L'Europe a peur

02/03/2022 | 09:04

L'Europe a peur et cela se voit dans la trajectoire de ses indices boursiers, qui ont lourdement décroché hier. Le monde craint que l'invasion de l'Ukraine par la Russie ne dégénère en une sale guerre, et/ou qu'un Kremlin acculé par les sanctions internationales ne cherche à jouer son va-tout par des décisions catastrophiques pour le monde. Pour l'heure, les contre-attaques économiques contre la Russie sont de plus en plus lourdes.

La guerre en Ukraine a refait décrocher les marchés financiers hier, en particulier en Europe où l'on redoute plus qu'ailleurs, proximité géographique oblige, les desseins de Vladimir Poutine. En invoquant la menace nucléaire en début de semaine, le président russe a réveillé les vieux démons. Le monde redoute que le maître du Kremlin ne se transforme en Jack Ripper, le général paranoïaque qui déclenche l'apocalypse nucléaire dans le Docteur Folamour de Stanley Kubrick.  

L'indice large européen STOXX Europe 600 a perdu 2,4% hier en clôture, mais les replis ont été bien plus lourds sur d'autres indices comme le CAC40 français, dynamité par les valeurs du luxe. Aux Etats-Unis, le S&P500 a cédé 1,55% à la cloche. La bourse russe est toujours fermée, histoire qu'elle ne s'effondre pas.

Il y a un réel changement de paradigme avec ce conflit. J'ai presque envie de parler de "cygne noir" pour en revenir à la théorie financière, tant ses implications sont vastes et difficiles à quantifier. A court terme, il bouleverse les stratégies des banques centrales, qui avaient déjà fort à faire pour rattraper le retard accumulé dans la lutte contre l'inflation. Alors que les investisseurs avaient plus ou moins fléché une hausse de taux de 50 points de base de la banque centrale américaine le 16 mars prochain, les pronostics sont retombés très majoritairement à un tour de vis réduit à 25 points (94,4% de probabilité, selon l'outil FedWatch du CME). Le patron de la Fed, Jerome Powell, sera justement auditionné dans le cadre d'un rendez-vous semi-annuel par les parlementaires américains cet après-midi. Les marchés vont boire ses paroles. Mais les banques centrales peuvent panser les plaies économiques, du moins lorsqu'elles ont le contrôle des opérations, mais pas les plaies géopolitiques.

Au-delà des craintes légitimes d'embrasement qu'elle suscite, la guerre en Ukraine provoque un surcroît d'inflation. Le baril de Brent a accroché les 110 USD cette nuit (il en valait moitié moins début février 2021) et les autres matières premières s'enflamment, notamment au niveau agricole (+17% pour l'indice S&P GSCI Agriculture depuis le 1er janvier) et industriel. Vous retrouverez ici le bilan hebdomadaire que j'ai produit hier sur ces classes d'actifs et les autres. Et je ne parle même pas des lignes d'approvisionnement industrielles, qui subissent de nouvelles distorsions. Il y aura nécessairement de très importantes implications dans notre quotidien, et c'est ce qui explique aussi la réaction des indices boursiers.

En attendant, l'Occident continue à couper les ponts avec la Russie à un rythme vertigineux. Les liens économiques, culturels ou numériques sont tranchés les uns après les autres. J'ai listé dans la seconde partie de cette matinale de nouvelles décisions en ce sens, comme par exemple BMW ou Apple qui ne vendront plus dans le pays jusqu'à nouvel ordre, ou Exxon Mobil qui lâche ses partenaires Rosneft et EN+. Les investisseurs ne sont pas touchés que via les indices. Par exemple, la banque autrichienne Raiffeisen, très implantée dans l'est de l'Europe et en Russie, vient de renoncer au dividende annoncé précédemment. Ou encore, les possesseurs d'obligations en roubles sont pris au piège depuis que les dépositaires Euroclear et Clearstream ont cessé d'accepter la devise russe. La liste est longue.

