Gros doigt et compte à rebours

03/05/2022 | 09:02

Les marchés européens ont souffert hier, mais ont remonté la pente après un "flash-krach" matinal dont je vous dis quelques mots ce matin. Aux Etats-Unis, la première séance de mai s'est soldée par un rebond après un mois d'avril catastrophique pour les actions. Le tic-tac de la pendule de hausse de taux de la Fed se fait de plus en plus audible, à la veille d'une décision un peu couperet de la banque centrale américaine.

On commence par une anecdote sur un événement rare qui s'est produit lundi. Si vous n'aviez pas les yeux rivés sur vos écrans hier en matinée, vous avez peut-être raté un épisode aussi bref que violent sur les marchés européens : un décrochage spectaculaire et inexpliqué des actions. Cet événement s'est produit un peu avant 10h00. Je le sais parce que ça coïncidait à peu près avec l'arrivée de l'équipe informatique de Zonebourse (je plaisante, ils sont là bien plus tôt). "On vient de perdre 200 points en 14 secondes là", nous annonce Laurent, assis en face de moi, sans se départir de son calme olympien. Du coup tout le monde s'affaire à comprendre ce qui se passe. Et tout le monde pense immédiatement à un événement grave en relation avec la guerre en Ukraine. Mais rien ne sort. Rien chez nos contacts, rien sur le terminal Bloomberg, rien chez nos agences de presse, rien sur les réseaux sociaux. Et rien dans les minutes qui suivent non plus. Un coup de fil aux opérateurs boursiers ne nous en apprend pas plus. Mon voisin de gauche Etienne trouve marrant d'alpaguer Jérôme Kerviel sur Twitter pour lui demander ce qu'il a encore fait. Je trouve ça marrant aussi.

Mais le temps passe et on a l'air idiot sans aucune explication, alors que nos lecteurs viennent aux infos… Il en reste une, d'explication, c'est l'erreur humaine, le "gros doigt". Le gars (ou la fille) qui a appuyé sur deux touches à la fois au moment de passer l'ordre, ou qui s'est trompé de trois zéros. D'ailleurs, c'est le scénario qui s'impose à nous assez vite : pas d'événement majeur et une situation qui rentre dans l'ordre après quelques minutes, ça ressemble à une bourde de trader. Les opérateurs boursiers nordiques – l'onde de choc est partie des marchés scandinaves – laissaient d'ailleurs en matinée entendre que la chute (la bourse de Stockholm a perdu 8% au cœur de l'événement) était due à "une transaction importante effectuée par un participant de marché". Et bingo (j'ai vraiment écrit "bingo" alors que j'ai moins de 100 ans ?), dans la soirée, Citigroup a reconnu qu'un de ses traders a "commis une erreur de saisie lors d'une transaction". Une erreur qui a quand même fait s'évaporer 300 milliards d'euros autour de 10h00, en provoquant des replis de plus de 10% sur de nombreuses entreprises cotées européennes.

Dans un monde financier bardé de garde-fous, de règles prudentielles, de contrôle des données et d'assistance numérique, je trouve toujours un peu dingue que de tels événements puissent encore se produire. En réalité, l'automatisation est aussi (qui a dit "et surtout ?") un facteur aggravant. Lorsque les systèmes identifient des opérations inhabituelles, et a fortiori très inhabituelles, les outils de trading, notamment de trading haute fréquence, prennent en une fraction de seconde des décisions d'achat ou en l'occurrence de vente, créant un effet boule-de-neige par définition hors de contrôle. Pour y répondre, les opérateurs boursiers ont aussi des rupteurs : un afflux trop brutal d'ordres unilatéraux déclenche des réservations de cotation, qui permettent de gagner du temps et de gommer progressivement d'éventuelles erreurs. Mais ces systèmes sont moins rapides que les premières transactions qui passent, ce qui explique les mouvements brutaux qui ont lieu avant que les choses ne rentrent dans l'ordre.

Les flash-krachs ne sont pas très fréquents. Celui de mai 2010 aux Etats-Unis fut mémorable et entraîna des modifications réglementaires. Citigroup va devoir s'expliquer et s'expose à des sanctions. Les investisseurs lésés pourraient aussi se retourner contre la banque, puisque les ordres ne seront a priori pas annulés. En tout cas pas sur les marchés opérés par le Nasdaq Nordic, qui a d'ores et déjà indiqué qu'il n'y aura pas de retour sur les transactions réalisées.

Pour en revenir à des considérations plus générales, l'actualité du jour est encore dominée par le compte à rebours de la décision de politique monétaire de la Fed demain soir. Les taux à 10 ans américains ont rallié le cap des 3% de rendement pour la première fois depuis 2018, ce qui est plutôt logique au regard des hausses de taux directeurs que s'apprête à adopter la banque centrale américaine. En Europe, l'UE s'est mise d'accord pour refuser de payer le gaz russe en roubles, ce qui devrait entraîner des ruptures d'approvisionnement. Les investisseurs suivront avec attention la publication des prix à la production de mars en Europe, qui pourraient montrer des signes de surchauffe encore plus élevés que prévu. Du côté des entreprises, des résultats importants sont tombés ce matin en Europe, en particulier BNP Paribas, Deutsche Post, Logitech ou Norsk Hydro, avant Pfizer, Advanced Micro Devices et Airbnb aux Etats-Unis. Enfin, notez que les bourses du Japon et de la Chine continentale sont closes aujourd'hui pour un jour férié.

