En avril, ne te découvre pas d'un fil

02/05/2022 | 09:05

Le mois d'avril ne restera pas dans les annales boursières au chapitre des bons souvenirs, surtout aux Etats-Unis où les indices ont lourdement corrigé. La première semaine de mai sera probablement marquée par l'accélération du cycle de hausse de taux directeurs de la banque centrale américaine, qui annoncera sa décision mercredi. En attendant, la nervosité est au rendez-vous, même si les entreprises délivrent une saison des résultats trimestriels plus que correcte.

Croyez-en mon expérience, quand je reçois aussi peu d'emails d'analystes, d'économistes, de commentateurs de marché ou de Bloomberg pendant un weekend, c'est soit que le lundi est férié, soit que le secteur financier est en PLS. Il est vrai que Londres, Shanghai et Hong Kong font relâche aujourd'hui. Mais la réalité, c'est que les financiers sont tétanisés par la période actuelle, qui leur a fait perdre leur libido pour les actifs risqués.

A Wall Street, les investisseurs avaient poussé un ouf de soulagement jeudi dernier, lorsque l'armada technologique américaine s'était remis la tête à l'endroit, grâce à un puissant rebond. Mais le répit fut de courte durée avec une rechute mémorable vendredi : -4,5% pour le Nasdaq 100 à la clôture, et un stupéfiant -13,4% sur la totalité du mois d'avril. Après avoir mis le graphique de l'indice en variation mensuelle, il m'a fallu reculer l'échelle de temps jusqu'au mois d'octobre 2008 pour trouver une déclivité d'une telle ampleur (-15,8%). Je n'aime pas beaucoup les analogies de ce genre, mais la période septembre / octobre 2008, c'est le paroxysme de la crise financière avec la faillite de Lehman Brothers et le sauvetage de Merrill Lynch le 15 septembre 2008. Le contexte économique est bien sûr très différent, mais cela illustre la façon dont les marchés corrigent leurs excès : avec brutalité.

Il y avait bien eu quelques coups de semonce ces dernières années, mais jusqu'ici, les stars américaines de la technologie étaient toujours venues à la rescousse de leurs consœurs sectorielles aux valorisations baroques. Le plus souvent en publiant des bénéfices inouïs qui faisaient remonter illico le goût du risque des investisseurs. Mais pas cette fois : Netflix est has been, Google est rentré dans le rang. Même le roi Apple est rattrapé par les pénuries. Sans même parler d'Amazon, dont l'action s'est effondrée de 14% vendredi, après des résultats qui montrent que l'inflation, ça n'arrive pas qu'aux autres. Pour détourner un vieux dicton boursier, quand la "Tech" tousse, Wall Street s'enrhume. C'est aussi un des facteurs de la meilleure tenue indicielle en Europe : on est un peu nuls en valeurs technologiques de ce côté-ci de l'Atlantique.

Il y en a un qui rigole bien en ce moment, c'est Warren Buffett. Le milliardaire du Nebraska a profité du grand raout annuel de sa société d'investissement Berkshire Hathaway pour pérorer sur scène, autant que faire se peut quand on a 92 ans, et balancer quelques flèches empoisonnées. Contre la camarilla de Wall Street notamment, coupable selon lui de gagner "beaucoup plus d'argent quand les gens parient comme au casino que quand ils investissent". La facilité avec laquelle son groupe a bâti une position de 14% dans Occidental Petroleum récemment lui fait penser que "la plupart des grandes entreprises aux Etats-Unis sont devenues des jetons de poker". Contre le Bitcoin aussi, qui ne "produit rien". Buffett, jamais avare de bons mots, a aussi lancé que "l'inflation escroque presque tout le monde", après avoir constaté les dégâts occasionnés par les hausses de prix sur les entreprises qu'il possède en portefeuille. Berkshire Hathaway a beaucoup investi ces derniers mois, après avoir été d'une grande prudence auparavant. Des choix extrêmement conservateurs, dans les compagnies pétrolières et l'assurance notamment. Ses paris les plus exotiques du moment concernent HP Inc et Activision Blizzard, c'est dire.

