TP ICAP : La plupart des dirigeants n’ont jamais connu de forte inflation

19/05/2022 | 15:49

Responsable de la recherche chez TP ICAP - Midcap Partners

Intégré depuis 2020 au britannique coté TP ICAP Group en 2021, l’ex-Midcap Partners compte une douzaine d’analystes financiers en charge du suivi d’une centaine de valeurs françaises et d’une trentaine d’italiennes pesant 100 à 1000 M€ en Bourse. Le courtier, qui envisage une implantation en Italie et une couverture élargie de l’Europe du Sud, organisait la semaine dernière une rencontre entre investisseurs et dirigeants. Retour sur cet évènement avec le responsable de l’équipe de recherche.  

Florent Thy-Tine, dans quel état d’esprit sont les dirigeants des 125 sociétés que vous avez réunies ?  

A court terme, l’incertitude prédomine compte tenu des craintes des effets inflationnistes tant en termes de matières premières que de rémunération. Les retards d’approvisionnement ont également des répercutions à court terme et touchent des enjeux stratégiques à plus long terme. Ces phénomènes sont inédits pour la grande majorité des dirigeants. Pour autant, ces derniers restent globalement confiants quand il s’agit de se projeter au-delà des tous prochains trimestres. " 

Comment vos recommandations et prévisions vont-elles évoluer après ces échanges ? 

" Aucune révision drastique n’est prévue. Les dirigeants sont très prudents. Quand bien même leur carnet de commande est rempli, ils ont du mal à s’engager sur des perspectives chiffrées pour 2022 dans un contexte d’inflation proche de 10%. Personnellement, je vois clairement que la consommation discrétionnaire est impactée à court terme par un effet de base défavorable et la baisse du pouvoir d’achat alors que le tourisme, l’évènementiel et l’hôtellerie bénéficient au contraire d’un phénomène de rattrapage. Mais chaque dossier doit être regardé en particulier, certains acteurs tirant leur épingle du jeu à l’image de Roche Bobois qui bénéficie de son positionnement luxe avec une forte exposition en zone dollars, un carnet de commande long ainsi qu’une production à plus de 80% concentrée en Italie. " 

Les petites valeurs sous-performent à court terme et depuis quelques années maintenant. Quelle est votre appréciation des valos de la classe d’actifs en général ? 

" Les petites valeurs accusent le coup, mais les moyennes résistent mieux que le CAC 40 et la décollecte des fonds spécialisés sur la classe d’actifs est restée mesurée depuis le début de la guerre en Ukraine. Au-delà de ces observations à court terme, la classe d’actifs est affectée par l’attrait de la gestion passive et par la moindre liquidité de ce type de valeurs dans un contexte incertain. " 

Quelles sont vos valeurs favorites ? 

" Voyageurs du Monde est un de nos dossiers favoris en ce moment. Le management a confirmé notre vision optimiste d’une croissance organique en pleine accélération compte tenu de réservations sur certaines destinations qui devraient dépasser celles de 2019. De plus, la société vient d’annoncer l’acquisition de Eurofun Group (randonnées à vélo) et ses près de 80ME de CA à comparer à environ 500 M€ de CA pour VDM avant crise. Nous attendons de cette acquisition des synergies commerciales et une rapide intégration opérationnelle. D’autres acquisitions, en particulier aux Etats-Unis où le groupe n’est pas présent, sont attendues. Nos prévisions d’EBIT 23 ne sont valorisées que 11x et nous visons dans un premier temps 155€ sur le titre.  

Autre valeur en phase de reprise, Elis. Positionnée pour un tiers de son activité sur l’hôtellerie-restauration, la société de service et d’équipements d’hygiène a réalisé 90% de son niveau d’activité 2019 en mars après 70% en janvier. L’été s’annonce favorablement et la perspective de croissance 2022 de +13/+15% pourrait être dépassée si le 2e semestre ne souffre pas de nouvelles restrictions. De façon plus structurelle, Elis gagne des contrats sur l’hygiène sanitaire qui a vu son marché s’élargir post covid et pourrait profiter de nouvelles perspectives de sous-traitance du nettoyage des vêtements aujourd’hui assuré par les salariés eux-mêmes, ce qui peut poser des problèmes de qualité. Un bémol cependant, les coûts de recrutement et l’inflation d’environ 5% sur les salaires devraient compenser les effets volumes et l’objectif de marge d’Ebitda de 33.5% annoncé par le groupe ne devrait pas être dépassé. La valorisation actuelle s’élève à de 13x l’EBIT et nous visons 21.6 € par action Elis." 

Vous avez développé une approche « big data » pour vos clients. Pouvez-vous nous en parler ? 

" Nous avons en interne un ingénieur dédié à l’observation des tendances via le traitement des bases de données de la douane, la Banque de France, Google Trends… Dans ce cadre, nous nous intéressons également aux plus grandes capitalisations : cela nous permet de nous différencier en tant que courtier. A titre d’exemple, cela nous a permis au début de la crise sanitaire d’observer très tôt l’engouement pour la consommation en ligne, dans l’ameublement notamment comme l’on montré par la suite les publications de home24 ou Hellofresh. " 

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