Libye-Haftar émet un mandat d'arrêt à l'encontre du premier ministre

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15/04/2019 | 22:45

TRIPOLI, 15 avril (Reuters) - Le maréchal Khalifa Haftar, dont les forces tiennent l'est de la Libye et cherchent à prendre Tripoli, a fait émettre un mandat d'arrêt à l'encontre du Premier ministre Fayez al Serraj, a annoncé lundi l'émissaire de l'Onu Ghassan Salamé, parlant d'une tentative de coup d'Etat.

L'Armée nationale libyenne (ANL) qu'il commande a lancé il y a un peu moins de deux semaines une offensive en direction de la capitale, qu'elle pensait prendre en deux jours, mais les forces fidèles au gouvernement d'union nationale de Serraj, dont la légitimité a été reconnue internationalement, sont parvenues à contenir l'offensive avec l'aide des milices de l'Ouest.

Ancien cacique du régime de Mouammar Kadhafi tombé en disgrâce, Haftar dit vouloir en finir avec le chaos qui règne depuis le renversement du "guide" en 2011 et éradiquer les mouvements djihadistes.

Pour Ghassan Salamé, qui s'est exprimé au micro de la BBC, ses mandats d'arrêts à l'encontre de Serraj et de plusieurs membres de son gouvernement "ressemblent davantage à un coup d'Etat qu'à un acte de lutte antiterroriste".

Les Emirats arabes unis, l'Egypte et la France, qui le considèrent comme le meilleur moyen de rétablir l'ordre en Libye, rechigneraient à exiger qu'il retienne ses troupes, dit-on dans les milieux diplomatiques.

Des infrastructures civiles et des quartiers d'habitations ont subi des bombardements aériens, notamment dans le sud de Tripoli, où l'ANL a tenté sans succès d'enfoncer les défenses gouvernementales.

INQUIÉTUDE POUR LES CIVILS

"Nous sommes en fait dans une impasse militaire depuis huit ou neuf jours", a poursuivi Ghassan Salamé, ajoutant que les deux camps avaient procédé à une trentaine de raids aériens qui n'ont rien changé au rapport de force.

"Les bombardements d'écoles, d'hôpitaux, d'ambulances et de zones civiles sont strictement interdits", a par ailleurs rappelé la mission de l'Onu en Libye (Manul), qui compte saisir le Conseil de sécurité.

"Nous sommes préoccupés par le nombre croissant de victimes civiles et les dégâts causés à des infrastructures vitales", a quant à lui déclaré l'Américain David Satterfield, secrétaire d'Etat adjoint chargé du Proche-Orient.

Une école a été touchée samedi par une frappe aérienne imputée aux forces d'Haftar et deux missiles se sont abattus dimanche sur un entrepôt du ministère de l'Education, où 3,1 millions de livres scolaires ont été détruits, selon le gouvernement.

D'après l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), les combats ont fait 18.000 déplacés, dont 2.500 au cours des 24 dernières heures. L'Organisation mondiale de la santé fait état de 150 morts, principalement des combattants, et de 600 blessés, depuis le début de la bataille de Tripoli.

(Ahmed Elumami et Ulf Laessing avec Stephanie Nebehay à Genève, Hani Amara à Tripoli, Aidan Lewis au Caire et Michelle Nichols aux Nations Unies Jean-Philippe Lefief pour le service français)

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