Le Nasdaq n'y arrive plus

21/01/2022 | 09:02

La mauvaise passe des actions américaines se confirme avec une nouvelle séance de rebond avortée. Les valeurs technologiques ont encore pris une gifle et la volatilité s'accroît à l'heure où la perspective d'une hausse des taux directeurs américains prend le pas sur la plupart des autres risques. On discute aussi ce matin de l'insolente vigueur du marché pétrolier, comme un camouflet permanent à la finance verte.

La séance de mercredi a ressemblé à celle de mardi à Wall Street : les hordes d'acheteurs ont tenté de remettre les indices dans le sens de la marche pendant une partie de la séance, avant de rendre les armes face à la contre-attaque de la légion baissière. Quand neuf des dix plus grosses capitalisations de l'indice S&P500 baissent, il devient difficile de ne pas être emporté avec l'eau du bain. Les exceptions s'appellent Morgan Stanley (+4,3%), qui a fait mieux que la concurrence au 4e trimestre 2021, Pfizer, un dossier santé défensif ou Booking, parce que le variant Omicron du coronavirus n'empêchera probablement pas le tourisme de continuer. Pour le reste, le secteur technologique s'est encore fait laminer, à quelques rares noms près (Tesla, ASML, Electronic Arts). Le Nasdaq 100 a cédé 1,3% hier et perd désormais 9% depuis le 1er janvier. Le S&P500 était en baisse de 1,1% pour un recul de 6% en 2022. Le contraste avec l'Europe est saisissant, puisque le STOXX Europe 600 a terminé hier en hausse de 0,5% et n'accuse qu'un repli de 0,9% sur ses cours du 31 décembre. Le CAC40 français est même en positif (0,6%) en 2022.

Il n'existe aucune explication convaincante au brutal retournement des indices américains hier, hormis que les poids lourds de la cote ne l'ont plus, la cote, et qu'ils sur-lestent la baisse comme ils avaient sur-vitaminé la hausse. Il est manifestement trop tôt pour acheter le repli des marchés. En tout cas, cette stratégie n'a pas l'air de fonctionner jusqu'au bout des séances boursières en ce moment, on l'aura compris. Il y a comme une impression de déjà-vu là-dedans, puisque nous sommes entrés dans cette période de grande confusion caractéristique des montées de volatilité. En d'autres termes, certains investisseurs font un peu n'importe quoi dans l'urgence, pendant que d'autres se retirent à marche forcée des compartiments trop risqués ou trop valorisés. L'indice VIX est remonté au-dessus des 25 points, un niveau qu'il n'avait dépassé que deux fois lors des six derniers mois, très brièvement en septembre et un peu plus à la charnière novembre / décembre, lorsqu'il était monté à 31 points.  

On termine la semaine sur un paradoxe déjà évoqué précédemment, qui en appelle un autre. Le Financial Times a consacré hier un article au renouveau économique des zones d'exploitation du gaz et du pétrole de schiste aux Etats-Unis avec la flambée des prix de l'énergie. Evidemment, tout cela n'est pas très environnemental-friendly, mais on savait déjà que les industries polluantes avaient pris leur revanche sur l'ESG l'année dernière en bourse. Et ça continue cette année puisque l'énergie (comprendre l'extraction de pétrole et de gaz) est le secteur le plus prolifique, loin devant le secteur financier dont on parle beaucoup plus. Evidemment, personne dans la finance n'a envie de trop se vanter de surpondérer ce bon vieux secteur pétrolier alors qu'en façade, il faut absolument tout repeindre en vert. Un secteur qui a d'autant plus d'attrait qu'il est corrélé à l'inflation (il y contribue) et qu'il sert de gros dividendes, ce qui n'est pas négligeable si le temps se gâte.

J'en arrive à mon paradoxe par ricochet : pendant que le secteur pétrolier parade, celui des fournisseurs d'énergie, regroupés sous le terme "utilities" ou "services collectifs" en bourse, est à la peine. Gross modo, la différence de performance entre les deux en trois semaines est de l'ordre de 17%. Un mouvement qui s'était déjà largement amorcé l'année dernière. Mais pourquoi tant de haine ? Le bureau d'études AlphaValue apporte quelques éléments de réponse. Par une petite pique de cynisme d'abord, en rappelant qu'il n'est pas rentable actuellement de fournir de l'électricité à prix fixe parce que les consommateurs et les politiques sont furieux contre les énergéticiens, alors que personne ou presque ne hurle contre le fait que c'est un cartel en bonne et due forme qui permet aux majors pétrolières de vendre leurs barils à prix élevé.

AlphaValue souligne surtout que les utilities investissent plus que les compagnies pétrolières actuellement pour se mettre aux normes vertes. Elles brûlent 100% de leurs flux de trésorerie, et plus encore parfois, alors que majors pétrolières en sont à un petit 50%. Du coup, les secondes peuvent proposer un plus gros dividende que les premières. Et les premières vont être confrontées, sont déjà confrontées, à la hausse des coûts de financement. C'est injuste, mais pour le moment c'est comme ça. Si l'on ajoute les mesures de contrôle des prix décidées par certains gouvernements, on comprend que les utilities soient la dernière roue du carrosse boursier, encore pire que les télécoms apparemment.

