Convictions 2022 de Zonebourse

22/12/2021 | 12:11

Comme chaque année, les membres de l'équipe Zonebourse vous proposent quelques réflexions sur 2022. Parfois sérieuses, parfois moins, mais toujours avec humilité. Les mots d'ordre sont éclectisme et ouverture d'esprit. Et tant pis si Elon Musk ne lance pas de Muskoin ou si vous n'avez pas tout compris aux NFT de gamers (tout le monde n'a pas compris non plus ici). Et n'oubliez pas la meilleure des divinations : investir dans des sociétés de qualité pour le long terme est une prédiction qui fonctionne toujours. Très bonnes fêtes à toutes et à tous.

Méfions-nous de l’eau qui dort 

Plus personne n’en veut, je parle de l’or et plus globalement des métaux précieux, qui ont traversé une sale année. Pour s’en persuader, il suffit de regarder les scores du compartiment depuis le 1er janvier (en USD je précise) : -6.0% pour l’or, -11% pour le platine, -15% pour l’argent et -24% pour le palladium, alors que les autres matières premières ont pour la plupart affiché des scores positifs à deux chiffres.

Cette déplaisance à l’encontre de la relique barbare me fait penser à la période 2017-2018, période durant laquelle l’or avait également sous-performé alors que le contexte lui était pourtant favorable. Aujourd’hui, malgré la dynamique des cours, l’environnement demeure toujours propice au métal doré pour les principales raisons que je vais lister ci-dessous :

  • Des pressions inflationnistes pas si transitoires.
  • Les taux nominaux ne peuvent augmenter plus vite que l’inflation, les taux réels de long terme resteront négatifs, une bonne chose pour l’or qui ne délivre pas de rendement.
  • Achats des banques centrales.
  • Possibles chocs exogènes ? Comme une aggravation des conflits Russie-Ukraine et Chine-Taiwan.

Dans ce cadre, diversifier son portefeuille avec une poche dédiée à l’or peut être intéressant, en sélectionnant des ETF thématiques ou bien des minières aurifères. Une approche qui serait récompensée si les cours de l’or reviennent à 2000 USD en 2022, voire plus, sait-on jamais, puisqu’il faut toujours se méfier de l’eau qui dort.

JD 


Quatre prophéties pour le prix d’une

  • Elon Musk démissionne de son poste de PDG de Tesla, et le constructeur ne profite pas des aides fiscales mises en place pour les constructeurs américains dont les salariés sont syndiqués, le cours chute brutalement. Pas échaudé, Elon Musk crée sa propre crypto-monnaie, le Muskoin. Dans la foulée, Donald Trump crée la sienne, le Fakecoin.
  • Le manga One Piece et ses dérivés poursuivent leur ascension. Les ventes explosent. Shueisha, l'éditeur japonais des BD One Piece entre en bourse à Tokyo, et fait un carton.
  • Binance s’associe avec Meta pour rendre possibles les transactions en BNB (la crypto maison de Binance), et ouvre des boutiques dans le métavers de Meta.
  • Avec son budget France 2030, la France s’engage pleinement dans l’exploration minière des océans, la fin du monde approche.  

RN


Salesforce va racheter Twitter 

Salesforce, plateforme leader des solutions CRM (Customer Relationship Management), aide ses clients à autonomiser les forces de vente, à optimiser le traitement des données commerciales, à gérer les centres d'appels, les relations avec les partenaires ou encore d'implémentation de solutions marketing. 

Pour étendre son expansion, Salesforce a racheté Slack, l'application de messagerie massivement utilisée en entreprise, fin 2020 pour 27,7 milliards de dollars. L’intégration de Slack avec l’offre cloud Salesforce Customer 360 permet d’apporter une plus-value à la plateforme pour rassembler les personnes, les données et les outils afin que les équipes puissent collaborer et travailler de n’importe où. 

Pour achever cette stratégie, il me semble opportun pour Salesforce d’acquérir une société telle que Twitter, réseau social très utilisé par les professionnels et dont les influenceurs, sont souvent plus âgés et en poste, contrairement à Instagram qui touchent plus les moins de 25 ans. Une rumeur avait déjà été lancée en septembre 2016 lorsque des membres du Conseil d’Administration de Twitter envisageaient de vendre le réseau social. 

