Le poids des mots

12/10/2022 | 09:01

Les marchs actions poursuivent leur chemin de croix, en attendant qu'un vnement suffisamment marquant parvienne inverser cette spirale baissire. Le salut viendra-t-il des rsultats des entreprises ? D'une accalmie sur le front de l'inflation ? Ou peut-tre d'un geste des banques centrales ? Je parle ce matin du rle de la Banque d'Angleterre, des premires publications trimestrielles et de toxicomanie.

On démarre avec la Banque d'Angleterre, qui se retrouve au centre du jeu financier comme cela ne lui était plus arrivé depuis des lustres. Peut-être même depuis le XIXe siècle, si l'on fait abstraction de quelques épisodes à fort retentissement médiatique comme le raid de George Soros sur la livre sterling en 1992 (que mon collègue Xavier raconte ici). Si la banque centrale britannique est sous le feu des projecteurs, c'est à son corps défendant et un peu pour le pire : elle se bat pour protéger ses fonds de pension nationaux, confrontés à des tensions sur les marchés, comme j'en ai touché deux mots hier. Le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Andrew Bailey, a déclaré hier que les mesures d'urgence annoncées au début du mois pour aider les fonds de pension à faire face à leurs appels de marge n'iront pas au-delà de vendredi, soit la date-butoir prévue initialement.

Eh bien croyez-le ou non, cette déclaration (synonyme de "faites en sorte de sécuriser vos positions d'ici le 15 octobre, parce qu'on ne fera plus rien pour vous après") a fait dérailler le mini-rebond que les indices américains tentaient de mettre en place. Le Dow Jones (+0,12% en clôture) a surnagé en s'appuyant sur sa vieille garde mais le Nasdaq a encore flanché (-1,24%) en subissant au passage une 5e séance de baisse. Pour les amateurs de statistiques boursières, l'indice technologique a perdu 20,2% entre son point haut du 15 août et son point bas du 11 octobre. Une baisse de 20% ou plus signale un "bear market", un marché baissier. C'est le second de l'année. Mais je ne suis plus trop sûr de ce que ça signifie tant 2022 est atypique. En Europe, l'affaire avait déjà été pliée avant ces péripéties, avec des baisses allant de 0,13% à Paris à 1,1% à Londres.

La réaction négative du marché à la déclaration de Bailey est symptomatique de l'époque. Le gouverneur de la Banque d'Angleterre n'a fait que rappeler le cadre qui était en place. Mais les investisseurs sont devenus des toxicos qui attendent leur shot de banque centrale. Il ne voulaient pas entendre "le soutien va s'arrêter quel qu'en soit le prix" mais plutôt "ne vous inquiétez pas, nous ferons le nécessaire pour que tout se passe bien". "L'Occident n'a plus une économie libérale, ni une économie socialiste, mais une économie hybride bizarre et déséquilibrée, caractérisée par le laissez faire à la hausse et l'intervention à la baisse", résumait en substance au début du mois un essayiste américain dont j'ai conservé la citation mais bêtement oublié de noter le nom. En réalité, le Financial Times révèle ce matin que l'entourage de Bailey aurait rétropédalé dans la nuit en laissant entendre que les rachats d'obligations pourraient aller au-delà de vendredi. Les banquiers centraux sont des dealers mais probablement aussi des toxicos. En tout cas si les institutions monétaires en sont rendues à faire fuiter ce genre d'info pour stabiliser les marchés, on n'est pas au bout de nos peines.

Le reste de l'actualité économique est occupé par les très bons chiffres de ventes de LVMH au 3e trimestre, qui continuent à défier les pronostics. C'est plus compliqué pour le Crédit Suisse, qui ferait l'objet d'une enquête fiscale aux Etats-Unis. Oui, en plus de tout le reste. Pour reprendre une expression chère à Chirac (pas Patrick, le vrai), "les emmerdes, ça vole toujours en escadrille". Dans la catégorie des sociétés européennes qui tombent de Charybde en Scylla, je citerai aussi Philips, qui a pris une nouvelle charge de 1,3 Md€ à cause des défauts de conception de ses machines respiratoires. Au niveau macroéconomique, le roi-dollar taille à nouveau des croupières au yen, qui touche des planchers de 24 ans, ce qui risque de forcer la Banque du Japon à intervenir. Enfin, la tension reste forte autour du conflit ukrainien, qui n'est pas la moindre des sources d'incertitude politico-économique.

