L'ombre des Sorcières et de la Fed plane sur les marchés

16/09/2022 | 09:04

J'écrivais hier que le marché cherchait à se remettre la tête à l'endroit après la chute des indices américains mardi. Et bien c'est raté. Les places boursières ont à nouveau piqué du nez hier, toujours tétanisées par le cocktail entre une surinflation qui nécessite des hausses de taux et le ralentissement économique en cours.

Résultat des courses, des replis plus ou moins marqués en Europe - sauf à Londres où l'on a grappillé quelques points – et trois indices américains qui ont terminé assez près de leurs plus bas du jour. Le roi-Nasdaq a rendu 1,7% pour passer sous la barre des 12 000 points en clôture, ce qui n'était plus arrivé depuis la mi-juillet. Les replis assez marqués de Microsoft et Apple, qui pèsent ensemble 23% de l'indice, n'ont pas aidé. Le S&P500 a lui rendu 1,13%, plombé par les valeurs précitées, le reflux des pétrolières et le plongeon d'Adobe (-17%), qui n'a pas réussi à faire partager au marché son enthousiasme pour le rachat de Figma. Ou plutôt pour le prix de rachat de Figma : 20 milliards de dollars pour une entreprise qui ne réalisera cette année que 400 M$ de revenus. Le marché juge le pari un peu audacieux et craint qu'il ne rejoigne le cimetière bien garni des acquisitions numériques onéreuses sans lendemain.

Les indices du vieux continent ont aussi été ballotés par les mêmes tendances de fond. Seules les financières et quelques défensives ont brillé hier en Europe. Les entreprises de la consommation cyclique, de la technologie et de l'énergie ont été survendues. On a ainsi bien mieux résisté du côté des bourses suisse (consommation de base, santé) et belge (financières) qu'en France (cycliques, énergie).

Deux ombres planent sur la séance du jour. La première, c'est que nous sommes le troisième vendredi du mois et que c'est synonyme de compensation boursière. C'est la séance mensuelle au cours de laquelle a lieu le débouclage des produits dérivés (futures sur indices, options sur actions et indices). Les professionnels dénouent les positions ou les "roulent", pour reconduire leurs stratégies sur le mois suivant. Par conséquent, c'est une source de volatilité et parfois de bouleversements. On l'a d'ailleurs très bien vu lors de la compensation du mois d'août : elle a marqué la fin du rebond parce qu'un certain nombre de financiers ont adopté des positions plus conservatrices après deux mois de gains et l'approche de nouvelles incertitudes de rentrée. Ce troisième vendredi du mois a été baptisé "journée des sorcières" par les anglo-saxons. Ce 16 septembre est aussi une échéance trimestrielle, ce qui accroît encore l'enjeu de la séance.

L'autre ombre qui rôde, c'est bien sûr la décision de politique monétaire que la banque centrale américaine doit prendre la semaine prochaine. Les marchés se sont remis en PLS depuis que l'inflation n'a pas pris la belle pente baissière qu'ils imaginaient. Les investisseurs pensent majoritairement que la Fed va relever ses taux de 75 points de base, mais il existe une probabilité non négligeable pour que le relèvement atteigne 100 points. Ce suspense, couplé à l'incertitude sur le niveau de taux qu'il faudra atteindre pour courber l'inflation, entretient une pression vendeuse sur les actions, malgré les rachats présumés à bon compte audacieusement tentés dernièrement.

Dans l'actualité matinale, j'ai noté deux données macroéconomiques en Chine. Les ventes de détail et la production industrielle d'août ont été plus dynamiques que prévu. C'est une bonne nouvelle, même si elle ne parvient pas à dérider les marchés asiatiques, pas même ceux de Chine continentale. Pendant ce temps, l'Organisation de coopération de Shanghai, qui regroupe notamment la Chine, la Russie et l'Inde, tient salon en Ouzbékistan. Histoire de rappeler aux Occidentaux que l'axe du monde moderne se déplace à l'Est.

Mais revenons sur un plan purement boursier et de court terme. A l'approche de la prochaine vague de résultats trimestriels, qui débutera dans un mois environ, les investisseurs ont l'air ce matin d'être marqués par la sévère révision en baisse des objectifs de Fedex. Le logisticien américain est un bon indicateur de l'activité économique puisqu'il constitue un marqueur d'activité en temps réel. Cette fois, ce n'est pas la hausse des coûts qui a pris par surprise les investisseurs : ils ont désormais une bonne idée des dégâts inflationnistes. C'est plutôt le ralentissement de la demande. Le management de Fedex a en outre prévenu que les conditions économiques vont encore se dégrader dans les semaines qui viennent.

