La Fed ne touche ni à ses taux ni à son diagnostic économique

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08/11/2018 | 23:19
WASHINGTON (Reuters) - La Réserve fédérale américaine a laissé sa politique monétaire inchangée jeudi et évoqué la poursuite d'une croissance économique soutenue par la bonne santé du marché du travail et la vigueur de consommation des ménages, laissant ainsi le champ libre à une hausse de taux le mois prochain.

L'objectif de taux des fonds fédéraux ("fed funds"), principal instrument de politique monétaire aux Etats-Unis, reste fixé à 2,0%-2,25%, comme attendu par tous les économistes et analystes interrogés par Reuters.

"Le marché du travail a continué de se renforcer et (...) l'activité économique a progressé à un rythme soutenu", déclare la banque centrale dans un communiqué, en réaffirmant son intention de poursuivre la remontée progressive des taux.

Le communiqué ne traduit pas d'évolution marquante du diagnostic de la banque centrale sur la situation économique depuis sa précédente réunion, en septembre, l'inflation restant proche de son objectif de 2% tandis que le chômage demeure orienté à la baisse et que les risques entourant les perspectives économiques semblent toujours "à peu près équilibrés".

La Fed note toutefois que la croissance de l'investissement des entreprises "s'est modérée par rapport au rythme soutenu observé plus tôt dans l'année".

La Réserve fédérale publiera de nouvelles prévisions de croissance et d'inflation le 19 décembre à l'issue de sa prochaine réunion, lors de laquelle elle pourrait relever le taux des "fed funds" pour la quatrième fois cette année.

"La seule surprise, c'est qu'elle n'ait pas été plus 'faucon'", a estimé Boris Schlossberg, directeur de la stratégie devises de BK Asset Management. "Il y a quelques mots un peu plus retenus, comme ceux sur l'investissement des entreprises 'modéré' par rapport à son rythme antérieur. Mais à part ça, elle n'évoque aucun signe alarmant."

Le dollar, après un repli initial, a amplifié sa progression face aux autres grandes devises et gagnait près de 0,7% en fin de séance, ramenant l'euro sous 1,1365 dollar (-0,54%) contre 1,14 juste avant les annonces de la Fed.

HAUSSE DES RENDEMENTS, BAISSE DE WALL STREET

Sur le marché obligataire, les rendements des emprunts d'Etat américains se sont eux aussi orientés à la hausse, celui des "Treasuries" à deux ans atteignant son plus haut niveau depuis plus de dix ans à 2,977% et celui du cinq ans grimpant à 3,098%, au plus haut depuis 2008.

A Wall Street, les actions ont au contraire fini sur une note baissière, l'indice large Standard & Poor's 500 cédant 0,25% en clôture. [.NFR]

La Bourse de New York avait progressé de plus de 2% mercredi au lendemain des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, qui n'ont réserve aucune surprise aux marchés.

La réunion de la Fed qui s'est achevée jeudi est la dernière à ne pas être suivie d'une conférence de presse, le président de la banque centrale, Jerome Powell, s'étant engagé à rendre l'exercice systématique à partir de l'an prochain.

Cette réunion intervenait après une période marquée tout à la fois par un regain de volatilité boursière, un resserrement du marché du crédit et des anticipations de ralentissement de la croissance américaine l'année prochaine.

Le produit intérieur brut (PIB) des Etats-Unis a crû de 3,5% en rythme annualisé au troisième trimestre selon l'estimation initiale publiée fin octobre, un chiffre nettement supérieur à celui de 2% environ considéré par la Fed comme par des nombreux économistes indépendants comme sa tendance de fond.

La banque centrale a toutefois commencé à débattre de la possibilité que l'expansion de l'économie ait atteint un point haut, les effets bénéfiques des baisses d'impôts massives décidées par l'administration Trump commençant à se dissiper.

Le communiqué de jeudi n'évoque pas explicitement le récent accès de volatilité des marchés, qui s'est traduit par une correction à Wall Street en octobre, ni la nécessité de se préparer à un possible ralentissement de la croissance mondiale en 2019.

Le communiqué a été adopté à l'unanimité des membres du FOMC.

(Marc Angrand pour le service français)

par Howard Schneider et Jason Lange

© Thomson Reuters 2018
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