Comme c'est souvent le cas, il y a plusieurs niveaux de lecture par le prisme de l'investissement. Du sang et des larmes d'abord, parce que le monde est frappé de stupeur par l'invasion russe et les images de destruction. Des conséquences économiques à court terme, parce que le conflit ajoute des désordres à des désordres. Des implications profondes sur les relations internationales et commerciales en toile de fond. Notamment une réalité assez nouvelle que Steven Blitz explique très bien dans un papier publié hier: L'économiste souligne que l'initiative de déclencher des chocs géopolitiques majeurs n'appartient plus aux seuls États-Unis, qui n'ont de surcroît plus les moyens de faire cesser aussi sommairement que par le passé les perturbations du monde. Et cette perte de contrôle des États-Unis sur la situation mondiale fait passer le pays d'une position proactive à une position réactive incertaine. La vieille Europe avait, elle, perdu ce pouvoir il y a un peu plus d'un siècle, dans les affres de la première guerre mondiale.

Retour à des considérations plus basiques avec, vous l'aurez compris, beaucoup d'espoir placés dans l'intervention de Jerome Powell à partir de 16h00, même si ont voit mal comment le banquier central pourrait résoudre les problèmes du monde avec sa baguette magique. Malgré la chute de la veille, l'ambiance reste morose sur les marchés européens, qui donnent encore des signes de faiblesse ce matin. Tokyo a clôturé en baisse de 1,7% mais Sydney, riche en valeurs minières, a gagné 0,3%. Le CAC a démarré en baisse de 0,4% à 6337 points. 

Les temps forts économiques du jour

Les chiffres de l'emploi allemand de février (9h55) et le rapport ADP sur l'emploi aux Etats-Unis (14h15) précèderont une audition du patron de la Fed Jerome Powell au Capitole (16h00).

L'euro recule à 1,1194 USD, pendant que l'once d'or remonte à 1936 USD. La flambée du pétrole continue : le Brent est à 110,06 USD et le WTI à 108,55 USD. La dette américaine est rémunérée 1,74% sur 10 ans et le Bund repasse en territoire négatif à -0,08%. Le bitcoin évolue proche de 44 000 USD.

Les principaux changements de recommandations

  • ABB : HSBC passe d'acheter à conserver en visant 32 CHF.
  • Atos : HSBC passe d'acheter à conserver en visant 30 EUR.
  • Beiersdorf : Berenberg reste à l'achat avec un objectif de cours réduit de 116 à 106 EUR.
  • Capgemini : Jefferies reste à l'achat avec un objectif de cours réduit de 270 à 240 EUR.
  • Carlsberg : Berenberg reste à la vente avec un objectif de cours réduit de 883 à 835 DKK.
  • Croda : Jefferies reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 8000 à 7900 GBp.
  • Finnair : HSBC passe de conserver à alléger en visant 0,35 EUR.
  • Flutter : JP Morgan reste à surpondérer avec un objectif réduit de 17 010 à 15 990 GBp.
  • HelloFresh : Bernstein reste à vendre avec un objectif réduit de 44 à 39 EUR.
  • NN Group : HSBC passe de conserver à acheter en visant 52 EUR.
  • Novo Nordisk : Citigroup passe de neutre à achat en visant 800 DKK.
  • Rockwool : Berenberg reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 2800 à 2700 DKK.
  • Royal Mail : Liberum passe de conserver à vendre en visant 355 GBp.
  • Schneider Electric : HSBC passe de conserver à acheter en visant 160 EUR.
  • Siemens Gamesa : HSBC passe de conserver à alléger en visant 15 EUR.
  • Société Générale : AlphaValue reste à l'achat avec un objectif de cours réduit de 40,25 à 35,70 EUR.
  • Spectris : HSBC passe d'acheter à conserver en visant 2900 GBp.
  • Swiss Life : Berenberg reste à l'achat avec un objectif de cours relevé de 657 à 659 CHF.
  • Veolia : Morgan Stanley reprend le suivi à pondération en ligne en visant 34 EUR.
  • Vestas : HSBC passe de conserver à alléger en visant 160 DKK.
  • Zalando : JP Morgan reste neutre avec un objectif réduit de 101 à 90 EUR.

En France

Principales publications de résultats

  • Albioma : les résultats sont dans le haut de fourchette des objectifs, avec un bénéfice net de 59 M€ en 2021.
  • BioMérieux : les revenus 2022 vont reculer, pour un résultat opérationnel ajusté situé entre 530 et 610 M€.
  • Interparfums : les résultats dépassent les attentes.
  • Vilmorin : l'objectif de marge 2021/2022 est réduit de 8,5 à 7,5% au moins.

