Le point hebdo de l'investisseur : Le marché encaisse les coups

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10/01/2020 | 16:42
Vendredi 10
janvier
Le point hebdo de l'investisseur
intro Les tensions géopolitiques entre Téhéran et Washington, avec l'assassinat d'un général iranien puis les tirs de missiles sur des bases américaines, n'auront finalement pas provoqué la panique, à l'image des indices qui ont inscrit de nouveaux plus hauts cette semaine. A ce bref passage de nervosité a succédé un regain d'appétit pour le risque, les opérateurs se réjouissant qu'une escalade du conflit armé ne soit pas d'actualité. Le pétrole et l'or, qui avaient fortement progressé à la suite de ces événements, retombent et la sérénité revient sur les places financières.
Indices

Sur la semaine écoulée, la plupart des grands indices ont repris de la hauteur, à l'image de Wall-Street qui poursuit sa course aux records. A l'heure de la rédaction de ce point, le Dow Jones enregistre une performance hebdomadaire de 1.2%, le S&P500 progresse de 1.4% et le Nasdaq100 de 2.6%.

En Europe, le CAC40 grappille 0.1%, le Footsie s'effrite de 0.3%, tandis que le Dax s'adjuge 2.3%.
Pour les pays périphériques de la zone euro, le Portugal est stable et l'Espagne cède 0.4%.

En Asie, le Nikkei a engrangé 0.8%, le Hang Seng 0.6% et le Shanghai composite 0.27%.


Graphique du CAC40 en données quotidiennes

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L'indice parisien se maintient dans une tendance haussière, confirmée par la sauvegarde de la moyenne mobile à 20 jours.
Matières premières

La semaine fut relativement agitée sur les marchés des commodités du fait des tensions géopolitiques.
Les cours pétroliers enregistrent une performance hebdomadaire négative, les prises de bénéfices effaçant complètement la fièvre du début de semaine. Le Brent recule ainsi à 65.2 USD, après avoir dépassé les 70 USD mercredi tandis que le WTI repasse en-deçà des 60 USD, soit une perte de plus de 7% (voir graphique).

De la même manière, la volatilité a animé la séquence hebdomadaire sur l'or et l'argent. Après avoir enregistré un pic à 1611 USD, le métal doré se stabilise autour de 1550 USD, soit son niveau de vendredi dernier. L'argent se négocie quant à lui autour de 18 USD l'once. A noter que les cours du palladium ont inscrit un nouveau record absolu à 2151 USD.

Le calme règne sur le compartiment des métaux de base. Les opérateurs semblent adopter une position d'attentisme à quelques jours de la signature d'un premier accord commercial entre les Etats-Unis et la Chine. Le cuivre gagne du terrain à 6156 USD, le plomb et l'aluminium se stabilisent à respectivement 1902 USD et 1771 USD, tandis que le zinc accélère à 2419 USD.

Fort repli des cours du WTI

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Marchés actions

Tesla:
Démarrage en trombe pour la marque de voitures électriques. L'action a déjà gagné plus de 15% sur les premiers jours de l'année. La performance reste exceptionnelle d'autant qu'elle se rajoute au 25% de gains en 2019 représentant ainsi 100% depuis début octobre. Cette hausse permet au constructeur californien de disposer d'une capitalisation boursière historique dans le secteur automobile américain (86 milliards de dollars). Seuls Toyota (227 milliards de dollars) et Volkswagen (100 milliards) pèsent plus lourds dans le monde.

Le groupe dirigé par Elon Musk vient d'annoncer qu'il prévoyait de produire son SUV Model Y dans l'usine géante de Shanghai (la fameuse Gigafactory 3) dès 2021. Le fait de produire des véhicules en Chine pour le marché local permettra à Tesla de réduire les coûts de transport et d'éviter les taxes à l'importation. La production dépasse déjà les 1000 véhicules par semaine. Certains analystes rendent hommage aux progrès réalisés par le constructeur mais estiment qu'il est désormais temps de livrer. Ces perspectives de livraisons portent le titre sur ses plus hauts historiques.


Un parcours 2020 déjà très qualitatif

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Marché obligataire

Les rendements des emprunts souverains se stabilisent, ces valeurs restant tout de même un investissement refuge tant que la crise du Moyen Orient demeurera imprévisible. Le trading latéral s'opère car ni les taureaux, ni les ours n'ont réussi à marquer de manière décisive la semaine.

