Un éléphant dans la pièce

15/02/2022 | 09:04

La nervosité est palpable sur des marchés financiers qui ont encaissé à la fois le choc d'une inflation galopante aux Etats-Unis et la peur des conséquences d'une invasion de l'Ukraine par la Russie. Les maigres signaux de détente entre Moscou et l'Occident peinent à rassurer au lever du soleil. J'aborde ce matin ce bras de fer par le biais de la dépendance énergétique, l'un des facteurs qui limite la marge de manœuvre des négociateurs.

Les marchés européens ont clôturé hier en net repli, mais assez loin des plus bas touchés en début de séance. En cause, la poursuite du bras de fer entre la Russie et les occidentaux au sujet de l'Ukraine. Les deux camps alternent les menaces et les mains tendues, mais avec les poings fermés. A la clôture, Paris et Francfort ont perdu 2%, Londres 1,7% et les pays nordiques 2,4%. Aux Etats-Unis, Wall Street, qui avait lourdement chuté lundi, ne sait trop quoi penser : le léger rebond du Nasdaq (+0,1%) n'a inspiré ni le Dow Jones (-0,5%) ni le S&P500 (-0,4%). En réalité, quasiment tous les secteurs se sont retrouvés dans le rouge, à l'exception de la consommation cyclique, parce qu'Amazon et Tesla ont tenu la baraque, et des technologiques, bien aidées par Google et Nvidia. L'Asie n'a pas l'air de vouloir rebondir ce matin, si l'on excepte la Chine continentale, qui a toujours l'air d'être dotée d'un moteur différent des autres marchés depuis plusieurs mois.

La crise ukrainienne a remplacé depuis vendredi l'inflation à la première place des sources de volatilité sur le marché (mais n'oubliez pas l'inflation pour autant). Comme je le soulignais hier, les investisseurs sont normalement capables de s'adapter aux vents macroéconomiques contraires, mais beaucoup plus difficilement aux conséquences d'une invasion militaire. A moins d'un compromis rapide entre le Kremlin et les Occidentaux, les indices boursiers vont jouer aux montagnes russes (évidemment) en fonction du ton des différents protagonistes. En attendant, les tensions dopent les actifs énergétiques, qu'il s'agisse du pétrole ou du gaz (ce qui n'est pas très bon pour l'inflation). J'en profite pour faire un rappel sur ce qui constitue l'un des principaux paramètres du bras de fer actuel, le gaz russe, que l'économiste Erik Nielsen qualifiait très justement il y a quelques jours "d'éléphant dans la pièce".

Pour vous expliquer la structure du marché du gaz, je m'appuie sur l'excellente synthèse d'un quatuor de chercheurs sur le site du think tank Bruegel. En 2021, la Russie a assuré 38% des besoins en gaz naturel des 27 pays de l'UE, devant la Norvège (22%), les importations extérieures de GNL (18%) et l'Algérie (9%). L'Europe ne produit que 9% du gaz qu'elle consomme, mais elle s'en tire plutôt bien cette année… parce que l'hiver n'est pas très rigoureux. Ces températures clémentes, ajoutées à l'accroissement des importations de GNL et au respect par la Russie de ses obligations contractuelles de livraison, permettent aux stocks européens de rester à un niveau correct. Vous ne me ferez pas remercier le réchauffement climatique, mais force est de constater que nous aurions été dans la panade avec un bon gros hiver russe. "Par conséquent, à court terme et si l'on considère l'UE dans son ensemble, le bloc sera probablement capable de survivre à une perturbation spectaculaire des importations de gaz russe", m'explique l'étude précitée, avant de préciser que la situation devient vite beaucoup plus compliquée en intégrant les subtilités du marché du gaz, et les spécificités économiques, techniques et politiques.