Je rappelle qu'on est toujours dans une phase un peu bizarre puisque d'un côté tout le monde dit que c'est la cata depuis un moment, mais de l'autre, le consommateur a continué à consommer et les entreprises ont généralement continué à gagner pas mal d'argent. Le choc de réalité attendu au premier trimestre 2022 n'a pas eu lieu, pas plus qu'il ne s'est réellement matérialisé au second trimestre 2022. Les craintes se reportent ainsi sur le troisième, ce qui explique que les investisseurs soient sensibles aux vaticinations Fedexesques.

Les indicateurs avancés européens et américains sont un peu dégueux ce matin, pour reprendre la classification d'un de mes collègues. Une ouverture baissière se profile donc. La séance se termine en eau de boudin en Asie Pacifique avec des baisses de plus de 1% au Japon, en Chine continentale et en Australie, et voisines de 1% pour la Corée du Sud et l'Inde. Le CAC40 perdait 0,9% à 6101 points à l'ouverture. 

Les temps forts économiques du jour

Le principal indicateur attendu aujourd'hui concerne le consommateur américain avec l'indice de confiance de l'Université du Michigan. Tout l'agenda macro ici. En Chine, la production industrielle et les ventes de détail ont dépassé les attentes en août, selon les données publiées cette nuit.

L'euro remonte à un cheveu de la parité avec le dollar. L'once d'or reste sous pression à 1664 USD. Le pétrole s'effrite, avec un Brent de Mer du Nord à 91,13 USD le baril et un brut léger américain WTI à 85,29 USD. Le rendement de la dette américaine à 10 ans reste élevé à 3,45%. Le bitcoin a baissé autour de 19 800 USD.

Les principaux changements de recommandations

  • Adidas : Cowen passe de surperformance à performance de marché en visant 155 EUR.
  • Aroundtown : J.P. Morgan passe de souspondérer à neutre en visant 3,10 EUR. Goldman Sachs passe d'achat à neutre en visant 2,70 EUR.
  • Big Yellow : J.P. Morgan passe de neutre à surpondérer en visant 1550 GBp.
  • Catena : J.P. Morgan passe de neutre à souspondérer en visant 400 SEK.
  • Compleo Charging Solutions : Kepler Cheuvreux reste à l'achat avec un objectif réduit de 40 à 34 EUR.
  • Crédit Agricole : Société Générale passe d'acheter à conserver en visant 10,20 EUR.
  • Fevertree : Berenberg passe d'acheter à conserver en visant 1000 GBp.
  • Gecina : J.P. Morgan passe de neutre à surpondérer en visant 112 EUR.
  • Idorsia : Citigroup passe d'acheter à vendre en visant 13 CHF.
  • InterContinental Hotels : Citi passe de neutre à vendre en visant 4450 GBp.
  • Investec : Berenberg démarre le suivi à l'achat en visant 540 GBp.
  • ITM Power : Berenberg reste à la vente avec un objectif réduit de 185 à 100 GBp.
  • Kojamo : J.P. Morgan passe de neutre à souspondérer en visant 15 EUR
  • L'Oréal : Jefferies reste à sousperformance avec un objectif de cours réduit de 314 à 300 EUR.
  • Landis+Gyr : Baader Helvea démarre le suivi à l'achat en visant 77 CHF.
  • Proximus : Société Générale passe de conserver à vendre en visant 10 EUR.
  • PSP Swiss Property : J.P. Morgan reste neutre avec un objectif de cours réduit de 140 à 120 CHF.
  • SFS : Berenberg passe de vendre à conserver en visant 75 CHF.
  • Telecom Italia : Barclays passe de pondération en ligne à souspondérer en visant 15 EUR.

En France

Annonces importantes (et moins importantes)

Dans le monde

Annonces importantes (et moins importantes)

  • Les immatriculations de véhicules neufs remontent de 3,4% en août en Europe.
  • Fedex s'effondre après un avertissement.
  • L'Allemagne est proche de nationaliser Uniper, VNG AG, Securing Energy for Europe (ex-Gazprom Allemagne) et Rosneft Allemagne.
  • Texas Instruments va renforcer son dividende et doper ses rachats d'actions.
  • Uber enquête sur un "incident de cybersécurité" après une fuite de données.
  • Yara va construire une usine d'hydrogène renouvelable en Australie occidentale.
  • Adobe rachète Figma pour 20 Mds$.
  • Holcim finalise la cession de ses activités en Inde.
  • Nestlé veut rouvrir son usine de pizzas surgelées Buitoni.
  • Ryanair va annuler 420 vols vendredi en raison de la grève des contrôleurs en France.
  • Zoom Video va "enquêter sur les problèmes" après de nombreuses plaintes d'utilisateurs.
  • Principales publications du jour : Aevis, Ruffer… Tout l'agenda ici.

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