Quittons le monde fabuleux du pétrole pour des indicateurs avancés qui sont orientés à la baisse en Europe ce matin, à cause du décalage de clôture avec les Etats-Unis. L'Asie limite les dégâts même si le rouge domine partout, notamment en Australie où les nouvelles sont mauvaises en provenance du marché du travail, qui pâtit lourdement de la montée des infections au coronavirus. Sur le front géopolitique, Sergei Lavrov et Antony Blinken se rencontrent aujourd'hui à Genève pour parler de la crise ukrainienne, mais les bons connaisseurs du monde diplomatique n'ont pas l'air d'attendre grand-chose de leur dialogue. 

Le CAC40 perdait 1,4% à 7095 points peu après l'ouverture. 

Les temps forts économiques du jour

Peu de données aujourd'hui, hormis l'indice des indicateurs avancés américain de décembre à 16h00.

L'euro recule à 1,1323 USD. L'once d'or est ferme à 1841 USD. Le pétrole reflue à 83,70 USD le baril WTI et 86,64 USD le baril de Brent. Le rendement de la dette américaine à 10 ans s'assagit à 1,77%. Le bitcoin prend une gifle à 38 845 USD.

Les principaux changements de recommandations

  • Assicurazioni Generali : Société Générale passe d'acheter à conserver en visant 19,50 EUR.
  • Bechtle : Exane BNP Paribas démarre le suivi à surperformance en visant 69 EUR.
  • Beiersdorf : HSBC passe de neutre à achat en visant 110 EUR.
  • Boiron : Société Générale passe de conserver à acheter en visant 45 EUR.
  • Burckhardt : Research Partners passe d'acheter à conserver.
  • Cancom : Exane BNP Paribas démarre le suivi à neutre en visant 65 EUR.
  • Dormakaba : Société Générale passe de conserver à vendre en visant 540 CHF.
  • GN Store : Goldman Sachs passe de neutre à achat en visant 460 DKK.
  • HighCo : Genesta reste à l'achat fort avec un objectif relevé de 7,50 à 7,80 EUR.
  • Intesa : Morgan Stanley passe de pondération en ligne à surpondérer en visant 3,30 EUR.
  • Ipsen : Berenberg reste à conserver avec un objectif réduit de 93 à 92 EUR.
  • Knorr-Bremse : Société Générale passe de conserver à acheter.
  • MIPS : Handelsbanken passe de conserver à acheter en visant 1200 SEK.
  • Philips : ING passe d'acheter à conserver en visant 30 EUR.
  • Rémy Cointreau : HSBC passe de neutre à achat en visant 224 EUR.
  • Sandvik : Jefferies reste à l'achat avec un objectif relevé de 267 à 285 SEK.
  • Siemens : Société Générale passe de conserver à acheter.
  • Swiss Re : Société Générale passe de conserver à acheter en visant 110 CHF.
  • UCB : Cowen démarre le suivi à surperformance en visant 105 EUR.
  • Unipol : Société Générale passe d'acheter à conserver en visant 5,40 EUR.

En France

Annonces importantes (et moins importantes)

Dans le monde

Annonces importantes (et autres)

  • Les actions Netflix coulent de 12% hors séance après un recrutement d'abonnés inférieur aux attentes.
  • Siemens Energy abaisse ses objectifs.
  • Intel envisage d'implanter une usine de puce dans l'Ohio pour un investissement de 20 Mds$, selon Reuters.
  • Intuitive Surgical perd 5% hors séance après ses trimestriels.
  • Royal Dutch Shell reprend les discussions avec la Grande-Bretagne pour développer le champ gazier Jackdaw en mer du Nord.
  • La Serbie suspend le projet de mine de lithium de Rio Tinto, d'une valeur de 2,4 Mds$.
  • M&C Saatchi annonce que la FCA abandonne l'enquête et revoit ses perspectives de bénéfices à la hausse.
  • Le SPAC KKR Acquisition Holdings I Corp lorgnerait PetSmart sur la base d'une opération à 14 Mds$.
  • Tesla demande l'extension de sa marque déposée aux équipements audio.
  • JKO retire sa possible offre sur Playtech.
  • Les actionnaires londoniens de BHP votent l'annulation de la structure à double cotation.
  • Peloton Interactive décroche encore après avoir suspendu la production de ses produits connectés.
  • China Evergrande Group souhaite obtenir une aide supplémentaire pour faire face à sa dette.
  • Le groupe Ant réduit sa participation dans l'assureur Internet ZhongAn.
  • Principales publications de résultats : Investor AB, Schlumberger, IHS Markit, SFS Group

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