Qui a peur des sorcières ?

19/08/2022 | 09:06

Séance couperet aujourd'hui pour déterminer si le bilan hebdomadaire est positif pour les marchés actions. Elle coïncide avec la compensation mensuelle qui se tient le troisième vendredi de chaque mois en bourse, qui pourrait être un peu plus agitée qu'à l'accoutumée, compte tenu de la façon dont s'est construit le rebond estival. J'en dis quelques mots un peu plus bas. Mais auparavant, il vous faudra subir mes habituelles élucubrations sur le sentiment de marché.

J'ai mis pas mal de temps ce matin à trouver ce que j'allais raconter parce qu'en dépit des nouvelles qui tombent çà et là, il ne se passe pas grand-chose en bourse. Les indices progressent mollement en s'appuyant alternativement sur certains compartiments. Hier aux Etats-Unis, ce sont les valeurs pétrolières et les entreprises des semiconducteurs qui ont tracté le marché. Bilan, une légère hausse pour le Dow Jones, le S&P500 et le Nasdaq. En Europe, même panorama ou presque avec l'énergie et les semiconducteurs qui ont plus que compensé les accès de faiblesse des banques et des valeurs liées au marché du BTP. Francfort et Paris ont rebondi après avoir perdu du terrain la veille. Les indices étant proches de leurs niveaux de vendredi dernier, c'est la séance du jour qui déterminera si les marchés boursiers s'offrent une cinquième semaine de hausse, avec, nous le verrons un peu plus loin, une source potentielle de volatilité.

Côté ambiance globale, les spécialistes ont toujours du mal à interpréter les statistiques macroéconomiques publiées outre-Atlantique. Petite précision, je parle une fois de plus de la situation aux Etats-Unis parce qu'en réalité, les financiers se fichent des créations d'emploi au Luxembourg, du moral des ménages espagnols ou du prix du reblochon (ce en quoi ils ont tort évidemment, surtout concernant le reblochon). Mais revenons aux Etats-Unis où la situation est assez classique somme toute. Jusqu'à la fin 2021, les différents indicateurs publiés démontraient la vigueur de l'économie. Au cours du premier semestre, la situation s'est dégradée et l'on a vu réapparaître des publications inférieures aux attentes des économistes. Deux situations assez faciles à appréhender. Mais depuis quelques semaines, les données publiées sont moins univoques. Il y a de bonnes surprises, comme sur le marché de l'emploi ou même sur la production. Et d'autres moins bonnes, en particulier sur le marché immobilier. On l'a encore vu hier.

Par-dessus tout ça, ou à cause de tout ça, la banque centrale américaine imprime une cadence élevée de hausse de taux. Le débat s'est désormais déplacé sur la question de savoir si le rythme va continuer. Le marché, qui paraît-il a toujours raison, a l'air de penser que la bataille contre l'inflation est gagnée, même s'il faudra laisser passer du temps pour qu'elle redescende sur des niveaux compatibles avec une politique monétaire disons apaisée. J'ai lu quelque-part ce matin avant de renverser ma tisane sur le bord de mon clavier que Wall Street fait le pari que la Fed bluffe avec ses menaces de hausse de taux. Vous vous souvenez peut-être que j'en avais parlé en juillet : le poids des mots de la banque centrale peut lui permettre d'éviter de mettre la totalité de ses menaces à exécution et c'est un peu ce sur quoi les investisseurs ont l'air de parier depuis quelques temps.

La Fed, constatant un affaiblissement de son discours, a d'ailleurs envoyé son meilleur "faucon" James Bullard prêcher la bonne parole dans les colonnes du Wall Street Journal hier. Le patron de la Fed de Saint-Louis a fait savoir qu'il milite pour un nouveau tour de vis de 75 points de base en septembre. Alors, bluff ou pas bluff ? Le prochain rendez-vous majeur pour la politique monétaire est le symposium de Jackson Hole, le grand raout estival des banquiers centraux, organisé chaque année par la Fed de Kansas City dans le Wyoming. Il se tiendra la semaine prochaine du 25 au 27 août et devrait faire couler de l'encre pendant plusieurs jours.

J'en viens à ce qui est probablement le principal événement du jour. Troisième vendredi du mois oblige, c'est la compensation mensuelle, plus joliment baptisée "journée des trois sorcières" par les financiers. C'est un jour d'échéance pour plusieurs classes de produits dérivés, qui provoque un surcroît de volatilité visible surtout par les connaisseurs. Pour l'investisseur lambda, c'est souvent un vendredi comme les autres. Toutefois, les professionnels de la finance soulignent que cette échéance d'août 2022 porte un peu plus d'enjeux que d'habitude, parce que les options ont joué un rôle important dans le rebond estival des marchés et que les intervenants vont devoir décider s'ils les "roulent" ou s'ils prennent de nouvelles positions. Goldman Sachs évalue à 2100 Mds$ le montant des options cotées aux Etats-Unis qui expirent aujourd'hui. Les traders ont beaucoup eu recours aux options pour monter en marche dans le train du rebond. Cette journée de compensation sera une bonne occasion de voir s'ils poursuivent leurs paris. Stop ou encore en somme.

