Marchés financiers : nous faisons face à une configuration historiquement très rare

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12/12/2018 | 08:25
Responsable de l'allocation d'actifs chez Candriam
Quel regard portez-vous sur l’évolution des marchés financiers cette année 2018 ?
Cette année 2018 a été particulièrement compliquée. A quelques semaines de la fin de l’année, quasiment toutes les classes d’actifs que nous couvrons sont dans le rouge, exception faite des actions américaines. Nous faisons face à une configuration historiquement très rare.

Selon vous, l’année 2018 est d’une certaine manière pire que l’année 2008…
Elle est pire, non pas en amplitude mais dans le fait que quasiment aucun segment n’a été épargné.
En 2008, les obligations affichaient une performance supérieure à l’inflation et avaient ainsi joué le rôle d’amortisseur dans les portefeuilles diversifiés. Ce qui n’a clairement pas été le cas cette année.

Même si nous avons eu quelques baisses de taux de pays core au moment des corrections des marchés actions, à l’instar du Bund, les obligations gouvernementales européennes reposent sur des niveaux de taux tellement bas qu’elles n’ont pas été en mesure de performer cette année.
Par ailleurs, l’écartement du spread de la dette italienne a pesé négativement dans certaines poches fixed income.

De quelle manière avez-vous vécu cette année ?

A l’instar de la majorité des opérateurs sur les marchés, nous avions prolongé la tendance positive de fin 2017 sur 2018.
Nous avions acté cet été le fait que le marché des actions américain avait enregistré une belle performance sur la première moitié de l’année. Nous attendions par ailleurs un redressement économique en Europe au second semestre.
Dès lors nous escomptions pour le second semestre un rattrapage en premier lieu des actions européennes et dans une moindre mesure de certaines actions de pays émergents.

Nous ne l’avons pas eu. L’orientation des indicateurs se sont avérés plutôt décevants. Cela a eu un impact sur nos choix d’allocation.

Quels ajustements avez-vous été amenés à prendre ?

Nous avons réduit notre exposition actions en octobre. Nous l’avons remonté cette fin d’année via des positions optionnelles.
Globalement, nous hésitons pour l’instant à prendre des positions franches à la baisse comme à la hausse.

De quelle manière voyez-vous se profiler 2019 ?

Nous avons deux options. Soit nous nous alignons avec le pessimisme ambiant en nous disant que 2019 sera pire que 2018 et dans ce cas nous tablons sur un « bear market » l’année prochaine. Soit nous prolongeons l’année 2018 sur 2019 en nous disant que l’environnement restera incertain avec des nouvelles économiques correctes mais en repli.

Nous avons fait le choix de partir sur la deuxième option. Pour l’instant le risque de récession nous semble relativement faible à court, moyen terme. Les autorités chinoises ont mis en place des mesures de relance, les incidents de production dans le secteur automobile ne devraient pas se reproduire en Allemagne, qui reste la locomotive européenne. En outre, les indicateurs continuent à être bien orientés aux Etats-Unis et la Fed montre des signes explicites d’une politique monétaire conciliante avec la dynamique économique.

Des épisodes politiques peuvent le cas échéant entamer davantage la confiance et accélérer la dégradation de l’environnement économique. Néanmoins, ce n’est pas ce que nous anticipons.

Quel est votre scénario en conséquence pour les marchés ?

Notre scénario central table sur une progression modérée des actions. Les valorisations se sont beaucoup ajustées. Nous avons du rendement de dividende. Les bénéfices devraient demeurer en hausse.

Le marché américain a déjà bien surperformé mais les Etats-Unis resteront une des zones géographiques dans lesquelles la croissance sera la plus élevée.
Parallèlement, l’écart de performance avec le reste du monde devrait se combler et nous devrions avoir une moindre pression du dollar.
Nous sommes de ce fait relativement équipondérés sur le plan de l’allocation géographique.

En termes de style, la réserve de performance est à rechercher du côté des valeurs cycliques décotées (les matières premières, l’automobile). Nous pourrions voir des rebonds spectaculaires si le marché est rassuré sur l’état de l’économie.

Qu’en est-il de la sphère obligataire ?

Nous préférons concentrer le risque sur les actions. Le couple risque/rendement est plus attractif. Et parce qu’il y a plus de liquidité, le jeu tactique est plus facile.
Nous sommes ainsi sortis du high yield américain et européen.

En revanche, nous sommes restés exposés à la dette émergente en devise dure.

Quel principal risque entrevoyez-vous pour les marchés au cours des trimestres à venir ?
Une poussée inattendue de l’inflation américaine qui contraindrait la Fed à accélérer son rythme de hausse des taux.
Le marché intègre une Fed plus « dovish ». Une surprise sur ce front pourrait entrainer une correction significative du marché.




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