Car tenir plus longtemps a l'air problématique. L'offre mondiale est suffisante, sur le papier, pour permettre à l'Europe de compenser une fermeture du robinet russe. Mais la réalité des gazoducs, les différentes qualités de gaz requises selon les pays européens ou une flotte GNL déjà utilisée en totalité compliquent singulièrement la donne. Sans compter qu'une telle réorientation ferait probablement flamber les prix, se heurterait à la réticence des pays européens disposant de grosses réserves et assécherait l'offre à destination des pays plus pauvres hors UE. "Passer la moitié d'un hiver sans importations russes pourrait être difficile, mais faire fonctionner l'économie européenne pendant plusieurs années sans gaz russe serait un véritable défi", explique l'étude. Agir en totalité sur l'offre n'étant pas possible pour les raisons précitées, il faudrait aussi solliciter la demande : par la production d'électricité à partir d'autres sources que le gaz, par la réduction de la consommation des industries consommatrice comme la chimie et la sidérurgie, par l'accroissement des capacités renouvelables et par les efforts des ménages sur l'isolation et les températures intérieures. Ces efforts sur la demande auront nécessairement un coût et nécessiteront du courage politique, préviennent d'ores et déjà les auteurs de l'étude.

On le comprend, se passer du gaz russe n'est pas une mince affaire au-delà du premier semestre 2022. L'Europe se sait dépendante énergétiquement après s'être découverte dépendante pour sa santé pendant la crise sanitaire, ou pour sa technologie avec la désorganisation des chaînes logistiques qui a suivi. Et je ne parle même pas de sa dépendance au niveau militaire. Décidément, Bruxelles a du pain sur la planche. "C'est quand la mer se retire qu'on voit ceux qui se baignent nus", a dit sur un tout autre sujet l'investisseur américain Warren Buffett. On en est à peu près là.

Si vous en avez déjà assez de la géopolitique, vous pouvez toujours vous concentrer sur les derniers résultats trimestriels de grandes entreprises, qui restent bons, à l'image des chiffres de BHP, de Capgemini ou de Michelin. Ou vous tourner cet après-midi vers les prix à la production américains de janvier, qui pourraient encore faire jaser sur l'inflation.

A très court terme, malgré les signaux d'apaisement envoyés depuis l'est de l'Europe - où les palabres reprennent de plus belle entre hauts dirigeants internationaux pendant que l'Ukraine retient son souffle - les indicateurs avancés européens sont encore baissiers à l'heure où j'écris ces lignes. Attention toutefois, le contexte de forte volatilité peut entraîner des surprises à l'ouverture, en fonction des infos qui tombent : un sourire de Poutine, un calembour d'Olaf Scholz ou une carioca endiablée entre Boris et Emmanuel pour détendre l'atmosphère (hommage à ceux qui savent danser la carioca). Le CAC40 démarre la séance en baisse modérée de 0,1% à 6848 points.

Les temps forts économiques du jour

L'indice ZEW de confiance des financiers allemands en février sera publié à 11h00. Aux Etats-Unis, l'indice Empire Manufacturing de février et l'indice des prix à la production de janvier sont programmés à 14h30. Ce matin le PIB japonais pour la période octobre décembre est ressorti en hausse de 1,3%, contre 1,4% anticipé.

L'euro recule à 1,13182 USD. L'once d'or flirte à nouveau avec 1880 USD. Sur le marché pétrolier, légère détente pour le baril à 95,73 USD le Brent et 94,65 USD le WTI. Sur le marché de la dette souveraine, la signature américaine à 10 ans atteint 1,97%. Le Bitcoin reprend 2% à 43 500 USD.

