L'ivresse des sommets

29/12/2020 | 08:08

Rien ne semble pouvoir contrarier la marche en avant des indices boursiers pour cette antépénultième séance de l'année 2020. Le monde reste confronté au problème du coronavirus, mais les autres difficultés du moment ont été aplanies et la vaccination a commencé, ce qui a renforcé l'optimisme des investisseurs. Les lutins du père-noël ont pulvérisé les grincheux. Heureusement que je suis là pour vous parler taxes, impôts et fiscalité.

Comme il ne se passe pas grand-chose et que je vais me faire ramasser par mes deux cerbères favoris si je me fais prendre en flagrant délit de remplissage creux de chronique, nous allons donc parler d'impôts ce matin. Pas les vôtres, ceux que pourraient payer les entreprises quand il faudra passer à la caisse pour éponger les plans de soutiens. Enfin pas les vôtres, on en reparlera en temps voulu, mais ce n'est pas le sujet du jour. Il existe actuellement pas mal de théories, mais pas encore de pratique, sur la façon dont les gouvernements vont honorer la facture-covid dans les années qui viennent. Si l'on met de côté les extrêmes comme "la dette sera annulée" ou "on va tous disparaître", l'une des pistes possibles est un alourdissement de la fiscalité des entreprises. Une façon indirecte de mettre à contribution les actionnaires, en particulier ceux des riches sociétés cotées.

Des gens plus sérieux que moi avec de vraies références comme des économistes reconnus ou Bank of America Merrill Lynch pensent que le "monde d'après" passera par une répartition de la richesse moins favorable aux actionnaires. C'est une très bonne occasion de rappeler qu'il existe de gros écarts entre les taxations réelles des différents secteurs d'activité. AlphaValue a calculé un taux d'imposition moyen des bénéfices de 26% pour les 460 sociétés cotées de son univers de couverture. Elles sont toutes européennes, mais sont pour la plupart très internationalisées, si bien que ce taux peut constituer, estime le bureau d'études, un étalon mondial assez représentatif.

Le taux d'imposition le plus élevé frappe les compagnies pétrolières (environ 60%), taxées en général à la source (i.e. là où le pétrole est produit). En période normale, entendez hors année 2020, ce sont de loin les plus grosses contributrices fiscales (27 Mds€ en 2019 pour le quintet Royal Dutch Shell, Equinor, ENI, Total et BP Plc), avec les banques et les entreprises minières, qui sont plutôt taxées autour de 30%. Mais qui donc optimise le mieux son imposition ? L'industrie pharmaceutique, avec un taux moyen inférieur à 20%, ce qui n'empêche pas leurs marges nettes d'être 2,5 à 3 fois supérieure à la moyenne. Un rapport d'Oxfam datant de 2018 mettait en lumière cette singularité, en précisant qu'il n'y avait rien là d'illégal, mais juste "des techniques sophistiquées de planification fiscale pour tirer parti d'un système défaillant". En tout cas les sociétés, qu'elles soient dans le haut ou dans le bas du panier fiscal, pourraient être mises à contribution dans les années à venir. Après tout, elles ne votent pas, cabotine AlphaValue.

Le marché est assez loin de ces considérations entre la dinde et les cotillons. Plusieurs indices ont atteint hier de nouvelles zones vierges ou inviolées depuis longtemps. Dans la première catégorie on retrouve la triplette américaine Dow Jones, S&P500 et Nasdaq et, plus rare, le DAX allemand. Dans le seconde, figure en particulier le Nikkei 225. Le CAC40 est à la traîne en 2020 mais sa version dividendes réinvestis n'est plus qu'à 8% de ses records historiques du 19 février dernier. On se raccroche à ce qu'on peut. Maintenant que le suspense a disparu ou presque sur la vaccination covid-19, le plan de relance américain et le Brexit, le marché s'intéresse dans les jours qui viennent à la possible extension de l'aide américaine aux particuliers. La chambre des représentants a voté lundi en faveur d'un dispositif augmenté de 600 à 2000 USD, mais le Sénat devrait bloquer… à moins qu'il n'ait été sensible à l'appel de Donald Trump en faveur d'une telle mesure. La réponse tombera peut-être avant le réveillon. De quoi maintenir un peu de suspense d'ici jeudi.

Les indicateurs avancés sont – encore – haussiers ce matin en Europe.

Les temps forts économiques du jour

Il n'y aura aucun indicateur macro-économique majeur aujourd'hui, à l'exception de l'indice S&P Case Shiller des prix immobiliers aux Etats-Unis (15h00). Il faut toutefois retenir que l'UE et la Chine seraient proches de sceller un pacte d'investissement.

L'euro se négocie 1,2236 USD. L'once d'or est stable à 1880 USD. Le pétrole aussi, à 51,01 USD le Brent et 47,80 USD le WTI. Pas de changement non plus pour le 10 ans américain, qui affiche un rendement de 0,94 %. Le Bitcoin perd du terrain à 26 458 USD.

Les principaux changements de recommandations

  • Clariant : AlphaValue passe d'alléger à vendre avec un objectif de cours ajusté de 16,20 à 16,30 CHF.
  • Lysogène : Kepler Cheuvreux reste acheteur en visant 7 EUR.

L’actualité des sociétés

En France

Annonces importantes

  • Genomics (Eurofins) lance un service efficient de séquençage intégral du génome viral du SARS-CoV-2.
  • Akka contraint à un plan de sauvegarde de l'emploi portant sur environ 900 postes, principalement en Occitanie, faute de reprise dans l'industrie aérienne.
  • Albioma met en service sa quatrième centrale 100 % bagasse au Brésil.
  • Réalités lance une augmentation de capital de 4,9 M€ réservée à ses managers.
  • Prismaflex cède le contrôle de sa filiale américaine Anthem Displays à Circle Graphics, en conservant 28,9 %.
  • Europlasma émet 650 OCA au profit de Global Tech. La société communique aussi sur la réduction du stock de déchets à traiter après le redémarrage d'Inertam durant l'été.
  • EO2 a publié ses résultats semestriels.

Dans le monde

Annonces importantes

  • SAP SE introduira sa filiale américaine Qualtrics en Bourse l'année prochaine, sur la base d'une valorisation d'environ 10 Mds$.
  • Ant Group (Alibaba) songerait à créer un holding soumis à la régulation bancaire, selon Bloomberg.
  • Les conseils d'administration des banques espagnoles Unicaja et Liberbank se réunissent aujourd'hui pour voter sur le rapprochement des deux établissements.
  • TAL Education reçoit 3,3 Mds$ d'argent frais via un placement privé souscrits par un pool d'investisseurs comprenant Silver Lake.
  • Novavax lance la phase III des tests sur son candidat-vaccin Covid-19.
  • Orsted a cédé la moitié de son projet offshore GC1 à Taiwan à un consortium d'investisseurs pour 2,66 Mds$.
  • Dätwyler étend à 2030 ses accords avec Nespresso.
  • Atenor acquiert 50% de TBMB aux Pays-Bas.
  • JPMorgan Chase acquiert l'activité de fidélisation et de tourisme de cxLoyalty.
  • Siegfried émet deux emprunts obligataires hybrides de 80 MCHF.

Ça publie aujourd'hui. Sugi Holdings, Adastria

Lectures

Anthony Bondain
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