Les financiers vont tourner leurs regards sur les prix à la production de septembre aux Etats-Unis, qui seront dévoilés à 14h30 et qui constitueront un hors-d'œuvre avant le l'annonce des chiffres de l'inflation de la période, qui aura lieu demain. Autre publication d'importance, le compte-rendu de la dernière réunion de la Fed, à 20h00. Certains économistes pensent que la débâcle actuelle des marchés pourrait provoquer quelques dissensions entre banquiers centraux américains vis-à-vis de la remontée des taux à haute densité. Tout signe en ce sens serait accueilli favorablement par le marché, selon la règle toxicomaniaque précitée. Pour terminer, Joe Biden a estimé que si récession il devait y avoir, elle serait "très légère". Evidemment, le président américain n'en sait rien, mais il connaît lui aussi le poids des mots.

Les marchés qui sont sur leur fin de parcours évoluent autour de l'équilibre au Japon et en Australie et en légère hausse en Inde et en Corée. C'est beaucoup plus compliqué en Chine avec une baisse dépassant 2% à Hong Kong et un repli de 1,6% à Shanghai. Les indicateurs avancés européens sont légèrement baissiers à l'heure où j'écris, mais ils sont encore susceptibles de bouger d'autant que les "futures" américains sont verts. La nervosité continue à monter avec un indice de volatilité VIX qui se rapproche de ses pics de la mi-juin. Le CAC40 grappille 0,1% à 5840 points à l'ouverture.

Les temps forts économiques du jour

La production industrielle européenne d'août (11h00) et les prix à la production américains de septembre (14h30) animeront l'après-midi, avant à 20h00 la publication des minutes de la dernière réunion de la Fed. Tout l'agenda macro ici. Ce matin, le Japon a annoncé une forte baisse de l'indice de commande des machines-outils en septembre.

L'euro flirte avec 0,97 USD. L'once d'or se stabilise à 1664 USD. Le pétrole a reculé hier, avec un Brent de Mer du Nord à 93,68 USD le baril et un brut léger américain WTI à 88,64 USD. Le rendement de la dette américaine à 10 ans se détend légèrement à 3,93%. Le bitcoin évolue autour de 19 000 USD l'unité.

Les principaux changements de recommandations

  • ArgenX : Oppenheimer démarre le suivi à performance de marché.
  • Bystronic : Research Partners reste à conserver avec un objectif réduit de 750 à 519 CHF.
  • Carrefour : HSBC réduit son objectif de cours de 24 à 22 EUR.
  • Covivio : Goldman Sachs passe d'acheter à neutre en visant 50,50 EUR.
  • DEME : Jefferies démarre le suivi à l'achat en visant 135 EUR.
  • Faurecia : HSBC réduit son objectif de cours de 27 à 16 EUR.
  • Givaudan : Jefferies reste sous performance avec un objectif de cours réduit de 2600 à 2500 CHF.
  • Hochdorf : Research Partners reste à vendre avec un objectif abaissé de 30 à 18 CHF.
  • Icade : Goldman Sachs passe de neutre à vendre en visant 32,50 EUR.
  • Leonteq : Research Partners reste à l'achat avec un objectif réduit de 90 à 55 CHF.
  • Mediobanca : Jefferies reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 9,40 à 9,20 EUR.
  • OCI N.V. : Berenberg passe d'acheter à conserver en visant 47 EUR.
  • Orange : Jefferies reste à l'achat avec un objectif de cours réduit de 13 à 12,4 EUR.
  • Orsted : Citigroup passe de vendre à neutre en visant 579 DKK.
  • Porsche AG : Berenberg démarre le suivi à l'achat en visant 96,80 EUR.
  • Rémy Cointreau : AlphaValue reste à accumuler avec un objectif de cours réduit de 191 à 187 EUR.
  • Schibsted : Goldman Sachs passe d'acheter à neutre en visant 185,40 SEK.
  • Sika : Jefferies reste à l'achat avec un objectif réduit de 318 à 288 CHF.
  • Teleperformance : J.P. Morgan réduit son objectif de cours de 410 à 360 EUR.
  • Tesco : AlphaValue reste à l'achat avec un objectif de cours réduit de 289 à 265 GBp.
  • Valeo : HSBC réduit son objectif de cours de 21 à 17,50 EUR.
  • Verbund : Deutsche Bank passe d'acheter à conserver en visant 87 EUR.
  • Zealand Pharma : Jefferies reste à l'achat avec un objectif de cours relevé de 165 à 205 DKK.
  • Zur Rose : UBS reste à la vente avec un objectif de cours réduit de 56 à 23,50 CHF.