Les principaux changements de recommandations

  • Adesso : Kepler Cheuvreux reste à l'achat avec un objectif relevé de 228 à 236 EUR.
  • ArcelorMittal : AlphaValue passe d'alléger à accumuler en visant 31,90 EUR.
  • AXA : Goldman Sachs reprend le suivi à l'achat en visant 33,99 EUR.
  • Banco BPM : Morgan Stanley passe de pondération en ligne à surpondérer en visant 4,20 EUR.
  • Banco de Sabadell : Morgan Stanley passe de souspondérer à pondération en ligne.
  • Bankinter : Morgan Stanley passe de pondération en ligne à souspondérer en visant 6 EUR.
  • BBVA : AlphaValue reste à l'achat avec un objectif de cours relevé de 7 à 7,67 EUR.
  • Be Shaping the Future : Equita passe d'acheter à conserver en visant 3,45 EUR.
  • British American Tobacco : RBC passe de surperformance à performance sectorielle en visant 3300 GBp.
  • Clariant : Jefferies passe d'acheter à conserver en visant 18 CHF.
  • Credit Suisse : Kepler Cheuvreux passe d'acheter à conserver.
  • Freenet : Jefferies reste à l'achat avec un objectif de cours relevé de 26,10 à 27,40 EUR.
  • GlaxoSmithKline : Liberum reste à l'achat avec un objectif de cours relevé de 1870 à 1900 GBp.
  • Mediobanca : Morgan Stanley passe de surpondérer à pondération en ligne en visant 12,10 EUR. Société Générale reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 22 à 17 CHF.
  • Michelin : Jefferies reste à l'achat avec un objectif de cours relevé de 154 à 162 EUR.
  • Pernod Ricard : Citigroup passe de neutre à achat en visant 220 EUR.
  • Rapala : Inderes passe d'accumuler à acheter en visant 8,50 EUR.
  • Sixt : Stifel démarre le suivi à l'achat en visant 96 EUR.
  • UBS : KBW passe de surperformance à la performance de marché en visant 20,50 EUR.
  • Unilever : RBC passe de sousperformance à performance sectorielle en visant 3600 GBp.
  • Valeo : HSBC relève son objectif de 25,50 à 28,50 EUR.
  • Vestas : Berenberg reste à l'achat avec un objectif de cours réduit de 220 à 190 DKK.

En France

Résultats de sociétés importantes

  • Capgemini : Capgemini améliore ses résultats en 2021 et propose un dividende de 2,40 EUR par action. La croissance organique 2022 est attendue entre 8 et 10% et le taux de marge opérationnelle autour de 13%.
  • Engie : le groupe a publié ses résultats 2021 et vise cette année 3,1 à 3,3 Mds€ de bénéfice net récurrent.
  • Michelin : le groupe renoue avec ses marges de 2019 et vise 3,2 Mds€ de résultat opérationnel ajusté, pour 1,2 Md€ de cash-flow libre ajusté et une croissance modérée de son activité.

Annonces importantes (et moins importantes)

  • Air Liquide a signé 48 nouveaux contrats de production sur site à long terme dans sa branche d'activité Industriel Marchand en 2021.
  • Le président de Valeo, Jacques Aschenbroich, pressenti pour présider Orange, selon La Lettre A.
  • Safran ouvre une nouvelle station de maintenance, réparation et révision de nacelles en Asie.
  • L'ex-directeur général d'Orpea visé par une enquête pour délit d'initié.
  • Eramet, via la SLN, va investir 250 M€ d'ici 2025 en Nouvelle-Calédonie.
  • Associé à Opdivo, Cabometyx (Ipsen) améliore la survie des malades du cancer du rein.
  • Esker lance sa solution de gestion des demandes clients, un assistant digital pour les services clients.
  • Gaztransport & Technigaz signe un nouveau contrat-cadre de prestations de services avec Nakilat.
  • Le groupement Eiffage / Arcade-VYV signe avec le ministère des Armées la concession pour la gestion de son parc de logements en France.
  • Albioma acquiert une centrale géothermique en Turquie.
  • Mercialys, Inventiva, Linedata, Plastiques du Val-de-Loire, Lacroix, Streamwide, M6, Bic, Coface, Mint, M2i, Prologue, UTI Group, Econocom, Vicat, Haulotte ont publié des résultats et/ou des prévisions.

Dans le monde

Résultats de sociétés importantes

  • BHP : le géant minier anglo-australien a dégagé un bénéfice net record de 9,4 Mds$ au deuxième semestre 2022, en hausse de 77% sur un an.
  • Glencore : l'Ebitda 2021 dépasse légèrement les attentes. Reuters annonce par ailleurs que l'entreprise s'est séparée de ses parts dans Russneft.
  • Royal DSM : les résultats du T4 dépassent les attentes, le dividende est relevé.

Annonces importantes (et autres)

Lectures

© Zonebourse.com 2022
Copier lien
Dernières actualités sur ""
09:03
05/07
04/07
01/07
30/06