Pourquoi la croissance mondiale peut résister en 2019, selon Candriam

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04/01/2019 | 16:41
(AOF) - Était-ce seulement un effet de saison ? Au printemps 2018, l’humeur générale était encore à l’optimisme : le FMI revoyait de nouveau à la hausse ses prévisions de croissance de l’économie mondiale pour 2018 et 2019. Quelques mois ont passé et, début décembre au G20 de Buenos Aires, l’optimisme s’était envolé pour laisser place, sinon au pessimisme, du moins à la prudence. Comment en est-on arrivé là ? Surtout, la croissance mondiale est-elle vraiment menacée ? Telles sont les questions auxquelles se proposent de répondre Florence Pisani, Directrice de la Recherche Économique chez Candriam.

La première inquiétude vient des pays émergents qui dépendent de l'épargne du reste du monde : la prudence aujourd'hui plus importante des investisseurs, conjuguée au relèvement des taux d'intérêt de la Réserve fédérale, qui rend les placements sans risque américains plus attractifs, crée un contexte dans lequel les pays émergents les plus vulnérables – ceux qui ont un déficit courant, une inflation élevée et des finances publiques dégradées – ont toutes les chances de voir leur croissance ralentir.

" Si les ajustements peuvent s'avérer dramatiques pour ces pays, pour l'économie mondiale toutefois l'effet de freinage restera modeste ", estime Florence Pisani, qui précise que leur poids cumulé dans les importations mondiales est de l'ordre… de 5 % !

La guerre commerciale engagée avec la Chine constitue un risque bien plus sérieux pour l'économie mondiale : à elles seules, les importations de l'empire du Milieu représentent 10 % des importations mondiales, soit presque autant que les Etats-Unis (13 %).

La Chine reste toutefois une économie largement " administrée " : les autorités ont déjà annoncé des mesures d'assouplissement du crédit – hausse des facilités de réescompte des prêts aux entreprises privées, mise en place d'un mécanisme de rehaussement de crédit pour les obligations d'entreprises privées en difficultés…

Surtout, différentes mesures budgétaires (baisse de l'impôt sur le revenu concentrée sur les ménages les plus modestes, baisses de certains taux d'impôt pour les entreprises des secteurs technologiques…) devraient venir soutenir la demande privée. " Même si elle a ralenti depuis l'été 2018, l'économie chinoise est loin d'avoir calé ! ", explique la Directrice de la Recherche Économique chez Candriam.

Enfin, l'économie américaine est en passe de connaître son expansion la plus longue de l'après-guerre. L'indice ISM composite, à 62 en novembre, continue de défier les Cassandre. Le taux de chômage a retrouvé son niveau le plus bas depuis… la fin des années 1960 et l'accélération de la croissance de la masse salariale fournit toujours un soutien solide à la dépense des ménages. La hausse des dépenses publiques décidée par le Congrès continuera aussi à tirer la croissance en 2019. Les Etats-Unis devraient ainsi afficher cette année encore une croissance supérieure à leur potentiel.

Bien sûr, Akerlof et Shiller l'ont rappelé dans un ouvrage célèbre : les fluctuations économiques ne sont pas seulement la résultante de décisions rationnelles. Les " esprits animaux " – pour reprendre l'expression de J. M. Keynes – jouent aussi un rôle essentiel : si l'incertitude liée à la guerre commerciale dure trop longtemps, les entreprises finiront par reporter leurs projets d'investissement et leurs embauches.

" Souhaitons que la trêve décidée à Buenos Aires ne soit pas un simple entracte ! ", conclut Florence Pisani.

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