Les actionnaires de Twitter ont été pénalisés depuis plus de dix ans par la dipirésification de l’emploi du temps de son ex-CEO, Jack Dorsey, alors à la tête de Square depuis 2009, une des plus importante fintech au monde, ou encore occupé plus récemment dans des projets blockchain. Le cours de l’action à progressé de 0% depuis son introduction en bourse en novembre 2013, contre 550% pour Facebook, devenu Meta. Le changement de direction récent avec Parag Agrawal comme nouveau PDG (pionnier du machine learning) et Bret Taylor (co-créateur de Google Maps) à la tête du comité exécutif devrait améliorer les choses mais n’exclut pas du tout un potentiel rachat. 

Cours de l’action Facebook comparée à l’action Twitter depuis novembre 2013 :

Cours de l’action Facebook comparée à l’action Twitter depuis novembre 2013 (Source : Zonebourse) 

Salesforce souhaite devenir un géant du numérique comme l’est actuellement Microsoft. Microsoft a développé Teams en 2016 pour faire face à Slack. Cet hypothétique rachat de Twitter serait à rapprocher de celui de LinkedIn par Microsoft en 2016. Twitter pourrait servir à la commercialisation d’outils à destination des professionnels et constituerait une brique supplémentaire aux logiciels CRM de Salesforce. Slack contre Teams, Twitter contre LinkedIn et Salesforce contre Microsoft. 

Twitter serait également une opportunité pour Salesforce de s'axer sur le mobile. L’expertise dans les logiciels CRM associé à un réseau social mobile permettrait d’accélérer le mouvement sur l’analyse des données et la pertinence des solutions apportées aux professionnels pour le mobile. La base de données de Twitter associée à l’expertise technologique de Salesforce pourrait amener une collaboration pertinente. 

Enfin, même si Salesforce a une base solide de logiciels, la façon dont les gens la perçoivent à un fort impact sur sa réussite. Quoi de mieux que de contrôler un réseau social pour mieux communiquer auprès de sa communauté. 

Un pari saugrenu mais qui suit une certaine logique au regard de la stratégie déployée par Salesforce depuis plusieurs années. 

TD 


La tendance Play-to-Earn va appuyer sur la gâchette

Au cours des dernières décennies, l’industrie des jeux vidéo s’est imposée comme étant un marché très lucratif dans le domaine du divertissement et l’effet catalyseur de la pandémie mondiale a permis de largement doper le secteur. 175 milliards de dollars en 2020, c’est le chiffre d’affaires de l’industrie qui a été propulsé de 20% par rapport à l’année précédente. Les jeux mobiles en fer de lance, ont permis de générer 45% des revenus du secteur dans le monde, loin devant les consoles (28%) et les jeux PC (19,5%). L’époque où la manette était raccordée par un fil à la console me parait bien loin, mais loin de moi l’idée de me débarrasser de ma Nintendo 64 qui a un certain charme, toujours aujourd’hui, à l’heure du tout digital. Les modèles du Free-to-Play ou Freemium sont à la mode, autrement dit, la liberté de jouer gratuitement à des jeux vidéo, et bien évidemment, les développeurs ont pensé à la publicité ou à l'incitation à l’achat in-game pour générer des revenus. Force est de constater que ça fonctionne plutôt bien. Mais les développeurs ne pourront pas se reposer sur leurs lauriers bien longtemps, avec un nouveau modèle économique émergent et se révélant très attractif pour les utilisateurs : Play-to-Earn. (Jouer pour gagner de l’argent). 

Nous allons ici parler de “blockchain-gaming”. D’ailleurs, l’éditeur phare de jeux vidéo outre-Atlantique Electronic Arts (EA), par le biais de son PDG Andrew Wilson, considère les jeux basés sur la blockchain comme “l’avenir de l’industrie”. Pour rappel EA publie par exemple les titres de football de la FIFA, Madden NFL et The Need for Speed. Ce nouveau modèle de jeu s’appuie sur les NFT (Non Fongible Token), ceux-ci représentent un objet numérique unique et certifié sur la blockchain. Concrètement il s’agit de monétiser des expériences dans les jeux vidéos (armement, infrastructures, objets, terrains, véhicules, personnages… Le champ des possibles est ouvert) en permettant aux joueurs de se les échanger entre eux contre de la valeur numérique, et à l’heure actuelle ce sont les projets initiés dans l’univers des cryptomonnaies qui mènent l’adoption à grande échelle de ce nouvel écosystème.  

