennent plus pauvres, que les riches s'enrichissent et que les citoyens devraient être récompensés pour "leurs efforts, leur talent et leur courage". Sa priorité ? Contrebalancer cette tendance négative, se concentrer sur la robotisation, l'égalité hommes/femmes, les énergies renouvelables et la solidarité.
  • Priorité au bien-être. La Première ministre néo-zélandaise a peut-être trouvé la solution. Jacinda Ardern estime qu'au-delà de l'aspect économique, il est essentiel de "se préoccuper du bien-être sociétal" de son pays. Elle insiste sur la nécessité de mettre en place des politiques plus altruistes et axées sur le long terme afin de mieux répondre aux besoins de la population, et de s'adapter aux changements économiques. Le résultat est un "budget bien-être" qui vise à améliorer la qualité de vie de la population néo-zélandaise. Ce budget sera présenté courant 2019.
  • Un fauteuil pour deux. Juan Guaido, chef de file de l'opposition et président intérimaire autoproclamé du Venezuela, a reçu le soutien des dirigeants du Brésil, de la Colombie, du Pérou et du Canada en direct depuis Davos. Ils ont rejoint la liste des pays qui considèrent que l'investiture de Nicolas Maduro, le 10 janvier, est illégitime.
  • Jeune Afrique, vieille Europe. Jack Ma, le fondateur du géant chinois du commerce en ligne Alibaba, a salué le potentiel de l'Afrique, qu'il compare "à la Chine d'il y a vingt ans, avec tant de jeunes gens qui ne redoutent pas l'avenir". Le dirigeant s'attend à une explosion des créations d'entreprises technologiques et tacle au passage la vieille Europe, qui s'inquiète davantage de savoir "comment peut-on réguler ceci ?" ou "Comment peut-on se protéger ?".

"La 4ème Révolution industrielle est le moteur de la Mondialisation 4.0"

"Nous entrons dans une période de profonde instabilité provoquée par la disruption technologique". La révolution 4.0 doit "donner une nouvelle voix à la jeunesse" et être "centrée sur l'être humain, inclusive et durable" a affirmé Klaus Schwab, le fondateur du Forum économique. Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, voit ce nouveau tournant comme une opportunité de profiter des technologies liées à l'intelligence artificielle et à la blockchain pour se démarquer et faire un "bond en avant". "Nous avons les compétences, la technologie, et nous avons de courage de prendre les devants", a-t-il déclaré. L'approche du vice-président chinois Wang Qishan est un peu différente, puisqu'il appelle à la prise de mesures collectives et à l'adoption de "réformes structurelles (…) pour prévenir l'impact des nouvelles technologies et de la concurrence sur certaines régions et industries, afin que tout le monde puisse bénéficier d'un développement continu".


Il sera à nouveau question de "Mondialisation 4.0", de nouvelle donne économique et de meilleure répartition des richesses lors du forum économique mondial sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord qui aura lieu en Jordanie les 6 et 7 avril prochain.
 
Anaïs Lozach
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