Wall Street, la récession joyeuse ?

09/08/2022 | 09:03

Les premiers échanges boursiers européens du jour s'annoncent dépassionnés, en attendant la principale péripétie de la semaine, l'annonce demain des chiffres de l'inflation de juillet aux Etats-Unis. Il y a quand même quelques résultats d'entreprises à se mettre sous la dent et un peu d'animation sur le marché obligataire, même si ces deux mots sonnent étrangement placés si près ensemble. Finalement le marché a peut-être découvert le concept de récession joyeuse.

Je n'irais pas jusqu'à dire que les investisseurs ont retrouvé leur nonchalance un peu louche pré-2022. Mais force est de constater qu'ils ne tombent plus en dépression à la moindre mauvaise nouvelle : des bénéfices trimestriels en baisse, une météo défavorable, le décès d'Olivia Newton-Jones (hommage indispensable) ou l'annonce d'une acquisition d'Elon Musk. On voit même resurgir aux Etats-Unis et même en France des passions imbéciles pour des actions sans avenir et grossièrement manipulées comme aux plus belles heures de l'année 2000. Bon, ce n'est pas la fête non plus, mais les gains du mois de juillet ont réveillé la libido d'une partie du marché et coupé la chique aux prophètes de malheur, qui sont probablement occupés à siffler du rosé ou de la bière en suant au bord de quelque littoral surpeuplé en fomentant leur vengeance.

Faute de combattants, les places boursières sont moins volatiles et clôturent généralement en hausse. Il y a quelques semaines, elles étaient plus nerveuses et terminaient généralement en baisse. Entre les deux, la situation économico-géopolitique s'est complexifiée mais les valorisations ont chuté, parfois grandement pour la frange bullesque de la cote boursière. Enfin pour autant qu'il soit possible de valoriser des entreprises ultra-déficitaires qui ne doivent leur survie qu'à un discours bien huilé et à l'ère de l'argent gratuit, ère désormais révolue.

Hier donc, les places européennes ont terminé sur des gains assez robustes. Le CAC40 a même signé un plus haut de deux mois à la clôture, à 6524 points. La situation était un peu moins favorable aux Etats-Unis, où la hausse initiale s'est dégonflée au fur et à mesure de la séance. Pas assez pour faire passer le Dow Jones dans le rouge (+0,09%), mais suffisamment pour que le S&P500 (-0,12%) et le Nasdaq (-0,37%) terminent en baisse. Mais c'est surtout sur le marché obligataire américain que les lignes ont bougé. Le rendement de la dette à 10 ans a baissé à 2,76% pendant que celui des échéances plus courtes est monté. Le 2 ans s'affiche à 3,20% et le 6 mois à 2,98%. C'est ce qu'on appelle une courbe des taux inversée, puisque les maturités courtes sont mieux rémunérées que les longues. L'écart entre le 2 ans et le 10 ans est le plus important constaté ces 20 dernières années et cela illustre les craintes des marchés sur la dynamique économique. Rien de bien neuf là-dedans.

Si ces histoires vous ennuient, il faut surtout retenir qu'il y aura un moment où les investisseurs estimeront que l'inflation va décroître progressivement et que la Fed et les autres banques centrales pourront à nouveau aider l'économie en assouplissant leurs politiques. Ce sera le vrai moment charnière, toutes choses égales par ailleurs, c’est-à-dire si Pékin ne se lance pas dans un blocus de Taïwan, si Moscou et Kiev évitent de faire sauter une centrale nucléaire et si l'Europe peut nourrir et chauffer sa population la plus vulnérable l'hiver prochain. Prochaine étape pour connaître la teneur de l'évolution des prix aux Etats-Unis : mercredi, avec l'inflation de juillet.

Dans un tout autre registre, je me faisais la réflexion dernièrement que certaines entreprises européennes vont bientôt être assises sur un tas d'or qui ferait pâlir d'envie n'importe quel dragon des Terres du Milieu et probablement aussi l'Oncle Picsou. C'est déjà vrai pour les compagnies pétrolières par exemple. Mais elles sont plutôt habituées à gérer ces afflux. Un dividende en hausse et quelques rachats d'actions font le bonheur de leurs actionnaires. Pour contrer ceux qui se plaignent de ces superprofits, les majors mettent en avant les lourds investissements qu'elles consentent et les périodes de vaches maigres que leur réserve la cyclicité de leur activité. Quand les bénéfices sont vraiment outranciers – ce qui est le cas actuellement – il reste la possibilité d'acheter la paix sociale avec des rabais à la pompe – ce qui est le cas actuellement – ou de faire profil bas quand un gouvernement prélève sa dîme sur les profits. L'oblativité des compagnies pétrolières est relative.

