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Air France-KLM : s'effondre en bourse après le départ de Janaillac

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07/05/2018 | 07:38
Ils ne l’avaient pas vu venir, sinon ils ne l’auraient pas fait. Les dirigeants d’Air France ont tenté le pari de porter leur projet salarial directement auprès des salariés de la compagnie, pour couper l’herbe sous le pied d’une partie des syndicats, notamment ceux de pilotes. Christian Blanc avait utilisé la même technique avec succès. C’était en 1994. Mais cette fois, le stratagème s’est retourné contre les tacticiens.
Vae Victis

« Les salariés d'Air France ont voté majoritairement non à la consultation sur l'accord salarial pluriannuel proposé le 16 avril », a révélé vendredi 4 mai le transporteur après la clôture des marchés. Un coup de tonnerre puisque le PDG, Jean-Marc Janaillac, avait promis de quitter l’entreprise en cas de désaveu. Le dirigeant remettra sa démission le 9 mai aux conseils d’administration d’Air France et d’Air France KLM. La compagnie a retiré le projet d’accord salarial qui proposait 7% d’augmentation sur quatre ans, dont 2% en 2018. Les grévistes avaient réclamé 5,1% immédiatement, après plusieurs années de gel des salaires. 55,44% des 46.771 salariés qui ont voté (soit 80,5% des salariés éligibles) ont repoussé l’accord. Le vote était ouvert aux employés de droit français de la seule composante Air France.

L’Etat n’ira pas

Le conseil d’administration de la compagnie hexagonale s’est réuni en urgence samedi 5 mai, pour prendre acte de la situation et exprimer ses regrets sur le départ de Janaillac, qui assurera l’intérim jusqu’à la date de l’assemblée générale annuelle, le 15 mai prochain. Le conseil proposera à cette date une gouvernance de transition. Hier soir, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a appelé à un rétablissement du dialogue social. « La survie d'Air France est en jeu », a-t-il rappelé dans un entretien accordé à BFM TV, en ajoutant que l’Etat n’interviendra pas financièrement pour soutenir la compagnie, dont il détient 14%. « Ceux qui pensent que quoi qu'il arrive, l'Etat viendra à la rescousse d'Air France et épongera les pertes d'Air France, se trompent », a martelé le ministre. L’intersyndicale (SNPL, Spaf, Alter, SNPNC, Unsa-PNC, CFTC, SNGAF, CGT, FO, SUD) doit se réunir ce soir à 17h00, mais le préavis de grève pour les journées de lundi et mardi a été maintenu. Air France prévoit d’assurer ce jour environ 85% de son programme de vol, dont la quasi-totalité des long-courriers. Environ 14,2% des pilotes, 18,1% des PNC et 10% des personnels au sol sont en grève pour la seule journée du 7 mai.
 

Le début 2018 ne ressemble pas vraiment au début 2017 en bourse pour Air France KLM

Une situation inquiétante

Sur les marchés et aux Pays-Bas, ont est inquiets. KLM redoute les conséquences du vote. Depuis plusieurs années, la division néerlandaise passe pour le bon élève de la classe par opposition au cancre Air France. La situation actuelle, dans une économie néerlandaise où le compromis est profondément ancré dans la culture, risque d’agrandir le fossé entre les deux composantes du groupe. Cette dimension n’est pas à négliger, non plus que les conséquences boursières qu’elle pourrait engendrer. En 2017, l’action Air France KLM avait flambé, au point d’afficher la plus belle hausse du SBF120. Mais depuis quelques mois, c’est la soupe à la grimace pour les actionnaires. Les analystes ont commencé à réduire leur valorisation du groupe. Désormais, il faut craindre des dégradations de recommandations, à l’image de MainFirst qui est passé ce weekend de neutre à sousperformance sur le dossier, avec une valorisation coupée de 10 à 6 euros. La grève a déjà coûté plus de 300 millions d’euros en exploitation à Air France KLM. Mais elle se poursuit et le dialogue social n’est toujours pas rétabli. La question de la succession de Janaillac est urgente : qui osera se lancer dans l’arène ?

Air France KLM s’effondre de 13% à 7,075 euros en matinée à la Bourse de Paris. « C’est un non qui rend l’avenir plus incertain », explique Quirijn Mulder, du bureau d’études néerlandais ING. « La compagnie est entrée en période d’incertitude et n’a probablement plus de direction claire à une période cruciale pour engranger des bénéfices, afin de sa préparer à des temps plus difficiles qui ne manqueront pas d’arriver », selon Mulder, qui estime que les syndicats pourraient crier victoire mais qui pense surtout que les gagnants sont les compagnies à bas coûts et les concurrents, qu’ils soient traditionnels ou du Moyen-Orient. L’analyste pose ouvertement la question qui tue : faut-il séparer Air France et KLM ? « Les employés de KLM sont mécontents de la direction actuelle d’Air France et la division néerlandaise est nettement plus rentable », ce qui contribuera à relancer le débat. 
Anthony Bondain
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