Jeux vidéo sur le modèle : Play-to-Earn

Jeux vidéo sur le modèle : Play-to-Earn (Source : Coin98Analytic)

Les plus gamers d’entre vous seront très probablement intéressés par ce nouveau modèle permettant de générer de la valeur en jouant à des jeux vidéo et donc monétiser des expériences, et qui est d’ailleurs considéré par certains experts, comme la prochaine révolution du secteur du gaming dans le sillage du metaverse. Si des projets-crypto ont su tirer très largement profit de cette nouvelle tendance, en générant des milliers de pourcents sur la valeur du jeton numérique associé au projet (30 000% pour Axie Infinity et son jeton AXS à titre d’exemple), les majors du secteur semblent prendre le virage à l’image de Electronic Arts. Tout récemment c’est  Ubisoft qui a baptisé un nouveau projet sous le nom de “Ubisoft Quartz”, qui a pour but de d’expérimenter le Play-to-Earn via la commercialisation de NFT sur le jeu Tom Clancy’S Ghost Recon Breakpoint, permettant ainsi aux joueurs de monétiser leurs acquisitions et leurs expériences dans le jeu. Alors que gagner sa vie en tant que joueur de jeu vidéo était principalement réservé à l’élite des gamer professionnels du monde de l’E-Sport, le concept du Play-to-Earn ouvre une nouvelle voie pour les gamers amateurs. Les géants du secteur comptent bien saisir l’opportunité et de mon point de vue, l'année 2022 sera une année charnière pour ce nouveau modèle économique et celui-ci viendra progressivement s’imposer comme référence pour les développeurs. 

LP


Airbus marche sur Boeing

"Mais Anthooo, c'est pas possible, j'y comprends rien. Tu peux m'expliquer pourquoi Boeing se fait pas tronçonner, hacher-menu et compacter par les investisseurs après tout ce qu'on découvre sur leurs avions tous pourris ???". L'avantage c'est que dès que Roxane lance un cri du cœur dans la rédaction (et elle en pousse régulièrement), tout le monde arrête de travailler et retient son souffle. Cette fois, c'est sur moi que la foudre est tombée.

"Je sais pas trop Roxane, mais ce qui est sûr, c'est que c'est bien mieux valorisé qu'Airbus. D'ailleurs, c'est ma conviction 2022 : Airbus va enfin combler sa décote avec Boeing". (j'ai toujours été un grand naïf).

Dans la grande bagarre entre The Boeing Company et Airbus, l'Américain a toujours bénéficié de multiples de valorisation plus généreux que son rival européen. Parce qu'il n'a peur de rien, c'est un Américain. Parce qu'il a longtemps été seul au monde. Parce qu'il possède une branche défense conséquente qui lui garantit une récurrence de contrats avec les autorités américaines qui-ne-sont-pas-des-aides-déguisées-mais-quand-même-un-peu. Parce que ses actionnaires sont chouchoutés (un peu trop, nous allons vite le découvrir).

Je rappelle que ce marché fonctionne en duopole, puisque les outsiders ont été relégués aux appareils régionaux ou ont disparu. Et que les Russes et les Chinois eux-mêmes ont peur de monter dans les alternatives russes et chinoises actuelles. Pendant longtemps, Airbus a dominé le segment des monocouloirs tandis que Boeing trustait les commandes sur le marché plus lucratif des gros porteurs. L'Américain était le maître, l'Européen était abonné à la deuxième place.

Comme souvent en pareille situation, le leader s'est reposé sur ses lauriers. Beaucoup trop. Le groupe n'a plus été géré comme un industriel mais comme une machine à rémunérer ses actionnaires, comme le montrent les nombreux documents publiés depuis les derniers accidents mortels qui ont affecté le B737MAX. L'image d'une entreprise dirigée par des chasseurs de coûts au détriment des ingénieurs a largement été utilisée. Comme cette phrase d'un salarié qui a fait le tour du monde l'année dernière au sujet du MAX : "cet avion est conçu par des clowns, qui ont été supervisés par des singes". Les clowns et les singes apprécieront. Sans même parler de la complaisance coupable entre le groupe et son principal régulateur.