Mais ce ne sont pas de ces entreprises dont je veux parler, mais plutôt de celles qui n'ont pas vraiment l'habitude de manipuler les milliards d'excédents. Prenez une société comme AP Moller Maersk. Le transporteur maritime danois, numéro un mondial de sa spécialité, a généré 2,5 milliards de dollars de cash-flow libre en cumulé sur les sept années de 2012 à 2018. Sur le seul exercice 2022, il devrait dégager 28,4 Mds$. Même situation pour son rival allemand Hapag-Lloyd d'ailleurs, avec des montagnes de cash inédites en caisse. Les deux groupes ont évidemment pu optimiser leur structure financière et ont versé de gros dividendes. Mais que vont-ils faire du reste ? Pour AlphaValue, la réponse pourrait se trouver dans des rachats d'actions, qui sont moins politiquement sensibles que des annonces de dividendes. "Supposons que les dirigeants ne soient pas assez intelligents pour redéployer utilement ces ressources inattendues, alors ces retours divins devraient finir en rachats", souligne avec une pointe de cynisme le bureau d'études. Je partage cette opinion. Notez que les autres secteurs qui ont engrangé le plus de bénéfices "surnuméraires", hors compartiment pétrolier, sont l'automobile et les métaux & mines. Et eux aussi risquent de faire preuve d'ingéniosité pour que ces profits soient le moins taxés possibles. Là, c'est l'Oncle Picsou qui approuve.

La séance boursière se termine en baisse d'environ 1% pour le Nikkei 225 à Tokyo. L'Australie fait du surplace et la Chine se redresse légèrement en fin de parcours. Le marché indien est fermé pour un jour férié. Les marchés européens sont attendus en légère baisse après leur décalage de performance avec les Etats-Unis. Le CAC40 perdait 0,17% à 6512 points peu après l'ouverture. 

Les temps forts économiques du jour

Les chiffres trimestriels de la productivité et du coût de la main d'œuvre aux Etats-Unis seront publiés à 14h30. Tout l'agenda macro ici.

L'euro flirte à nouveau avec 1,02 USD. L'once d'or remonte légèrement à 1786 USD. Le pétrole se stabilise, avec un Brent de Mer du Nord à 96,38 USD le baril et un brut léger américain WTI à 90,50 USD. Le rendement de la dette américaine à 10 ans se détend à 2,75%. Le bitcoin se négocie autour de 23 800 USD.

Les principaux changements de recommandations

  • AMS-Osram : Julius Bär reste à l'achat avec un objectif de cours réduit de 15 à 12 CHF.
  • Bpost : Jefferies reste à conserver avec un objectif de cours relevé de 6 à 7 EUR.
  • Bertrandt : Berenberg reste à conserver avec un objectif de réduit de 60 à 50 EUR.
  • Edenred : William O'Neil démarre le suivi à l'achat.
  • Elior : Berenberg reste à l'achat avec un objectif de cours réduit de 6,5 à 4 EUR.
  • Hypoport : Berenberg reste à l'achat avec un objectif de cours réduit de 500 à 400 EUR.
  • Intercos : Jefferies reste à l'achat avec un objectif de cours relevé de 15,40 à 15,90 EUR.
  • L'Oréal : Deutsche Bank reste à l'achat avec un objectif de cours relevé de 385 à 400 EUR.
  • LEG Immobilien : Berenberg reste à l'achat avec un objectif de cours réduit de 155 à 118 EUR.
  • Linde : Baader Helvea passe d'accumuler à alléger en visant 310 EUR.
  • PostNL : Jefferies passe d'acheter à conserver en visant 2,50 EUR.
  • Rational AG : Berenberg reste à l'achat avec un objectif de cours relevé de 970 à 975 EUR.
  • Rothschild : Kepler Cheuvreux reste à l'achat avec un objectif de cours relevé de 50 à 52 EUR
  • Sanofi : UBS passe d'achat à neutre en visant 103 EUR.
  • Schaeffler : Berenberg reste à l'achat avec un objectif de cours réduit de 8,80 à 7,40 EUR.
  • Shop Apotheke : Barclays reste à surpondérer avec un objectif de cours réduit de 135 à 104 EUR.
  • VAT Group : Research Partners reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 300 à 250 CHF.
  • Viaplay : Jefferies démarre le suivi à conserver en visant 340 SEK.
  • Zur Rose : Barclays passe de surpondérer à pondération en ligne en visant 68 CHF.

En France

Annonces importantes (et moins importantes)

Dans le monde

Résultats des sociétés

  • Banque Cantonale de Genève : L'établissement a dégagé des résultats records au S1. Sur l'ensemble de l'année, le résultat sera en amélioration.
  • Carlsberg : Le brasseur danois a relevé ses prévisions 2022 après un très bon début d'été.
  • Dufry : L'opérateur de boutiques de duty free a renoué avec les bénéfices au S1. Il continue à préparer son mariage avec l'italien Autogrill.
  • Novavax : Le titre décroche de plus de 30% hors séance après des résultats décevants et des objectifs réduits.
  • Softbank : Le titre perd 8% en séance après la publication hier de ses résultats trimestriels lourdement déficitaires.

Annonces importantes (et moins importantes)

Lectures

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