Trop vite, trop loin, trop fort ?

11/05/2021 | 09:14

Le débat sur la surchauffe économique due à la multiplication des promesses de soutien aux Etats-Unis prend de l'ampleur et vient secouer les valeurs de croissance américaines. Faut-il laisser filer l'inflation pour permettre à l'économie d'effacer le traumatisme de 2020 ? La banque centrale américaine répond par l'affirmative en misant sur un épisode temporaire. Ses détracteurs jugent la posture risquée, surtout si de nouvelles brouettes de dollars viennent submerger le pays.

Cette fois, on ne peut pas dire que ce sont les valeurs technologiques de fond de tiroir qui ont entraîné le Nasdaq à la cave hier soir. Les neuf plus grosses capitalisations de l'indice technologique américain ont perdu entre 2,09 % pour Microsoft et 6,44 % pour Tesla hier. Compte tenu du poids de ces titres dans le S&P500, l'indice large et plus généraliste a perdu 1 %. Finalement, c'est le Dow Jones qui s'en tire le mieux - ce n'est pas la première fois cette année - avec une contraction limitée à 0,1 %, grâce à la bonne tenue de la vieille économie, notamment UnitedHealth, The Home Depot ou McDonald's. En Europe, la séance a été soporifique en France, en Belgique et en Allemagne, où les indices ont clôturé inchangés ou presque. Le SMI suisse a fait office d'exception avec une baisse de 0,45%, à cause de la santé, qui pèse si lourd à Zurich.

A force de voir écrit partout sous la plume de vilains commentateurs comme moi que les prix des matières premières explosent, la grande menace inflationniste a fini par prendre corps. Plus sérieusement, on ne voit pas très bien comment les prix à la consommation pourront ne pas être rattrapés par la conjonction haussière des cours des denrées agricoles ou des métaux de base, les pénuries dans les chaînes d'approvisionnement et les goulets d'étranglement logistiques. Je suis allé ce matin regarder le terme "inflation" sur Google Trends, ce miroir de nos comportements de recherche sur internet. Aux Etats-Unis il est à 100 depuis cette semaine, soit le niveau le plus haut niveau depuis 2004, c’est-à-dire depuis que le moteur de recherche compile ce type de données. La présence de l'inflation dans le haut des requêtes (en dessous du Dogecoin ou de la bande-annonce de Venom 2, rassurez-vous), contribue à entretenir le climat d'inquiétude autour de la hausse des prix.

Est-ce que Microsoft ou Apple vendront moins de produits si l'inflation se renforce ? Ça m'étonnerait et cette justification de la sanction de la veille est trop simpliste. Mais les financiers sont tracassés par une hausse de prix hors de contrôle, qui forcerait les banques centrales à changer le braquet de leur politique monétaire, alors qu'elles se satisfont de leur train de sénateur. Pour illustrer tout cela, je partage avec vous cette réflexion toute fraîche du chef économiste de First Trust, Brian Wesbury, qui encense deux de ses collègues "de centre gauche" pour leurs commentaires récents. Pour les conservateurs américains, le centre gauche est l'antichambre du socialisme, autant dire une singulière engeance qu'on ne cite qu'en dernier recours. Mais Wesbury n'hésite pas à souligner que Larry Summers (ancien secrétaire au trésor de Bill Clinton) a averti Joe Biden que des dépenses supplémentaires risquaient de créer une situation hors de contrôle, en utilisant une métaphore de salle de bain : "si votre baignoire n'est pas pleine, vous devez ouvrir le robinet, mais cela ne signifie pas que vous devez l'ouvrir aussi fort que vous le pouvez et aussi longtemps que vous le pouvez". Il cite aussi William Dudley (ex-chef économiste de Goldman Sachs) qui redoute que la Fed "ne se mette dans une position où, lorsqu'elle commencera à relever les taux, elle devra le faire de manière agressive" car il lui faudra rattraper le temps perdu. Un rattrapage qui "ne sera pas agréable pour les marchés financiers", selon l'intéressé.

Voilà où nous en sommes alors que l'économie "non-numérique" continue à prendre sa revanche en bourse, où les valeurs décotées, notamment les financières et les minières, continuent à faire merveille. Pendant ce temps, la queue de comète des publications de résultats se profile au terme d'une saison des trimestriels exceptionnelle, qui se confirme encore ce matin avec les relèvements des objectifs de K+S ou ThyssenKrupp. Car même si le terme "inflation" est omniprésent dans les conférences de présentation des résultats, il n'entame pas encore les projets de redressement des entreprises. Mais il ne fait aucun doute que tous les dirigeants ont le scénario de surchauffe dans un coin de la tête.

Le CAC40 perdait 1,5% à 5290 points à l'ouverture.

Les temps forts économiques du jour

Deux enquêtes seront très suivies aujourd'hui, d'abord l'indice ZEW de confiance des milieux financiers allemands en mai (11h00), ensuite l'enquête JOLTS sur les ouvertures de postes aux Etats-Unis en mars (14h30). Ce matin, la Chine a annoncé une hausse de ses prix à la production de 6,8 % en avril sur un an, au-dessus des attentes, mais des prix à la consommation encore contenus, en hausse de 0,9%.

