Berlin (awp/afp) - Le géant allemand de l'énergie Uniper, dans l'attente d'un plan de sauvetage de l'Etat pour pallier les baisses de livraison de gaz russe, a dû activer lundi une ligne de crédit de 2 milliards d'euros octroyée par la banque publique allemande KfW.

"Uniper a utilisé aujourd'hui la facilité de crédit existante de la KfW d'un montant de 2 milliards d'euros et (en) a ainsi épuisé la totalité", a indiqué dans un communiqué l'entreprise.

"Avec cette mesure, Uniper réagit aux interruptions continues de l'approvisionnement en gaz russe et aux évolutions qui en découlent sur les marchés de l'énergie", a-t-elle ajouté.

Uniper, premier importateur et stockeur de gaz en Allemagne, s'était vu accorder cette facilité de crédit en janvier, avant la guerre en Ukraine, mais ne l'avait pas encore utilisée.

Désormais, l'énergéticien, qui était le plus gros client du russe Gazprom, est frappé de plein fouet par la réduction depuis mi-juin des livraisons russes, et a un besoin urgent de liquidités.

Uniper doit, pour honorer ses contrats, se procurer du gaz sur le marché comptant où les prix ont explosé.

Le groupe perd des "dizaines de millions d'euros" chaque jour, selon son PDG, Klaus-Dieter Maubach.

Pour faire face, l'entreprise a même commencé la semaine dernière à puiser dans ses stocks de gaz, initialement prévus pour l'hiver.

Conséquence : le taux de remplissage des cuves allemandes baisse depuis quelques jours de 64,9% le 12 juillet à 64,6% lundi, alors que le pays est censé au contraire reconstituer ses réserves.

Des négociations sont en cours avec l'Etat allemand qui s'est engagé à sauver l'entreprise.

Le groupe réclame une "nouvelle ligne de crédit KfW" et une prise de "participation importante" de l'Etat dans son capital, a détaillé Uniper lundi dans un communiqué.

L'énergéticien souhaite également pouvoir "répercuter la hausse des coûts d'approvisionnement" sur ses clients, afin de "compenser (ses) pertes".

"Lehman Brothers"

Le gouvernement assure qu'il ne "laissera pas" Uniper faire faillite craignant des effets en cascade comparables à un "Lehman Brothers" de l'énergie.

Les médias allemands évoquent une entrée de l'Etat à hauteur de 25% voire 30% du capital.

Mais les discussions coincent entre Berlin et l'actionnaire majoritaire de Uniper, le finlandais Fortum, détenu à environs 51% par l'Etat finlandais.

Berlin souhaiterait que le groupe scandinave participe lui aussi au plan de sauvetage. Fortum demande quant à lui à ce que le groupe soit restructuré, regroupant les activités à risque dans une "société d'approvisionnement sous la propriété du gouvernement allemand".

Une rencontre a eu lieu jeudi entre la ministre finlandaise des affaires européennes Tytti Tuppurainen et le vice-chancelier Robert Habeck à Berlin pour débloquer la situation.

Une prise de participation de Berlin fait également grincer des dents au sein de la coalition au pouvoir, notamment chez les Verts, alors que Fortum est actif dans le nucléaire.

L'argent des contribuables allemands ne doit pas être "mal utilisé", a ainsi déclaré le député écologiste Anton Hofreiter.

Une décision est attendue avant la fin du mois, selon le ministère de l'Economie.

afp/rp