La livre au plus bas historique, le gouvernement fustigé par l'opposition

26/09/2022 | 14:37

Londres (awp/afp) - L'opposition travailliste britannique fustigeait le gouvernement de Liz Truss après le plongeon de la livre à son plus bas historique face au dollar, en réaction à un plan de dépenses massif qui fait craindre un dérapage des finances publiques. Vers 11H15 GMT (13H15 à Paris), la devise britannique restait en baisse de 0,87% mais était remonté à 1,0728 dollar après avoir touché pendant la nuit de dimanche à lundi 1,0350 dollar, son plus bas jamais atteint face au billet vert.

Lors du congrès du parti travailliste, la responsable des questions financières Rachel Reeves a parlé d'une "urgence nationale" et qualifié le Chancelier de l'Echiquier Kwasi Kwarteng et la première ministre Liz Truss de "deux parieurs désespérés qui courent après leurs pertes au casino". Vendredi le Chancelier de l'Echiquier" Kwasi Kwarteng "a eu la possibilité d'agencer une réponse à la crise du coût de la vie et il a échoué", a-t-elle ajouté, fustigeant des baisses d'impôts pour les plus aisés et "plus de 50 milliards de livres qui s'accumulent sur la dette nationale".

Elle note que la chute de la livre signifie "un coût d'emprunt plus élevé pour le gouvernement" et des remboursements de prêts immobiliers plus coûteux pour les particuliers, entre autres.

Le nouveau ministre des Finances Kwasi Kwarteng a notamment annoncé vendredi des baisses d'impôt sur le revenu pour la tranche supérieure d'imposition, en plus de celles qui avaient été distillées dans les médias auparavant, assorties d'aides massives aux factures énergétiques en pleine crise du coût de la vie.

Le coût de ce soutien au coût de l'énergie a été chiffré à 60 milliards de livres pour 6 mois seulement, mais les économistes évaluent l'ensemble du paquet fiscal entre 100 et 200 milliards de livres, inquiétant les opérateurs sur la capacité du Royaume-Uni à emprunter.

Depuis les annonces gouvernementales, la livre plonge de près de 5%, et a perdu 20% de sa valeur depuis le début de l'année. Kwasi Kwarteng a relativisé dimanche la réaction très négative du marché à son "mini-budget" et s'est contenté de répondre que le Royaume-Uni devait avoir "une approche plus proactive sur la croissance", se refusant à commenter la chute de la livre.

Scénario des années 70

L'économiste Nouriel Roubini, connu pour ses prédictions très pessimistes et pour avoir anticipé la crise financière des subprimes, a affirmé sur Twitter que le Royaume-Uni se dirigeait vers un scénario similaire à celui des années 1970, "avec au final le besoin d'aller supplier le Fonds monétaire international (FMI) pour être renfloué".

La Banque d'Angleterre (BoE), qui avait relevé son taux de 0,50 point de pourcentage à 2,25% jeudi, pourrait avoir besoin de se réunir d'urgence pour le monter à nouveau: les marchés estiment désormais que le taux pourrait monter de deux points de pourcentage d'ici novembre, quand sa prochaine réunion est prévue.

"Sans intervention cette semaine, la livre pourrait bien tomber sous la parité au dollar bientôt", prévient Lee Hardman, analyste chez MUFG.

"La tension entre la Banque d'Angleterre et le Trésor est désormais palpable, avec des membres de la Banque centrale qui veulent limiter l'inflation en affaiblissant la demande et des dirigeants politiques qui veulent la doper", résume Susannah Streeter, analyste chez Hargreaves Lansdown.

Sky News, citant des sources proches du dossier, affirmait que la Banque d'Angleterre allait faire une déclaration.

Alors que l'inflation atteint 9,9% au Royaume-Uni, la plus élevée du G7, l'institut monétaire a aussi estimé que le Royaume-Uni était entré en récession pendant le troisième trimestre.

La livre n'est pas la seule devise en difficulté face au dollar, qui écrase tout sur son passage: depuis le début de l'année, le yen perd 20%, tandis que l'euro se replie de 15%.

Lors du précédent plus bas historique de la livre, en 1985, plusieurs grands pays, dont les Etats-Unis, avaient signé les accords du Plaza, qui visaient à volontairement déprécier le billet vert.

"Est-ce qu'on s'approche d'un +moment Plaza+? Le dollar est aussi fort qu'il l'était à l'époque, mais l'esprit de coopération entre les grandes économies mondiales ne semble pas encore là", juge John Velis, analyste chez BNY Mellon.

afp/rp

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