Il y a très peu de publications d'entreprises ce matin et seulement deux statistiques "macro" d'intérêt, les ventes de détail britanniques et les prix à la production allemands, publiées à 8h00. Des indices qui seront scrutés de près puisqu'en Europe, les prix du gaz sont toujours au zénith, mais le ressenti de la population est en partie biaisé par les mesures de protection mises en place par les gouvernements (dont une liste est disponible ici). Et là, on ne parle pas d'une inflation de 5 ou même de 10%, puisque l'envers du décor ce sont des prix onze fois supérieurs à la moyenne à cette période de l'année, selon les données Bloomberg, qui précise que l'Europe a déjà perdu près de la moitié de ses capacités de production de zinc et d'aluminium, parce que les sites sont contraints de fermer à cause de coûts insupportables. Comme souvent, les dégâts du moment sont les désordres de demain.

La semaine se termine plutôt dans le rouge en Asie. La baisse l'emporte sur le Nikkei au Japon, le KOSPI en Corée, le CSI300 en Chine continentale et l'ASX en Australie. Le Hang Seng est en légère hausse à l'heure où j'écris. Les indicateurs avancés sont baissiers en Europe au même moment. Le CAC40 perdait 0,3% à 6537 points peu après l'ouverture.

Les temps forts économiques du jour

Tout se passe à 8h00 ce matin : les ventes de détail britanniques et les prix à la production allemands. Tout l'agenda macro ici.

L'euro a reculé à 1,0080 USD. L'once d'or baisse aussi à 1754 USD. Le pétrole est en revanche remonté hier, avec un Brent de Mer du Nord à 96,20 USD le baril et un brut léger américain WTI à 90,22 USD. Le rendement de la dette américaine à 10 ans remonte à 2,90%. Le bitcoin est repassé sous 23 000 USD.

Les principaux changements de recommandations

  • Adyen : KBW passe de surperformance à performance de marché en visant 1818 EUR.
  • Applus : Jefferies reste à l'achat avec un objectif de cours réduit de 10 à 8,50 EUR.
  • Bunzl : Jefferies passe d'achat à conserver en visant 2900 GBp.
  • Bureau Veritas : Jefferies reste à l'achat avec un objectif de cours relevé de 30 à 31 EUR.
  • Compass : Jefferies passe d'achat à conserver en visant 2000 GBp.
  • Eurofins : Jefferies reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 85 à 82 EUR.
  • Geberit : Vontobel reste à conserver avec un objectif réduit de 570 à 530 CHF. Société Générale passe de conserver à acheter en visant 575 CHF.
  • ISS : Jefferies resta sous performance avec un objectif de cours relevé de 105 à 115 DKK.
  • McPhy : Berenberg reste à conserver avec un objectif réduit de 21 à 18 EUR.
  • Mears : Jefferies passe d'achat à conserver en visant 250 GBp.
  • Nel ASA : Berenberg reste à l'achat avec un objectif réduit de 20 à 19 NOK.
  • Rentokil : Jefferies reste à l'achat avec un objectif de cours relevé de 650 à 665 GBp.
  • Sanofi : Erste Group passe d'acheter à conserver.
  • Securitas : Jefferies reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 125 à 105 SEK.
  • Sensirion : Research Partners reste à l'achat avec un objectif réduit de 150 à 140 CHF.
  • Sodexo : Jefferies passe d'achat à conserver en visant 88 EUR.
  • Verbund : Berenberg passe d'acheter à conserver en visant 100 EUR.
  • Zur Rose : Berenberg reste à conserver avec un objectif réduit de 135 à 70 CHF.

En France

Annonces importantes (et moins importantes)

  • La SNCF commande 15 TGV supplémentaires à Alstom pour 590 M€.
  • Valneva commence le processus de soumission d'une demande d'autorisation de mise sur le marché de son candidat-vaccin contre le chikungunya aux Etats-Unis. Par ailleurs, l'OMS recommande le vaccin développé par Valneva contre le Covid-19.
  • IT Link et Abionyx ont publié leurs comptes.

Dans le monde

Annonces importantes (et moins importantes)

  • Qualcomm veut revenir sur le marché des serveurs avec un nouveau processeur.
  • Apple avertit d'une faille de sécurité importante sur iPhone, iPad et Mac, nécessitant une mise à jour rapide et déjà disponible.
  • Keurig Dr Pepper serait en pourparlers pour racheter le propriétaire de Bang Energy, selon Bloomberg.
  • Shell a réduit la production de sa raffinerie Rhineland en raison du faible niveau du Rhin, qui complique le transport fluvial de marchandises.
  • Bavarian Nordic signe un accord de fabrication sous contrat aux États-Unis pour le vaccin contre la variole du singe.
  • Tata Motors décroche un contrat pour fournir 921 autobus électriques.
  • Sonova rachète une chaîne chinoise de soins auditifs.
  • Aena remporte le plus grand bloc dans la vente aux enchères d'aéroports au Brésil.
  • Le Kapruvia de Vifor approuvé en Suisse.
  • Les Etats-Unis demandent à Tesla des informations sur la caméra de cabine dans le cadre de l'enquête sur l'Autopilot.
  • Snap arrête le développement de la caméra selfie volante Pixy.
  • Principales publications du jour : Deere, Xiaomi, Kingspan, Holmen, Foot LockerTout l'agenda ici.

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