PARIS, 21 février (Reuters) - Missak et Mélinée Manouchian, deux résistants à l'Allemagne nazie, et une vingtaine de leurs camarades pour la plupart d'origine étrangère comme eux, sont entrés mercredi au Panthéon lors d'une cérémonie présidée par Emmanuel Macron.

Ouvrier, poète, militant communiste d'origine arménienne né en 1906 dans l'empire ottoman, Missak Manouchian est le premier résistant étranger à accéder au Panthéon.

Son entrée survient 80 ans jour pour jour après son exécution par les nazis, à l'âge de 37 ans, à la forteresse du Mont-Valérien, près de Paris, où une veillée a eu lieu mardi soir.

Après une cérémonie de plus d'une heure, Emmanuel Macron a prononcé un discours pour rendre hommage à un homme "libre, "un poète" devenu "soldat de l'ombre".

"Missak Manouchian, vous entrez ici toujours ivre de vos rêves, l’Arménie délivrée du chagrin, l’Europe fraternelle, l’idéal communiste, la Justice, la dignité, l’humanité. Rêve français, rêve universel. Missak Manouchian, vous entrez ici avec Mélinée en poète de l’amour heureux", a déclaré le président de la République.

Missak Manouchian est accompagné de sa femme, Mélinée Manouchian, également résistante d'origine arménienne, décédée en 1989. Entrent aussi de façon symbolique, via l'inscription de leur nom à l'intérieur du monument, 23 compagnons d'armes fusillés pour la plupart en même temps que lui.

La cérémonie a fait l'objet d'une joute entre Emmanuel Macron et la cheffe de file du Rassemblement national (RN) Marine Le Pen, qui était présente à la cérémonie malgré les réserves exprimées par le président.

Dans un entretien publié lundi dans le quotidien l'Humanité, le chef de l'Etat estime que "les forces d'extrême droite seraient inspirées de ne pas être présentes compte tenu de la nature du combat de Manouchian."

"LA VOLONTÉ" D'ÊTRE FRANÇAIS

Ces entrées s'ajouteront à celles d'autres résistants de la Deuxième guerre mondiale comme Jean Moulin, Pierre Brossolette, Jean Zay, Germaine Tillion et Geneviève Anthonioz de Gaulle.

Après Joséphine Baker, Missak Manouchian est la deuxième personnalité à être accueillie au Panthéon sans être née française. A la différence de l'artiste native des Etats-Unis, Missak Manouchian n'a jamais obtenu cette nationalité, qu'il avait demandée à deux reprises.

Parmi les jeunes combattants fusillés en même temps que lui, beaucoup étaient eux aussi étrangers (Polonais, Hongrois, Italiens, Espagnols, Roumains). "Ce sera l'occasion de rappeler qu'être Français, ça ne tient pas à l'origine, à la religion, au prénom, mais à la volonté", souligne-t-on à l'Elysée.

Les corps de Missak et Mélinée Manouchian, reposaient jusqu'ici dans le cimetière d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne).

Depuis son arrivée à l'Elysée, Emmanuel Macron a organisé l'entrée au Panthéon de l'ancienne ministre Simone Veil, de l'écrivain Maurice Genevoix et de Joséphine Baker.

Il a annoncé le 14 février vouloir y accueillir l'ancien ministre de la Justice récemment décédé Robert Badinter, qui fit abolir la peine de mort en France en 1981. (Reportage Elizabeth Pineau, avec Zhifan Liu, édité par Kate Entringer et Jean Terzian)