Bref, l'excellence de Boeing s'est effritée jusqu'à aboutir à ce B737MAX peu original et mal conçu. Même les programmes à succès B787 et B777 précédents connaissent des déboires. Airbus de son côté s'est montré plus innovant. Certes, le programme A380 n'a pas trouvé son public, mais il a permis d'engranger un retour d'expérience conséquent, qui a profité aux autres développements. L'A350 a trouvé son public et la version modernisée de la famille A320, baptisée A320neo, a écrasé le piètre B737MAX. Mieux, Airbus occupe désormais seul un créneau délaissé par l'Américain, celui des monocouloirs à long rayon d'action ou à grosse capacité d'emport, avec la success-story A321neo. Là aussi, parce que Boeing a refusé de développer un successeur au B757.

L'industriel de Seattle a commencé à être repris en mains. Mais insuffler une nouvelle dynamique dans une organisation de 140 000 personnes est un défi de taille, surtout dans un secteur, l'aéronautique, où les cycles d'investissement sont extrêmement longs et coûteux. Par conséquent, Airbus devrait conserver son ascendant commercial sur Boeing, déjà visible dans les prises de commandes et dans les livraisons de l'année en cours et de la précédente. Tout récemment, l'Européen a encore décroché les contrats Qantas et Air France-KLM aux dépens de son rival.

Dans un tel contexte, il n'y a plus de raison valable pour qu'une telle décote persiste entre les deux groupes. Et puis ça ferait vraiment plaisir à Roxane. 

AB


Crise Diplomatique Chine vs Monde

Les événements sportifs nous rappellent sans cesse l'habileté qu'ont certains pays à transformer une démonstration d’excellence des athlètes en un vecteur de politique internationale. La pratique n’est pas récente (tout le monde connaît l’histoire des JO de Berlin en 1936), mais la visibilité planétaire de ces événements n’a jamais été aussi grande.

Les JO d’hiver de Pékin en février 2022 seront les deuxième jeux hébergés par la Chine en quatorze ans. Sauf qu’en 2008, la Chine n’avait encore atteint sa pleine puissance d’aujourd’hui. De plus, les yeux du monde sont rivés sur l’empire du milieu pour une somme inédite de polémiques. Je pourrais citer la répression des communautés Ouïghours (stérilisations forcées, viols, déportations, emprisonnements…). On compte aussi la mystérieuse disparition-réapparition de la tenniswoman chinoise Peng Shuai, celle de Jack Ma, ou les provocations répétées avec Taiwan et les affrontements à Hong-Kong…
 
Pour ne pas arranger les choses, les relations entre les USA et la Chine sont glaciales, ou “glacialement cordiales” comme l’écrivait mon collègue Anthony Bondain. La chute du géant de l'immobilier China Evergrande met les marchés financiers sous tension quand la Chine somme ses entreprises de quitter les marchés américains et de rentrer au bercail. De même, les Etats-Unis placent à nouveaux des entreprises chinoises sur liste noire à cause de leur affiliation au pouvoir central chinois (interdiction aux investisseurs américains de placer leur argent dans ces sociétés) et en sanctionnent d’autres pour limiter l’accès des acteurs technologiques chinois aux données du pays de l’oncle Sam.

Pour finir, les USA, le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie ont annoncé leur boycott diplomatique des jeux d’hiver de Pékin pour toutes les raisons exprimées précédemment. La France et l’UE sont quant à elles bien plus prudentes. La réponse du gouvernement chinois est cinglante : "Tout le monde se fiche de savoir s'ils viennent ou non" et “ils paieront le prix de leur mauvais coup".

Ces jeux d’hiver vont vraisemblablement agir comme catalyseur de vives réactions politiques de la part des USA et de la Chine qui font resurgir des souvenirs de guerre froide. L’année 2022 semble bien partie pour être le théâtre d’une guerre diplomatique forte entre la Chine et les démocraties occidentales. Une chose est sûre, les combats ne se feront pas uniquement sur les pistes de Curling ou de descente à ski.

VD


Savoir remettre en cause ses convictions

Puisque l’on parle de conviction, je dirai qu’il ne faudra pas en avoir en 2022. Ne pas avoir de conviction que les taux vont monter et faire baisser les indices, puisqu’historiquement, les indices ont plutôt tendance à monter en période de hausse de taux. Ne pas être convaincu que lesdits taux vont monter, car comme en 2018/2019, le moindre éternuement des indices boursiers pourrait faire faire volte-face aux banquiers centraux. Ne pas être convaincu que les bancaires vont monter de fait, après un beau parcours récent.

