Ces valeurs européennes exposées à la Russie

24/02/2022 | 11:58

Jauger l'exposition d'une entreprise à un conflit armé ou aux mesures de rétorsion qui pourraient être prises en conséquence de ce conflit armé est un exercice compliqué. D'abord parce que les entreprises ne publient pas forcément la ventilation précise de leur activité. Ensuite parce qu'il faut prendre en compte ce qui est produit et vendu localement, exporté ou importé. Enfin parce que ces périodes sont par nature incertaines en durée et en intensité.

On peut toutefois tenter de déterminer quelles sont les entreprises qui génèrent une part non négligeable de leur activité sur un territoire. A commencer par les entreprises nationales. Dans le cas qui nous intéresse, on peut estimer sans trop de risques que les sociétés russes qui opèrent sur leur marché domestique ou à l'export seront lourdement impactées par une salve de sanctions internationales contre la Russie. Ce n'est donc pas une surprise de constater que les actions des banques Sberbank ou VTB Bank ou du géant du gaz PJSC Gazprom perdent 40% aujourd'hui à la Bourse de Moscou. Pas de surprise non plus pour les groupes russes de métallurgie exilés à Londres comme Polymetal ou Severstal s'effondrent de 25%.

Un impact difficile à quantifier

Pour les entreprises occidentales, la facture est plus difficile à estimer. Prenons le cas français : l'Hexagone est un important investisseur en Russie, notamment via TotalEnergies qui pompe environ 15% de sa production dans le pays. Bercy estimait à 160 000 le nombre de travailleurs employés en Russie par des entreprises françaises ou leurs filiales, soit le premier contingent du pays (les flux inverses sont en revanche assez faibles… même en prenant en compte Courchevel et ses abords). En restant sur l'exemple français, l'export vers la Russie se compose essentiellement de matériel de transport, de produits chimiques, pharmaceutiques et cosmétiques et dans une moindre mesure de matériel technologique et le luxe & spiritueux. Bernstein considère par exemple que la riche clientèle russe et ukrainienne pèse 4 à 5% du marché du luxe. Il y a aussi des expositions directes comme celle de Renault, qui est un important constructeur local, ou de la Société Générale, qui possède Rosbank, la 9e banque de détail russe. Un gros coup de frein économique imposé à la Russie pèserait sur les filiales locales.

La banque Barclays produit un panier de valeurs exposées à la Russie. Dans une étude publiée la semaine dernière, c’est-à-dire avant l'invasion russe de l'Ukraine, elle soulignait que le marché avait déjà commencé à sanctionner il y a plusieurs semaines les acteurs concernés, comme le montre le graphique qui suit. Il compare le MSCI Europe symbolisé par l'échelle de droite au-dit panier, notamment à sa version hors énergie qui sousperformance l'indice (l'énergie est l'exception qui confirme la règle, à cause de la hausse des prix du secteur) :

Panier d'actions russes vs marché européen (Source Barclays)
Panier d'actions russes vs marché européen (Source Barclays)

Nous avons reproduit ci-après la liste des entreprises européennes suivies par Barclays qui ont une exposition assez importante à la Russie. Il est important de noter que quatre de ces entreprises génèrent des profits nettement supérieurs à leur contribution au chiffre d'affaires en provenance de Russie. Il s'agit de

  • Raiffeisen : 20% des revenus mais 35% de bénéfice avant impôts
  • Metro : 10% des revenus mais 17% de l'Ebitda
  • Fortum : 3,3% des revenus mais 25% du résultat opérationnel
  • Uniper : 1,8% des revenus mais 30% du résultat opérationnel

Parmi les entreprises françaises, TotalEnergies est largement exposée au niveau de sa production nous l'avons vu, tandis que Technip Energies (qui ne figure pas dans le panier de Barclays) tire 27% de ses revenus de la région Russie & CIS. La liste ci-dessous n'est par conséquent pas exhaustive. 

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