Annonces importantes (et moins importantes)

  • Engie se conformera aux sanctions contre la Russie, augmente ses achats de gaz en Norvège.
  • EssilorLuxottica finalise la cession de 174 magasins en Italie à Vision Group.
  • Pernod Ricard prend une part majoritaire dans le Château Sainte Marguerite (Provence).
  • Vinci Construction réalise la phase 1 du Nouveau Centre Hospitalier Princesse Grace à Monaco.
  • Atos renforce son comité exécutif.
  • Altarea ne rachètera pas Primonial.
  • Korian se plaint d'allégations trompeuses ou inexactes après la diffusion du magazine Cash Investigation sur les EHPAD.
  • Le directeur général d'Elior, Philippe Guillemot, démissionne.
  • Delta Plus Group achète la société Safety Link, spécialiste des systèmes de protection antichute en Australie.
  • Esker s'associe à Fujitsu Asia pour accélérer la transformation digitale à Singapour.
  • Fera Pharmaceuticals, partenaire licencié de Nicox, obtient de la FDA américaine la désignation de médicament orphelin pour le naproxcinod dans le traitement de la drépanocytose.
  • Cegedim et le Groupe Malakoff Humanis, le Groupe VYV et PRO BTP entrent en négociation exclusive en vue d'une participation au capital de Cegedim Santé.
  • Gaztransport & Technigaz, Alwena Shipping et CHI Zhoushan obtiennent une approbation de principe par le Bureau Veritas pour un nouveau concept de conversion au GNL combiné à un allongement du navire pour les très grands porte-conteneurs.
  • Groupe Open, Groupe CIOA, Europcar, Réalités, Les Constructeurs du bois ont publié leurs comptes et / ou leurs prévisions.

Dans le monde

Publications de résultats

  • Baidu : les résultats trimestriels sont bien accueillis, ce qui permet au titre de bondir de 9,3% à Hong Kong.
  • Hewlett Packard Enterprise : le titre reprend 2 % hors séance après la publication de ses résultats.
  • Just Eat Takeaway : la perte d'Ebitda atteint 350 M€ sur l'exercice.

Annonces importantes (et autres)

  • L'opérateur d'indices STOXX va supprimer 61 sociétés russes de ses indices, dont Gazprom, Lukoil, Sberbank, Rusal ou Aeroflot.
  • Sberbank se retire du marché européen.
  • Ericsson : le département de la justice US estime que le groupe n'a pas suffisamment communiqué sur les risques en Irak.
  • Raiffeisen annule son dividende 2021 à cause de l'impact du conflit russe.
  • Apple suspend la vente de ses produits en Russie.
  • Google bloque RT et Sputnik de sa boutique d'applications en Europe.
  • BMW interrompt la production et les exportations de voitures en Russie.
  • Selon Reuters, Ford va annoncer son intention de gérer les véhicules électriques et les moteurs à combustion comme des activités distinctes.
  • The Boeing Company suspend ses activités en Russie et bloque l'accès aux données sensibles pour le personnel local.
  • Exxon Mobil abandonne le projet Sakhaline-1 et interrompt ses investissements en Russie.
  • Glencore revoit ses participations dans les entreprises russes En+ et Rosneft.
  • Dätwyler finalise le rachat du chinois Yantai Xinhui Packing.
  • Rivian augmente les prix des véhicules de 20%, invoquant la pression inflationniste.
  • SGS rachète un spécialiste irlandais de l'analyse des gaz.
  • Sika acquiert Sable Marco au Canada.
  • Neste s'associe à Marathon Petroleum pour produire du diesel renouvelable aux États-Unis.
  • Le promoteur chinois Shimao Group s'effondre suite à l'annonce d'une proposition de restructuration de sa dette.
  • Les principales publications du jour : Snowflake, Ford, Fast Retailing, Coupang, Kuehne + Nagel, Dollar Tree, Sberbank, BioMérieux, Persimmon, Telecom Italia, Just Eat Takeaway, Victoria's SecretTout l'agenda ici.

Lectures

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