L'ombre d'un doute

07/01/2022 | 09:05

L'année boursière 2022 avait semblé démarrer sur les chapeaux de roues, avant qu'un brutal coup d'arrêt ne vienne changer la donne. Un ixième début de rotation sectorielle a mis les valeurs technologiques à genoux, dans un contexte où les investisseurs s'organisent enfin sérieusement pour adapter leurs positions à un environnement de taux directeurs en hausse. Pour terminer la semaine, je vous propose quelques réflexions sur ce qui est légitime ou pas en bourse.

J'imagine que c'est humain : il y a une sorte de jubilation malsaine à voir les stars illégitimes se faire malmener, parfois jusqu'à leur déchéance. Et les marchés actions n'échappent pas à la règle. A chaque début de correction boursière, le clan des "je vous l'avait dit" grossit subitement pour venir épauler les redresseurs de torts, les prophètes de malheur et les grincheux habituels. Il y a ceux qui savaient, ceux qui ressortent leurs vieux modèles économiques ou ceux qui clouent au pilori unetelle ou untel.

Ce qui pose problème dans ma première phrase, c'est le terme "illégitime", parce qu'il n'a pas de définition précise. C'est même tout le contraire : personne n'a le même curseur de ce qui est légitime ou pas. Prenons un exemple qui revient souvent, tellement souvent que je m'en suis déjà servi cette semaine : le parcours de l'action Tesla est-il légitime ? Si vous posez la question à des professionnels de l'investissement, certains vous répondront oui, d'autres non. Mais avec une palette de nuances infinie. Il y aura aussi ceux qui trouveront que le parcours n'est pas vraiment légitime mais qui se garderont de le dire parce qu'ils ont investi dessus contre tous leurs principes. Et ceux qui trouvent que finalement c'est mérité mais qui se le disent à chaque fois trop tard et qui ne sont jamais entrés sur l'action. D'autres seront incapables de trouver des critères économiques ou rationnels, mais accepteront la situation parce que "c'est comme ça" ou qu'ils perçoivent un énorme atout non-chiffré. J'ai parlé de Tesla mais sans aller aussi loin un Hermès suffit. Et les réponses ne seraient pas différentes.

Bref, la légitimité, ou l'illégitimité, est une notion beaucoup trop subjective pour être définie dans le cas qui nous intéresse : il n'y a pas de code civil universel en finance (finalement, j'ai peut-être un peu trop écouté ce podcast sur Napoléon cette semaine). Tout ceci me renvoie à un très bon papier publié hier par l'excellent Morgan Housel, dans lequel il cite l'investisseur Jim Grant. "Supposer que la valeur d'une action est déterminée uniquement par les bénéfices d'une société, actualisés par les taux d'intérêt pertinents et ajustés en fonction du taux d'imposition marginal, c'est oublier que des gens ont brûlé des sorcières, fait la guerre sur un coup de tête, pris la défense de Joseph Staline et cru Orson Welles lorsqu'il leur a dit à la radio que les Martiens avaient débarqué", écrivait Grant. En d'autres termes, les données ne font pas tout, loin de là, et le contexte joue un rôle majeur. Et plus que le contexte, explique Housel, c'est l'histoire qui est racontée tout autour. Cette histoire, si elle est convaincante, a le pouvoir de rendre légitime ce qui semble illégitime.

Hier, les marchés américains ont enchaîné une troisième séance consécutive dans le rouge. Et même si les proportions du reflux ont été fort modestes, les velléités initiales de rebond des valeurs technologiques ont fait long feu. C'est dans ce genre de situation que ressortent les questions de légitimité et d'illégitimité. Par exemple, la purge au sein des valeurs américaines du cloud est-elle méritée parce que ces entreprises n'ont pas encore gagné un kopeck et qu'elles valent des milliards ? Faut-il se réjouir que les cryptomonnaies se fassent chahuter ? A-t-on le droit de trouver burlesque que dans un monde en état d'urgence climatique, les investisseurs se ruent sur le secteur pétrolier ? Je vous épargne la suite de la liste, parce que vous la connaissez aussi bien que moi et que les médias et les réseaux sociaux dégueulent d'exemples.

Même si le curseur de la légitimité a la bougeotte et que les chiffres ne peuvent pas tout expliquer, les investisseurs sérieux savent que l'application de certaines règles de bon sens permettent d'obtenir des performances solides sur le long terme. Ce qui n'empêche pas de s'encanailler, parfois, avec des paris plus exotiques pour pimenter les portefeuilles, mais en restant dans les limites d'un risque acceptable, pour ne pas dire légitime. C'est ce qui a toujours fonctionné et fonctionnera encore. Le reste n'est que du bruit.

Le bruit du jour sera constitué par les chiffres de l'emploi en décembre aux Etats-Unis. On le sait, la Fed a durci le ton face à la situation économique en prévoyant de réduire la liquidité disponible. L'emploi est un marqueur important des décisions de la banque centrale, donc la publication à 14h30 pourrait provoquer quelques remous. Dans le reste de l'actualité, Samsung et STMicroelectronics ont préannoncé leurs performances du dernier trimestre. Il y aura aussi une batterie d'indicateurs macroéconomiques en Europe ce matin. En Chine, les autorités exhortent les banques à renforcer leur soutien au crédit immobilier pour éviter une vague de faillites dans la promotion.

Le CAC40 perdait 0,08% à 7244 points peu après l'ouverture.