En 2021 nous avons assisté à deux types de marchés. D’un côté, les rouleaux compresseurs haussiers, les bigcaps, le luxe, les semiconducteurs, des long fleuves tranquilles qui ont profité de flux incessants (et historiques) et de l’autre, les small et midcaps qui font une année blanche, aux USA (Russell 2000) comme en Europe. Bien malin celui qui pourra vous dire si la donne va changer, ce n’est pas inconcevable, d’autant plus si la value fait son retour sur des dossiers délaissés et potentiellement sous-valorisés. 

En 2021 nous avons aussi assisté à un phénomène plutôt positif dont plusieurs gérants m’ont parlé récemment. Des poches spéculatives ont formé des débuts de bulles spéculatives, sur les SPAC, les valeurs de croissance aux USA, les fameuses sociétés zombies qui ne gagnent pas d’argent, etc. Or chacune de ces bulles s’est dégonflée au fur et à mesure pour revenir dirons nous dans la “norme”. J’insiste donc ici sur la capacité du marché à s'autoréguler lorsque certaines valorisations deviennent très excessives. 

Si je devais choisir un actif pour 2022 ce serait la volatilité. Après une année très directionnelle et haussière sur pratiquement toutes les places boursières, je ne serai pas étonné d’assister à des soubresauts, des trous d’air, un marché toujours soutenu par les banques centrales, mais dans une moindre mesure, et avec de possibles accidents baissiers momentanés. Une sorte de grand canal horizontal (range) où il faudrait ne pas hésiter à encaisser sur des hausses de 15 à 20% et à payer sur des baisses de 10 à 20% également fonction des dossiers et/ou des indices. 

Peut être que le temps du stockpicking va battre son plein, et qu’il faudra, comme toujours, s’en remettre aux sociétés avec des fondamentaux de bonne facture, afin de se garantir une certaine sécurité. Une période où l’on profiterait de replis plutôt que d’accélérations haussières, comme nous en avons connu cette l’année, une période où il faudrait être un peu plus prudent, et/ou plus agile, fonction de si vous souhaitez rester passif ou optimiser (un grand débat que nous aurons une autre fois). 

NC


Les entreprises du secteur de la santé vont surperformer les autres secteurs

Alors que le variant Delta poursuit sa progression et que l’Omicron se prépare à le remplacer, les vaccins ont encore de beaux jours devant eux. Si les marchés ont anticipé les besoins en vaccin pour l’année 2021, ils n’ont pas pris en compte des besoins aussi importants en 2022, en raison de l’émergence de variants tels qu’ Omicron, qui semble échapper en partie à la protection des vaccins.

De plus, les milliards investis par les gouvernements pour développer des traitements innovants vont porter leurs fruits en 2022, avec de nouveaux médicaments et vaccins, et pas seulement contre le Covid.

Un indicateur à surveiller sera le MSCI World Healthcare, qui pourrait surperformer le MSCI World.

Et surtout, quelle que soit la direction du marché, le secteur de la santé tirera son épingle du jeu. En effet, les valeurs défensives seront privilégiées s’il est baissier, tandis qu’un marché haussier poussera vers la santé les investisseurs à la recherche d’entreprise de croissance et de qualité, nombreuses dans ce secteur.

RF


La croissance des indices européens sera plus importante que celle des indices américains en 2022

Dans son livre beige publié début décembre, la Réserve Fédérale des Etats-Unis indique qu'entre octobre et novembre, l'activité économique a évolué à un rythme modéré dans la plupart des districts. La consommation s'intensifie légèrement mais les problèmes d'approvisionnement se font toujours ressentir. Le secteur du bâtiment est le plus touché. Le secteur manufacturier connaît quant à lui une croissance solide, mais fonctionne à flux tendu. Enfin, la demande de prêts continue d'augmenter, bien que certains districts aient signalé une baisse des prêts hypothécaires résidentiels. Concernant l'emploi, les entreprises expriment leurs difficultés à recruter et à retenir les employés. Les enfants, les départs à la retraite et le Covid ont été les raisons les plus citées pour expliquer cette dynamique. Les challenges logistiques, les tensions sur le marché du travail et la forte demande de matières premières expliquent pourquoi les prix à la production, à la consommation (certaines entreprises sont en mesure de répercuter la hausse de leurs charges sur leurs prix de vente) ainsi que les salaires, ne font que progresser ces derniers mois. Même si l'accès à certaines ressources se fait plus facile (semi-conducteurs et acier par exemple), ce contexte justifie les propos du gouverneur et explique pourquoi des hausses de taux sont nécessaires et à prévoir aux Etats-Unis.