En France

Résultats d'entreprises

  • Eutelsat : Les revenus du T1 fiscal reculent de 4,5%.
  • LVMH : Le groupe affiche une croissance organique élevée de 19% sur le T3.
  • Vicat : Le cimentier revoit en baisse ses objectifs annuels et prévoit de réviser son plan d'investissement à moyen terme.

Annonces importantes (et moins importantes)

  • La division énergies de Vinci rachète les branches Building et Connection de TLT.
  • Stellantis va créer une entité dédiée à l'intégration de l'économie circulaire dans son process industriel.
  • BNP Paribas a conclu le rachat de la fintech Kantox.
  • Unibail-Rodamco-Westfield crée une agence média interne.
  • Gaztransport & Technigaz obtient une commande de Samsung Heavy Industries pour la conception des cuves de quatre nouveaux méthaniers.
  • Abivax inclut le premier patient aux Etats-Unis de son programme global de phase III avec obefazimod dans la rectocolite hémorragique.
  • Intrasense signe un contrat de long terme avec le brésilien MV.
  • Cellectis présente des données sur deux programmes précliniques de thérapies géniques.
  • Néovacs a déposé une demande de brevet sur l'utilisation des ARN messagers dans les allergies.
  • Solocal, Ekinops, Don't Nod, Lucibel, Pharmasimple, Cheops et Ekinops ont publié leurs comptes.

Dans le monde

Résultats d'entreprises

  • Barratt Developments : Le promoteur prévoit que le bénéfice avant impôt de l'exercice sera conforme aux estimations.
  • Darktrace : Le Groupe s'en tient à ses prévisions, mais se méfie des vents contraires liés aux opérations de change.
  • EFG International : Le groupe suisse relève ses objectifs stratégiques malgré l'érosion des actifs sous gestion.
  • PageGroup : Le britannique affiche une hausse de 14% de son bénéfice brut au troisième trimestre et confirme ses perspectives de bénéfice d'exploitation pour l'exercice 2022.
  • Philips : Les trimestriels sont en berne, alourdis par une charge de 1,3 Md€ sur le rappel des respirateurs contre l'apnée du sommeil.
  • QinetiQ : La société réitère ses estimations pour l'exercice.

Annonces importantes (et moins importantes)

  • Crédit Suisse pourrait faire l'objet d'une enquête fiscale aux Etats-Unis.
  • Intel prévoirait un gros plan social pour faire face au ralentissement du marché du PC.
  • Cameco et Brookfield Renewable s'allient pour racheter Westinghouse.
  • General Electric a déposé auprès de la SEC une déclaration d'enregistrement pour la scission de sa division santé.
  • Meta Platforms sort un casque de réalité virtuelle plus performant qui vise notamment les professionnels.
  • Uber et Lyft chutent après un projet de nouvelle réglementation aux USA.
  • Seadrill obtient l'autorisation de se réinscrire à la Bourse de New York.
  • Leonteq réfute les allégations de blanchiment d'argent et confirme ses objectifs.
  • Roche lance une nouvelle génération de tests Covid en Europe.
  • Marvel Studios (Walt Disney) retarde la sortie de certains films.
  • Les actions Vifor Pharma vont quitter la cote.
  • The Boeing Company a livré 112 appareils au T3.
  • Principales publications du jour : PepsiCo, Galp Energia, Toho, Eutelsat, DFDS… Tout l'agenda ici.

Lectures

Zonebourse.com 2023
Copier lien
Dernires actualits sur ""
06/02
03/02
02/02
01/02
31/01