Don't Look Up

06/05/2022 | 09:02

Wall Street a très lourdement rechuté hier, emporté par ses ex-valeurs stars, après que la Fed a officiellement enterré mercredi l'ère de l'argent gratuit qui dominait depuis 2008. L'Europe a l'air de faire de la résistance. Ce matin, je vous parle évidemment de cette actualité mais aussi du pouvoir de la narration sur le secteur financier.

Les marchés actions américains sont passés au laminoir hier, ce qu'illustre le plongeon de 5% du Nasdaq 100. Il avaient vigoureusement rebondi mercredi à la confirmation d'une politique monétaire plus restrictive de la Fed. Mais ils ont perdu pied dès le lendemain. J'écris régulièrement que les investisseurs comprennent vite mais qu'il faut leur expliquer longtemps. Tout le monde savait très bien que la banque centrale américaine allait prendre de vigoureuses mesures pour calmer les prix, mais il a fallu attendre qu'elle le confirme pour que les marchés s'alarment vraiment. Une sorte de syndrome "Don't Look Up". En réalité bien sûr, les indices boursiers chancellent depuis plusieurs semaines. Mais les mouvements brusques attirent bien plus l'attention. D'ailleurs la presse généraliste, attirée par l'odeur du sang, ne va pas tarder à s'emparer de cette nouvelle débâcle boursière. Et les boules de cristal vont ressortir.

La toile de fond, elle, reste à peu près inchangée : l'inflation va peser plus lourdement sur l'économie à un moment où à un autre et les banques centrales, qui ont réagi trop tard, sont forcées de jouer avec le feu pour maintenir un équilibre acceptable. Les taux de progression des résultats des entreprises vont cesser d'être délirants et les bulles d'exubérance de certains actifs vont continuer à se dégonfler. Reste à savoir si cela aura lieu dans le bruit et la fureur ou dans un calme relatif. L'histoire reste à écrire.  

D'ailleurs si vous lisez régulièrement cette chronique, vous savez que j'aime souvent mettre en avant la narration et l'importance qu'elle exerce sur les événements. C'est vrai dans de nombreux domaines et pas mal d'expériences le démontrent. J'aime beaucoup cette initiative d'un duo américain qui a acheté plus de 200 objets d'occasion sur eBay à petit prix, et qui a demandé à des auteurs plus ou moins connus d'inventer l'histoire de chacun d'entre eux. Ces histoires ont servi de descriptif aux objets remis sur eBay. Leur vente a rapporté 8000 USD, alors qu'ils avaient été achetés pour quelque 250 USD. Les anecdotes, plus ou moins poussées, leur ont donné de la valeur. Alors même qu'elles étaient inventées de toute pièce.

La finance n'échappe pas au pouvoir du récit, bien au contraire même. Les investisseurs échafaudent en permanence des scénarios et sont sensibles à la façon dont les événements sont racontés. J'ai abordé plusieurs fois cette question depuis le début de la semaine sous l'angle de la banque centrale américaine. Quand elle communique avec le marché, la Fed ne fait rien d'autre que de dérouler une histoire, avec une attention très particulière accordée au vocabulaire et à la sémantique. La plupart du temps, cette histoire coïncide avec ce que les investisseurs veulent entendre. L'alchimie fonctionne et c'est reparti pour un tour. Parfois, c'est plus compliqué parce que l'histoire a l'air trop belle pour être vraie, même pour les incorrigibles optimistes que sont les investisseurs.

Mais la puissance du récit opère aussi au niveau des actions. Le bureau d'études Liberum s'est beaucoup intéressé au sujet et produit même depuis quelques temps chaque semaine un bilan des thématiques qui prennent une place ascendante dans les médias financiers. Les analystes se servent essentiellement de l'outil Google Trends. Dernièrement, ils ont ainsi vu rapidement émerger l'énergie solaire comme une thématique de poids à partir de l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Le secteur a gagné 30% en un mois. A l'inverse (et un peu paradoxalement), les recherches sur l'investissement ESG ont fondu comme neige au soleil (le pétrole, hors pétrole russe, est redevenu furieusement tendance). C'est Liberum qui a aussi relayé hier les travaux d'une équipe chinoise qui s'est intéressée aux performances des actions exposées à un concept populaire (par exemple l'intelligence artificielle) et à celles dont la notoriété est en déclin. Des paniers constitués à partir de chacune des tendances sur la période 2014 /2021 ont démontré une claire décorrélation. Jusqu'à atteindre une surperformance annuelle de 15% pour les paniers d'actions populaires contre les autres, ce qui est considérable.

Moralité, une thématique populaire dans la durée a l'air de constituer une bonne base d'investissement. Mais le marché doit aussi apprendre à se méfier des bonimenteurs. L'auteur et journaliste financier Morgan Housel a coutume de dire que "le prix détermine le récit et que le récit détermine le prix, de sorte que les folies peuvent durer longtemps". Dans le domaine financier comme dans les autres, il faut régulièrement s'assurer que l'histoire racontée est plausible. En d'autres termes, lever un peu la tête, même quand les marchés regardent vers le bas.

Les indicateurs avancés européens sont seulement légèrement baissiers ce matin, ce qui peut paraître étonnant. Ils profitent une fois de plus du moindre poids des valeurs technologiques et richement valorisées dans leurs rangs. En Asie, Tokyo a repris en hausse après une série de jours fériés, mais Hong Kong, Shanghai et Sydney chutent de plus de 2% en clôture de la semaine. Les marchés chinois sont à nouveau secoués par la confirmation de la stratégie "Zéro Covid" de Pékin. Enfin, les publications de résultats continuent à affluer, avec par exemple ce matin un abaissement d'objectif pour Adidas. Le CAC40 perdait 0,7% à 6320 points à l'ouverture.