Il ne faut pas se méprendre, en dépit des nombreux points communs, la situation n'est pas tout à fait identique en Europe. Malgré une inflation qui progresse rapidement (estimations revue à la hausse à 4.9%), la rémunération ne suit guère, à l'exception de certains secteurs en pénurie de main d'œuvre (hôtellerie, restauration, industrie). La hausse moyenne des salaires en zone euro était de seulement 1.73% au deuxième trimestre, c'est-à-dire moins élevée qu'en 2018 et 2019 en dépit de l'intensification de la hausse des prix. Cependant, il faudra attendre les données du quatrième trimestre pour constater ou non le gel des salaires et donc spéculer sur la nature temporaire de la hausse des prix en Europe. On soulignera que Christine Lagarde n'a pour l'instant pas exprimé d'inquiétude vis-à-vis d'un potentiel emballement inflation-salaire. Cependant, au vu de l'implication des salariés pendant la crise, les difficultés de recrutement, la hausse des prix à la consommation et les très bons résultats des entreprises, il est difficile d'imaginer un monde où les négociations ne conduisent pas à une augmentation des rémunérations. Il est tout de même très intéressant de souligner que les hausses de salaires sont bien plus faciles à mettre en place aux US qu'en Europe et cela car, aux Etats-Unis, de nombreux secteurs sont dominés par quelques géants tandis que la concurrence est bien plus importante en Europe. Une hausse des rémunérations est même impensable pour certaines entreprises françaises et allemandes qui se battent avec des concurrents internationaux et se doivent de rester compétitives pour survivre. Finalement, en suivant ce raisonnement, on pourrait presque croire que la faiblesse économique de l'Europe va nous permettre d'éviter une spirale inflationniste et donc une hausse des taux précipitée. Ce sont donc les actionnaires qui vont en profiter au travers de marchés qui continuent de grimper, au détriment des salariés et de leur pouvoir d’achat.

A ce propos, il est possible que ces divergences de politiques monétaires (si elles se maintiennent), conduisent les opérateurs américains à renforcer leur présence sur les valeurs de croissances européennes bénéficiant encore de taux avantageux. Ce qui, accessoirement, pourrait faire beaucoup de bien à nos indices.

Une autre piste de réflexion nous amène à la même conclusion. Il s'agit de l'évolution du PIB. Nous prendrons ici pour exemple le cas de la France et non de l'Europe. Il convient de rappeler qu'entre 2019 et 2020, le PIB français a chuté de 7.99% (yoy) contre "seulement" 3.40% aux US. Les données de 2020 se sont donc largement écartées de leur régression sur 40 ans, qui indique d'ailleurs une croissance moyenne annuelle du PIB américain de 2.66% contre 1.75% en France. Le potentiel de recouvrement semble donc plus important et plus rapide pour les pays ayant le plus souffert, une hypothèse que l’on peut largement commenter. Cependant, les analystes ont l'air plutôt d'accord avec ce raisonnement  puisque lorsque l'on s'intéresse aux prévisions du PIB français et américain pour 2022, on relève 2.670 et 21.194 milliards de $ respectivement, soit une croissance de 3.8% pour la France et 4.3% pour les US vis-à-vis des chiffres de 2021 (qui sont eux aussi issus d'estimations). On remarque alors que la différence entre les croissances estimées pour les deux pays est plus fine que ce que l'on observe historiquement.
Le contexte économique et les différentes raisons mentionnées ci-dessus m'amènent à penser que les marchés européens présenteront, en 2022, une croissance supérieure aux marchés américains. Pour ceux que je viens de choquer, il convient de rappeler que la performance historique du CAC40 GR est de l'ordre de 8.7% par an pour une volatilité de 21% et que celle du S&P500 NTR est d'environ 8.5% pour une volatilité de 19.5%.

Attention cependant, le S&P500 NTR et le CAC 40 GR n’ont pas été initialisés au même moment. De la même façon, le CAC 40 GR ne reflète pas la performance des marchés européens et le S&P500 n'est pas l'unique indice américain.
Évidemment, des informations relatives à une hausse des salaires en Europe peuvent remettre en cause l'ensemble de cette prédiction.

EM
 

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