Le marché auto britannique sur ses gardes après sa sortie de route de 2020

06/01/2021 | 13:50

LONDRES (awp/afp) - Le marché automobile au Royaume-Uni a subi une chute historique en 2020 à cause de la pandémie, et le chemin de la reprise sera long malgré la bonne nouvelle de l'accord commercial noué avec l'UE.

"2020 sera considérée comme une +année perdue"+ pour le secteur automobile", résume Mike Hawes, directeur général de l'association sectorielle SMMT.

Le pays a enregistré 1,63 million de nouvelles immatriculations l'an passé soit son niveau le plus faible depuis 1992.

Cela représente une chute de 29,4% par rapport à 2019, qui est la plus sévère sur un an depuis 1943.

La SMMT évalue à plus de 20 milliards de livres la perte de chiffre d'affaires sur l'année, en raison de la pandémie, des incertitudes du Brexit et de la désaffection pour les véhicules diesel et à essence.

L'essentiel de la chute s'explique par le premier confinement du printemps, qui a entraîné la fermeture des concessions et des usines pour de longues semaines.

Mais par la suite, le marché est resté plombé par une faible demande et par les nouvelles restrictions mises en place à partir de l'automne.

La SMMT évoque en outre la décision du gouvernement d'interdire d'ici 2030 la vente de nouvelles voitures diesel et à essence, ce qui peut faire hésiter d'ores et déjà les acheteurs.

Les ventes de véhicules à essence et diesel ont chuté et leurs parts de marché reculé, mais elles représentent encore plus de 80% du total des voitures vendues.

Les électriques et hybrides ont quant à elles vu leurs ventes bondir, surtout grâce aux achats d'entreprises.

Pour la SMMT, les particuliers ont besoin de davantage d'incitations pour en acheter et de disposer de plus de points de charge.

Les dégâts en terme d'emplois sont lourds avec des suppressions de postes par milliers et des plans sociaux chez Jaguar Land Rover, Aston Martin, Bentley ou McLaren, ainsi que chez des concessionnaires.

La SMMT redoute qu'un emploi sur six soit condamné en tout, soit 25.000 postes, à cause de la contraction économique provoquée par la pandémie.

La SMMT veut croire en un rebond cette année grâce au "déploiement des vaccins et à la clarification de la relation avec l'UE".

Le début d'année devrait toutefois être difficile avec le nouveau confinement imposé en Angleterre. Déjà, le marché avait chuté de 10,9% en décembre sur un an du fait de la fermeture des commerces non essentiels dans plusieurs régions.

Reprise incertaine

"Une reprise rapide vers les niveaux de ventes d'avant la pandémie et le Brexit est peu probable", tranche auprès de l'AFP Peter Wells, professeur à l'Université de Cardiff.

Selon lui, non seulement les restrictions vont rester en place une grande partie du premier trimestre et peut-être au-delà, mais plus grave peut-être encore "l'impact économique va durer", avec de hauts niveaux d'endettement qui pèsent sur la demande de voiture.

Le secteur automobile a néanmoins été rassuré par l'accord de libre-échange conclu entre le Royaume-Uni et l'UE, qui permettra des échanges encore fluides et surtout sans droits de douane, mais avec des contrôles douaniers et de nouvelles formalités administratives.

Le marché britannique est très dépendant de l'UE et de l'étranger. Quelque 7 voitures sur 10 vendues au Royaume-Uni sont importées d'Europe, tandis que nombre de constructeurs internationaux produisent au Royaume-Uni et exportent une grande partie des véhicules fabriqués sur le sol britannique.

Le secteur britannique va désormais "faire face à un environnement différent avec de nouvelles réglementations et d'autres barrières non douanières", rappelle Howard Archer, économiste chez EY Item Cub.

Reste à voir si cet accord permettra de rassurer de grands constructeurs qui s'étaient inquiétés du risque de Brexit sans accord.

Le japonais Nissan, qui s'est félicité de l'accord, avait notamment fait planer le doute sur son usine géante de Sunderland dans le nord de l'Angleterre.

Pour M. Wells, le mal est déjà fait, en grande partie à cause de "la longue période d'incertitude avant l'accord".

Il regrette notamment le retard pris par le Royaume-Uni dans l'investissement dans les batteries électriques.

Et "de grands constructeurs sont encore trop dépendants du diesel (Jaguar Land Rover) ou de l'hybride (Toyota)", prévient-il.

afp/fr

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