Les temps forts économiques du jour

La production industrielle allemande (8h00) et les chiffres de l'emploi américain d'avril (14h30) sont au programme. Tout l'agenda "macro" ici.

L'euro recule à nouveau, à 1,0527 USD. L'once d'or repart en baisse à 1876 USD. Le pétrole reste stoïque, avec un Brent de Mer du Nord à 111,50 USD le baril et un brut léger américain WTI à 108 USD. Le rendement de la dette américaine à 10 ans est remonté à 3,06%. Le bitcoin recule autour de 36 300 USD.

Les principaux changements de recommandations

  • Addex : Baader Helvea passe d'acheter à accumuler avec un objectif réduit à 0,84 CHF.
  • Aixtron : DZ Bank reste à acheter avec un objectif relevé de 22,50 à 27 EUR.
  • Anheuser-Busch Inbev : Goldman Sachs reste neutre avec un objectif de cours relevé de 57 à 60 EUR.
  • BMW : DZ Bank reste à l'achat avec un objectif réduit de 100 à 95 EUR.
  • Centrica : HSBC passe de conserver à alléger en visant 70 GBp.
  • Covestro : Berenberg reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 60 à 50 EUR.
  • Crédit Agricole : Mediobanca passe de neutre à sousperformance en visant 9,80 EUR.
  • Delta Plus Group : Portzamparc reste à renforcer avec un objectif réduit de 95 à 92 EUR.
  • Geberit : Baader Helvea reste à accumuler avec un objectif réduit de 621 à 598 CHF.
  • Glanbia : Jefferies reste à l'achat avec un objectif de cours relevé de 14 à 14,70 EUR.
  • Hannover Rück : Jefferies reste à l'achat avec un objectif de cours relevé de 175 à 185 EUR.
  • Henkel : Berenberg reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 64 à 59 EUR.
  • JCDecaux : Goldman Sachs reste vendeur avec un objectif réduit de 22 à 21 EUR.
  • Koné : Berenberg reste à l'achat avec un objectif de cours réduit de 68 à 56 EUR.
  • Landis+Gyr : Credit Suisse reprend la couverture à neutre.
  • MTU Aero Engines : Goldman Sachs reste neutre avec un objectif de cours relevé de 188 à 212 EUR.
  • Nexus : Exane BNP Paribas démarre le suivi à surperformance en visant 65 EUR.
  • Orsted : Berenberg reste à l'achat avec un objectif de cours réduit de 1180 à 1000 DKK.
  • Petrofac : Goldman Sachs reprend le suivi à l'achat en visant 170 GBp.
  • Rathbones : Jefferies passe d'acheter à conserver en visant 2100 GBp.
  • Schindler : Berenberg reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 240 à 195 CHF.
  • Société Générale : BofA passe de vendre à neutre en visant 28 EUR.
  • Stellantis : DZ Bank passe de conserver à acheter.
  • Swiss Re : Berenberg reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 103 à 99 CHF.
  • Voestalpine : Baader Helvea passe d'accumuler à acheter en visant 40 EUR.

En France

Résultats d'entreprises :

  • Aperam : le spécialiste de l'inox anticipe une nouvelle hausse de son Ebitda ajusté au T2, après un T1 record.
  • AXA : croissance minime au 1er Les objectifs du plan 2023 restent d'actualité.
  • JCDecaux : le groupe prévoit une croissance organique de son chiffre d'affaires supérieure à 15% au T2 2022.
  • Rubis : les volumes sont en hausse de 10%, pour une marge brute en progression de 7% au T1.
  • Scor : le réassureur accuse une perte de 80 M€ au T1.

Annonces importantes (et moins importantes)

  • Euroapi, la filiale de Sanofi spécialisée dans les principes actifs pharmaceutiques, entame ses débuts boursiers ce vendredi.
  • Société générale prévoit de boucler d'ici quelques semaines la cession de Rosbank.
  • Vinci va réaliser le réservoir d'eau de Springbank, au Canada.
  • Veolia va céder à Suez l'ensemble des actifs déchets dangereux en France.
  • Airbus retient le système de gestion de vol de Thales.
  • Schneider réalise la fusion-absorption définitive d'IGE+XAO.
  • Eiffage est entré en négociations exclusives avec le groupe snef en vue d'acquérir 70% de Snef Telecom.
  • Réalités va lancer une augmentation de capital réservée à FDNGT pour 35 M€.
  • Arcure signe un contrat d'OCA de 4 M€.
  • Median Technologies espère obtenir l'autorisation de mise sur le marché américain de son logiciel dispositif médical iBiopsy fin 2023.
  • Société Centrale Des Bois Et Scieries De La Manche acquiert un immeuble dans le 1er arrondissement de Paris.
  • Akka, Technicolor, Delta Plus, Cellectis, Metabolic Explorer, Viel, Akwel, LNA Santé, Ateme ont publié leurs comptes.

Dans le monde

Résultats d'entreprises :

  • Adidas : les objectifs sont revus en baisse à cause de l'impact des confinements en Chine.
  • ING Groep : les résultats sont plus faibles que prévu au T1 à cause d'une provision de 885 M€ prise sur la banque de gros.
  • International Consolidated Airlines : les pertes sont réduites au T1. Les demandes de voyage reprennent.
  • Leonardo : le groupe de défense italien confirme ses prévisions après une hausse des commandes et des bénéfices de base au premier trimestre.

Annonces importantes (et autres)

Lectures

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