L'euro est ferme à 1,2144 USD. L'once d'or aussi, autour de 1826 USD. Le pétrole perd du terrain avec un Brent de mer du Nord à 67,80 USD et un brut léger américain WTI à 64,40 USD. La dette américaine affiche un rendement de 1,59 % sur 10 ans, en légère hausse. Le Bitcoin perd un peu d'altitude à 55 218 USD.

Les principaux changements de recommandations

  • Acciona : AlphaValue reste à accumuler avec un objectif de cours relevé de 140,40 à 155 EUR.
  • Allgeier : Baader Helvea reste à accumuler avec un objectif de cours relevé de 20 à 27 EUR.
  • Amadeus : HSBC passe d'alléger à conserver en visant 55 EUR.
  • Barclays : AlphaValue reste à accumuler avec un objectif de cours relevé de 170 à 216 GBp.
  • Bpost : Berenberg reste à l'achat avec un objectif de cours relevé de 11,20 à 11,85 EUR.
  • CompuGroup : Berenberg passe de conserver à acheter en visant 85 EUR.
  • Erste : Morgan Stanley passe de pondération en ligne à surpondérer en visant 39 EUR.
  • Evotec : RBC passe de performance de marché à surperformance en visant 39 EUR.
  • Hugo Boss : Citigroup reste neutre avec un objectif de cours relevé de 37 à 45 EUR.
  • Immobiliare Grande : Société Générale passe d'acheter à conserver en visant quatre euros.
  • Orange : Goldman Sachs passe d'acheter à neutre en visant 11 EUR.
  • Société Générale : AlphaValue reste à l'achat avec un objectif de cours relevé de 26,65 à 34,40 EUR.
  • Sonova : Vontobel relève son objectif de cours de 245 à 285 CHF.
  • The British Land : RBC passe de sousperformance à performance sectorielle en visant 465 GBp.
  • Travis Perkins : Berenberg reste à l'achat avec un objectif de cours réduit de 2020 à 1910 GBp.
  • Wizz Air : Oddo BHF passe de surperformance à neutre en visant 5100 GBp.
  • Zardoya : Oddo BHF démarre le suivi à surperformance en visant 6,90 EUR.
  • Zur Rose : Citigroup passe de neutre à achat.

En France

Résultats des sociétés

  • Alstom : les résultats annuels de l'exercice clos le 31 mars dernier sont en légère progression, mais le groupe a pris une charge additionnelle sur l'acquisition de Bombardier. L'acquisition devrait toutefois entraîner un impact positif à deux chiffres à partir de la seconde année d'intégration sur le bénéfice net, conformément aux projets initiaux. Un dividende de 0,25 EUR par action sera proposé. Les perspectives financières seront présentées lors d'une journée investisseurs prévue le 6 juillet prochain.

Annonces importantes

  • Valérie Baudson en marge de sa nomination de directrice générale d'Amundi, est nommée directrice générale adjointe de Crédit Agricole et entre au comité exécutif de la banque.
  • Clotilde Delbos remplace Irene Dorner au conseil d'administration d'Axa.
  • Gecina signe un protocole d'accord avec Louis Vuitton (LVMH) pour un nouveau bail de 18 ans au 101 avenue des Champs-Elysées.
  • Eiffage remporte en groupement avec Hochtief et Max Bögl le marché pour la réalisation d'un nouveau pont sur le Rhin à Leverkusen en Allemagne, pour un montant de 116 M€ part du groupe.
  • Carbios lève 114 M€ pour financer son projet industriel.
  • Pierre & Vacances obtient un financement bancaire de 300 M€.
  • Un tandem pour remplacer le président d'Alchimie, absent pour raison de santé.
  • Esker va recruter 160 personnes cette année.
  • Voltalia remporte en Guyane française une centrale mixte de production photovoltaïque et de stockage par batteries.
  • Le DSMB confirme la poursuite de l'étude de phase I/II de Noxxon avec la dose la plus élevée de NOX-A12 en association avec la radiothérapie chez des patients atteints d’un cancer du cerveau.
  • Delta Drone tire 1 M€ d'ORNAN.
  • Etablissements Fauvet-Girel a cédé le dernier actif immobilier de la société et a mandaté un conseil financier pour étudier un projet de cession.
  • Oeneo, Innate Pharma, Aurea, Bilendi, Cabasse, Lacroix, Cybergun, Poujoulat, Unibel, Bel et Baccarat ont publié leurs résultats et/ou leurs prévisions.

Dans le monde

Résultats des sociétés

  • K+S : l'Ebitda annuel devrait se situer entre 500 et 600 M€, contre 440 à 540 M€ précédemment envisagé.
  • ThyssenKrupp : l'aciériste a relevé sa prévision de chiffre d'affaires et de résultats 2021.

Annonces importantes

Lectures

Anthony Bondain
© Zonebourse.com 2021
Copier lien
Dernières actualités sur ""
24/06
23/06
22/06
21/06
18/06