Les indicateurs avancés européens sont haussiers ce matin, après la séance qui s'est mieux terminée qu'elle n'avait commencé aux Etats-Unis. Sauf la place de Londres, qui était close hier et qui devrait reprendre en baisse. Le CAC40 gagnait 0,5% à l'ouverture à 6458 points.

Les temps forts économiques du jour

Au programme, les chiffres de l'emploi allemand en avril (9h55), le taux de chômage de mars et les prix à la production en zone euro (11h00) puis aux Etats-Unis l'enquête JOLTS sur les créations d'emploi et les commandes de biens durables (16h00). Tout l'agenda "macro" ici. Ce matin, la banque centrale australienne a relevé ses taux directeurs d'un quart de point.

Le dollar reste ferme contre l'euro, à 1,0519 USD. L'once d'or déprime à 1862 USD. Le pétrole bouge peu depuis quelques jours, avec un Brent de Mer du Nord à 107,10 USD le baril et un brut léger américain WTI à 104,91 USD. Le rendement de la dette américaine à 10 ans remonte à 2,98%, après avoir touché la barre des 3% pour la première fois depuis 2018. Le bitcoin s'est stabilisé autour de 38 500 USD.

Les principaux changements de recommandations

  • Adidas : Crédit Suisse passe de neutre à sousperformance en visant 205 EUR.
  • AO World : J.P. Morgan passe de neutre à souspondérer en visant 63 GBp.
  • EDP Renovaveis : JB Capital Markets passe d'acheter à neutre en visant 23,50 EUR.
  • Endur : Arctic Securities démarre le suivi à l'achat en visant 0,70 NOK.
  • Erste : Exane BNP Paribas passe de neutre à surperformance en visant 44 EUR.
  • Ferguson : Jefferies reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 11 779 à 11 239 GBp.
  • Lancashire Holdings : Jefferies reste à l'achat avec un objectif de cours relevé de 500 à 550 GBp.
  • Linde : Berenberg reste à l'achat avec un objectif relevé de 300 à 340 EUR.
  • M&G Plc : HSBC passe de conserver à acheter en visant 260 GBp.
  • Mondi : Jefferies reste à l'achat avec un objectif de cours relevé de 1670 à 1700 GBp.
  • Nagarro : Jefferies reste à l'achat avec un objectif de cours relevé de 172 à 182 EUR.
  • Nemetschek : Baader Helvea passe d'accumuler à acheter en visant 95 EUR.
  • Petrofac : Berenberg passe de conserver à acheter en visant 210 GBp.
  • Puma : Crédit Suisse passe de neutre à surperformance en visant 86 EUR.
  • Rieter : Stifel passe d'acheter à conserver en visant 135 CHF.
  • ST. James's Place : HSBC passe de conserver à acheter en visant 1600 GBp.
  • Vestas : Jefferies passe de sous performance à conserver en visant 177 DKK.
  • Westwing : Baader Helvea passe d'acheter à accumuler en visant 13 EUR.
  • Zignago Vetro : Equita passe de conserver à acheter en visant 14,40 EUR.

En France

Résultats d'entreprises :

  • BNP Paribas : le bénéfice net croît de 19,2% à 2,11 Mds€ au T1. Les objectifs 2025 sont confirmés.

Annonces importantes (et moins importantes)

  • Engie conclut un accord de 15 ans avec NextDecade pour l'achat de gaz naturel liquéfié.
  • Icade Promotion acquiert 50,1% du capital du groupe M&A.
  • Derichebourg s'offre Ylipson.
  • Cabometyx (Ipsen) approuvé par la Commission européenne dans le cancer de la thyroïde.
  • Ipsos appelle à repousser les résolutions soumises par les actionnaires frondeurs.
  • Mercialys cède deux hypermarchés Géant Casino à Annecy et Saint-Etienne.
  • Vallourec investit dans un développeur de solutions de géothermie en circuit fermé Greenfire Energy.
  • Herige acquiert Audoin et Fils Béton.
  • DBV Technologies veut vendre 100 M$ d'ADS sur le Nasdaq via un programme ATM.
  • Olympique Lyonnais Groupe signe le financement de la LDLC Arena à Lyon.
  • I2S négocie la vente de son activité distribution à Basler.
  • EO2 prend 26% de Le Pacte de Giens.
  • Les Agences de Papa décalent la publication de ses comptes pour lancer une ICO.
  • Bénéteau, Bonduelle, ESI Group, Néovacs, DBV Technologies ont publié leurs comptes.

Dans le monde

Résultats d'entreprises :

  • BP Plc : le groupe prend une charge de 25,5 Mds$ sur l'opération de sortie de Rosneft.
  • Covestro : le chimiste revoit à la baisse ses prévisions pour l'exercice 2022 en raison du blocage du COVID-19 en Chine.
  • Deutsche Post : le groupe annonce une hausse de ses bénéfices au 1er trimestre et confirme ses prévisions.
  • Logitech : les revenus du T4 fiscal sont en baisse de 20% à 1,23 Md$. Les prévisions 2023 sont réduites.
  • Norsk Hydro : le bénéfice record du 1er trimestre dépasse les prévisions.

Annonces importantes (et autres)

Lectures

© Zonebourse.com 2022
Copier lien
Dernières actualités sur ""
09:02
27/06
24/06
23/06
22/06