Le dix ans américain se négocie sur la base de 1.84%. En Europe, le Bund se maintient en territoire négatif (-0.2%), ce qui n'est plus le cas de l'OAT française depuis les dernières semaines (0.04%). L'Italie et l'Espagne voient leurs taux s'équilibrer, respectivement à 1.32% et à 0.43%.
Excepté l'Allemagne, seuls les Pays Bas (-0.11%), la Suisse (-0.55%) et le Japon (-0.05%) conservent des rendements négatifs sur leurs emprunts à dix ans.

Sur le Vieux Continent, les émissions en euro atteignent un record depuis le début d'année, avec 31 milliards de nouvelles obligations. Deux raisons principales expliquent cet engouement : les taux devraient rester bas durablement et la liquidité sur le marché secondaire fond comme neige au soleil, incitant les opérateurs à se porter sur le marché primaire.
Marché des changes

Le dollar s'est légèrement apprécié face à l'euro et plusieurs autres devises, dans un marché faisant relativement peu cas des tensions géopolitiques entre les Etats-Unis et l'Iran. Contrairement aux actions et au pétrole, le marché des changes n'a pas eu plus de réaction avec l'apaisement du conflit. Le dollar index, qui mesure la valeur du billet vert face à un panier d'autres devises, s'est apprécié de 0.30%.

En Australie, l'indice des directeurs d'achat dans les services s'est nettement dégradé, pour passer sous la barre des 50 points pour le mois de décembre. Cette contraction, rajoutée à l'impact négatif des incendies sur le commerce, pousse l'AUD vers le bas à 0.68 USD (-180 points de base).

La livre sterling s'équilibre contre le billet vert (1.31 USD) à quelques jours du début des négociations avec l'UE, qui pourraient selon la présidente de la Commission européenne, Mme Von der Leyen, nécessiter un prolongement pour accorder tous les aspects de la séparation.

La monnaie unique se dégrade sur la semaine, à l'image de l'EUR/USD (1.109) ou encore l'EUR/CHF (1.08) suite à des statistiques décevantes sur l'industrie en Allemagne. De son côté, la devise helvétique reste recherchée par les cambistes et conserve ses atouts notamment face au dollar à 0.97 CHF.
Statistiques économiques

Selon l'enquête réalisée par IHS Markit auprès des directeurs d'achats, l'activité dans le secteur des services japonais s'est contractée en décembre à son rythme le plus élevé depuis septembre 2016. En données corrigées des variations saisonnières, l'indice a reculé à 49.4 après 50.3 en novembre. Il chute ainsi pour la seconde fois en trois mois sous le seuil de 50 qui sépare contraction et expansion de l'activité.

La semaine fut marquée par les publications des indices d'activité dans les services et force est de constater que ce pan de l'économie reste le pilier de la croissance. En Europe, les indicateurs ressortent mieux qu'attendu et aux Etats-Unis, l'ISM non manufacturier grimpe à 55 points, un plus haut de 4 mois.

Les données sont encore décevantes en l'Allemagne, où les commandes industrielles ont baissé de 1.3% en novembre. Ce chiffre confirme ainsi les difficultés de la plus grande économie européenne.
Les données concernant l'emploi américain étaient très attendues par les opérateurs. Elles ressortent mitigées, avec 145 000 créations de postes contre 160 000 attendues alors que le taux de chômage demeure inchangé à 3.5%.


Evolution du taux de chômage américain sur 20 ans

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Amélioration graduelle du marché de l'emploi aux Etats-Unis sur la dernière décennie.
Le marché encaisse les coups

A ce jour, les parties concernées par la crise du Moyen Orient (Etats-Unis et Iran) semblent éviter une confrontation ouverte dans le golfe Persique, un état de fait qui a donc profité aux marchés des actions. Tel un boxeur, le marché avance et encaisse les coups sans défaillance ou à peine. Les tendances graphiques restent largement haussières, aucun niveau d'alerte n'a d'ailleurs été déclenché lors des mini-phases de stress. Seuls quelques actifs ont vu s'intensifier la volatilité, avec des parcours très erratiques, comme sur le pétrole et sur les métaux précieux.

En l'absence de stimuli de politique monétaire additifs, les investisseurs ne peuvent qu'attendre de voir si le conflit dans le golfe Persique continue de mijoter à petit feu ou s'il oblige à nouveau à un positionnement plus défensif. En attendant, la semaine prochaine permettra de rediriger partiellement l'attention des investisseurs sur le terrain de la micro-économie avec les premiers résultats des banques américaines.
Patrick Rejaunier
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