En complément, quelques actualités qu'il ne fallait pas rater ce weekend :

  • L'UE réduit sa dépendance aux énergies fossiles russes. Le bloc va proposer de couper les importations de pétrole russe d'ici la fin de l'année. En parallèle, les livraisons de gaz russe vers l'Europe ont baissé de 27% en janvier-avril sur un an.
  • En France, un accord entre EELV et LFI a été signé en vue des élections législatives de juin.
  • Nancy Pelosi a rencontré le président ukrainien avec une délégation de parlementaires américains.
  • La Chine est toujours empêtrée dans sa stratégie zéro Covid, qui entraîne des confinements et de grosses perturbations économiques et sociales.
  • Le compte à rebours est donc lancé avant le verdict de la Fed sur ses taux directeurs, mercredi. La probabilité d'une hausse de taux de 50 points de base, un rythme deux fois plus rapide qu'à l'accoutumée, est à 99,1% selon l'outil FedWatch du CME. La grosse cote est pour une hausse de taux de 75 points de base : les 0,9% restants.

Bref, pas mal de tensions aujourd'hui encore et des indicateurs avancés européens qui sont baissiers ce matin. Plutôt mécanique tout ça : le vieux continent avait clôturé en hausse vendredi, créant un grand écart avec la fermeture dans le rouge vif de Wall Street. En Asie Pacifique, le Japon tient bon (0,2% de hausse en clôture) mais l'Australie perd 1,2%. Le CAC40 perdait 0,9% à 6474 points peu après l'ouverture.

Les temps forts économiques du jour

Les indices PMI manufacturiers d'avril pour les principales économies seront publiés tout au long de la journée, ainsi que l'ISM manufacturier aux Etats-Unis (16h00). Tout l'agenda "macro" ici. Ce weekend, la Chine a fait état d'un PMI manufacturier officiel en berne, à 47,4 points en avril (un indice inférieur à 50 est synonyme de contraction économique).

Le dollar maintient l'euro sous pression, à 1,0518 USD. L'once d'or peine à jouer son rôle de refuge à 1885 USD. Le pétrole est toujours ferme, avec un Brent de Mer du Nord à 105,92 USD le baril et un brut léger américain WTI à 103,78 USD. Le rendement de la dette américaine à 10 ans remonte à 2,94%. Le bitcoin souffre à 38 700 USD.

Les principaux changements de recommandations

  • AMA Corporation : Midcap Partners reste à l'achat avec un objectif de cours réduit de 4 à 3 EUR.
  • Aures : Midcap Partners reste à l'achat avec un objectif réduit de 38 à 31 EUR.
  • Belimo : UBS reste à la vente avec un objectif de cours réduit de 342 à 328 CHF.
  • Casino : Citigroup reste neutre avec un objectif réduit de 27 à 17 EUR.
  • Deutsche Pfandbriefbank : Kepler Cheuvreux reste à l'achat avec un objectif réduit de 14,20 à 14,10 EUR.
  • Forbo : Crédit Suisse réduit son objectif de cours de 1830 à 1680 CHF.
  • Genmab : Cowen démarre le suivi à performance de marché en visant 2554 DKK.
  • Guillemot : In Extenso reste à l'achat fort avec un objectif réduit de 19,60 à 19,30 EUR.
  • Maurel : Portzamparc passe d'alléger à conserver en visant 4,60 EUR.
  • Mercedes : Jefferies reste à conserver avec un objectif de cours relevé de 66 à 75 EUR.
  • MINT : GreenSome Finance reste à l'achat avec un objectif de cours relevé de 8,49 à 10,71 EUR.
  • NSE : Portzamparc reste acheteur avec un objectif relevé de 21 à 24 EUR.
  • Orège : Kepler Cheuvreux reste acheteur avec un objectif réduit de 2,40 à 1,80 EUR.
  • Quantum Genomics : Kepler Cheuvreux reste acheteur avec un objectif réduit de 10,20 à 7,90 EUR.
  • Rheinmetall : Oddo BHF passe de surperformance à neutre en visant 237 EUR.
  • Sopra Steria : AlphaValue reste à accumuler avec un objectif relevé de 192 à 164 EUR.
  • Straumann : UBS réduit de 152 à 125 CHF son objectif de cours.
  • Tokmanni : Nordea passe de conserver à acheter en visant 16,50 EUR.
  • WAGA : Portzamparc reste à renforcer avec un objectif de cours relevé de 32,20 à 37,60 EUR.

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