Les temps forts économiques du jour

Le marché attend essentiellement, le rapport sur le marché de l'emploi en décembre aux Etats-Unis (14h30). Auparavant, il aura pris notamment connaissance de la production industrielle allemande (8h00) et française (8h45), puis des ventes de détail et de l'inflation européennes (11h00).

L'euro s'installe à 1,13 USD. L'or perd du terrain à 1795 USD l'once. Le pétrole se renforce, avec un Brent à 82,51 USD le baril et un WTI à 80,03 USD le baril. La dette américaine à échéance 10 ans et rémunérée 1,72% (+1 point). Le bitcoin pique encore du nez sous 42 000 USD.

Les principaux changements de recommandations

  • Belimo : Morgan Stanley relève son objectif de cours de 420 à 430 CHF.
  • Betsson : Berenberg passe de vendre à conserver en visant 53 SEK.
  • BP Plc : Exane BNP Paribas passe de neutre à surperformance en visant 410 GBp.
  • CD Projekt : Morgan Stanley passe de pondération en ligne à souspondérer en visant 120 PLN.
  • Centamin : Liberum passe de vendre à achat en visant 106 GBp.
  • Credit Suisse : Exane BNP Paribas passe de neutre à sousperformance en visant 9 CHF.
  • Encavis : Oddo BHF passe de neutre à surperformance
  • Evolution : Berenberg démarre le suivi à conserver en visant 1130 SEK.
  • Evotec : Citigroup reprend le suivi à neutre en visant 40 EUR.
  • Ferrovial : J.P. Morgan passe de surpondérer à neutre en visant 30 EUR.
  • Geberit : Jefferies reste à sousperformance avec un objectif de cours relevé de 532 à 553 CHF.
  • ITV : Morgan Stanley passe de surpondérer à pondération en ligne en visant 110 GBp.
  • Kindred : Berenberg passe de conserver à acheter en visant 154 SEK.
  • Lanxess : Barclays passe de pondération en ligne à surpondérer en visant 70 EUR.
  • Next : AlphaValue passe d'alléger à accumuler en visant 8681 GBp.
  • Novartis : UBS reste neutre avec un objectif de cours relevé de 80 à 82 CHF.
  • Orsted : Jefferies reste à sousperformance avec un objectif de cours réduit de 780 à 680 DKK.
  • Repsol : Exane BNP Paribas à sousperformance à neutre en visant 12 EUR.
  • Saint-Gobain : Jefferies reste à conserver avec un objectif de cours relevé de 64,70 à 66 EUR.
  • Sika : Jefferies reste à l'achat avec un objectif de cours relevé de 422 à 441 CHF.
  • Sthree : Jefferies passe d'acheter à conserver en visant 500 GBp.
  • ThyssenKrupp : Oddo BHF reprend le suivi à neutre en visant 12 EUR.
  • Trigano : Portzamparc reste à l'achat avec un objectif relevé de 215 à 225 EUR.

En France

Annonces importantes (et moins importantes)

  • STMicroelectronics préannonce ses résultats du T4, avec des revenus plus élevés que prévu et une marge dans le haut de la fourchette ou légèrement supérieure aux objectifs.
  • Ramon Fernandez, Christel Heydemann et Frank Boulben sont en lice pour remplacer Stéphane Richard aux commandes d'Orange, selon Libération.
  • Sanofi établit une collaboration de recherche stratégique avec Exscientia.
  • AXA émet 1,25 Md€ d'obligations.
  • Electricité de France va fermer la centrale nucléaire de Hunterston B en Ecosse après 46 ans d'exploitation. Par ailleurs, le groupe prolonge l'arrêt de la centrale de Chooz.
  • Air France-KLM doit lever 1 à 2 Mds€ cette année, selon Les Echos.
  • Bureau Veritas rachète Prescience aux Etats-Unis.
  • Le trafic camion de Getlink en baisse de 7% en décembre.
  • Nominations au comité exécutif d'Edenred.
  • Altamir vend ses parts dans Afllelou.
  • Deinove obtient un avis favorable du DSMB pour la poursuite de l'essai clinique de Phase II de DNV3837 dans les infections à Clostridioïdes difficile.
  • Europlasma annonce le doublement d'un contrat.
  • Colas obtient un gros contrat au Royaume-Uni.
  • Une nouvelle directrice générale pour Hybrigenics.
  • Quantum Genomics renforce son conseil d'administration.
  • LDC, Ecomiam, Osmozis et Obiz ont publié leurs comptes.

Dans le monde

Annonces importantes (et autres)

  • Les bénéfices de Samsung au T4 sont inférieurs aux attentes.
  • Royal Dutch Shell va poursuivre son rachat d'actifs de 7 Mds$ au même rythme.
  • The New York Times va acquérir le site sportif The Athletic pour 550 M$.
  • Volkswagen va lancer une version électrique de son fameux minibus hippie.
  • Les ventes d'Aston Martin à ses concessionnaires en hausse de 82% en 2021.
  • GameStop veut entrer sur les marchés des NFT et des cryptomonnaies.
  • Wesfarmers va racheter API pour 547 M$.
  • Basilea reçoit un nouveau paiement d'étape de la part d'Astellas.
  • James Hardie limoge son PDG Jack Truong.
  • AstraZeneca annonce que sa filiale Alexion va collaborer avec Neurimmune pour le développement du NI006.
  • Principales publications de résultats : Innolux, Acuity, InPost

Lectures

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