L'inflation à quitte ou double

10/08/2022 | 09:04

Le rouge a dominé les places boursières hier, où les actions cycliques et technologiques sont redevenues suspectes après avoir profité du début de l'été pour regagner en popularité. Un léger regain de prudence qui coïncide avec la publication cet après-midi aux Etats-Unis des chiffres de l'inflation du mois de juillet, qui vont constituer un important marqueur de l'évolution de la politique monétaire de la Fed. Je vais donc beaucoup écrire sur l'inflation ce matin, avec un crochet par EDF et Elon Musk.

Les indices boursiers ont plutôt perdu du terrain hier, à de rares exceptions près. Le bilan était de -0,5% à Paris, de -0,3% à Zurich, de -1,1% à Francfort et de -0,4% à New York pour l'indice S&P500. Le reflux des valeurs technologiques a été accentué par les commentaires prospectifs prudents de Nvidia et Micron, des stars des semiconducteurs. La séance était typique d'un petit retour de l'aversion au risque avec trois secteurs dans le vert, la Santé, les Services collectifs et le Pétrole. Autant dire que les aventuriers n'étaient pas vraiment de sortie ce 9 août, qui je l'apprends ce matin était le jour de la Saint-Amour. Pas d'amour du risque donc (pardon).

Je m'étends un peu sur l'inflation aujourd'hui, puisque c'est à la mode, en donnant quelques clefs de compréhension de la situation aux Etats-Unis (l'Europe suit toutefois de très près, même si ses amortisseurs politico-sociaux traditionnels ont permis de limiter un peu les dégâts). Pour cette explication, je m'appuie sur le communiqué détaillant les chiffres de l'évolution des prix à la consommation de juin, disponible sur le site de l'US Bureau of Labor Statistics. Les prix ont augmenté de 1,3% entre mai 2022 et juin 2022, ce qui est considérable. Pour vous donner une idée, un produit à 1 EUR qui subirait un an de hausse mensuelle de cet acabit vaudrait presque 1,17 EUR un an plus tard, donc près de 17% de plus. Ce n'est pas tout à fait ce qui s'est passé aux Etats-Unis en un an, mais les prix ont quand même flambé de 9,1%. Ce sont ceux de l'énergie qui ont le plus progressé en un an (l'essence a pris 60% par exemple), mais les produits alimentaires sont aussi en surchauffe : +12,2%. En bas de l'échelle, le prix des services n'a progressé que de 5,5% si je puis dire, hormis ceux liés aux transports qui ont répercuté la hausse des prix de l'énergie. Les investisseurs suivent à la fois l'inflation de base, celle dont je viens de parler, et l'inflation dite "core" ou "sous-jacente" comme on le dit parfois en français, c’est-à-dire la hausse des prix hors alimentation et énergie, qui sont les deux composantes les plus volatiles. L'inflation "core" aux Etats-Unis était de 0,7% entre mai et juin 2022 et de 5,9% sur un an.

A quoi faut-il s'attendre cet après-midi ? Selon le consensus, à un ralentissement de l'inflation, par le truchement du coup de frein économique et de la décrue des matières premières, que ce soit l'énergie ou les métaux. Les économistes estiment que l'inflation mensuelle passera de 1,3% en juin à 0,2% en juillet pour la base, et de 0,7% en juin à 0,5% en juillet pour la partie "core".

Et comment le marché devrait-il réagir (notez le conditionnel) ? En ce qui concerne cette statistique d'inflation, on n'appliquera pas le principe populaire dernièrement "c'est une bonne nouvelle pour l'économie mais c'est une mauvaise nouvelle pour les marchés boursiers". En effet, si la surchauffe des prix ralentit comme prévu, les ménages seront contents parce que l'érosion de leur pouvoir d'achat s'atténuera. Et les financiers seront contents parce que cela signifiera que la banque centrale américaine est en train de gagner son combat contre l'inflation et que les hausses de taux cesseront de s'empiler un peu plus tôt que prévu. Le scénario un peu catastrophe du jour serait (notez le conditionnel), on l'aura compris, une poursuite de la divagation haussière des prix dans des proportions supérieures aux attentes, qui ferait craindre une politique monétaire encore plus punitive, et donc un risque accentué de sortie de route économique. Les conséquences ont l'air un peu plus binaires que d'habitude, de mon point de vue (notez l'absence de conditionnel mais le "ont l'air"). Verdict à 14h30.

Quant à l'actualité des sociétés, elle n'est pas aussi maigre qu'il n'y paraît pour un 10 août (c'est la Saint-Laurent, dont j'ai deux représentants dans mon équipe, qui ne seront canonisés que s'ils ramènent des croissants ce matin). Ainsi quelques résultats trimestriels parsèment encore les agendas (Walt Disney, Ahold Delhaize, Prudential, ABN Amro ou Vestas notamment). La palme de la situation cocasse revient à Electricité de France qui a déposé un recours contentieux contre la décision de l'Etat de forcer l'énergéticien à revendre davantage d'électricité à prix à cassé à ses concurrents pour contrer la hausse des prix de l'énergie pour les particuliers. EDF réclame 8,34 Mds€ d'indemnités devant le Conseil d'Etat. Cette affaire est un concentré de la schizophrénie de la politique énergétique française : on se plaint de l'état du parc énergétique d'EDF en lui sucrant ses ressources pour soutenir une filière concurrentielle qui n'a pas rempli sa part du contrat de développement d'actifs de production. C'est une vue très réductrice bien sûr – la situation est bien plus complexe - mais il va falloir songer à mettre un peu de bon sens là-dedans. Retirer EDF de la cote pour aider à dépassionner le débat est une bonne première étape, mais il restera pas mal de boulot par la suite pour arriver à quelque chose de cohérent.

L'autre actualité qui a dominé la sphère médiatico-financière nocturne est l'annonce de la cession de 6,9 Mds$ d'actions Tesla par Elon Musk. Le milliardaire a besoin d'argent frais dans l'hypothèse où il serait forcé par la justice de racheter Twitter, après avoir renoncé à l'opération de façon unilatérale en accusant le réseau social d'avoir pipeauté le nombre d'utilisateurs réels en ignorant la part réelle de faux comptes sur la plateforme. Musk pense qu'il est plus prudent de procéder ainsi que de céder des actions dans l'urgence dans l'éventualité, qu'il espère "peu probable" où il perdrait en justice. Une explication postée sur… Twitter évidemment.

En Asie Pacifique, tout est rouge ce matin et la Chine plus que les autres. Les valeurs cycliques et les grosses technologiques pèsent à Hong Kong et à Shanghai. Pékin a annoncé cette nuit que les prix à la consommation sont en hausse de 2,7% sur un an, ce qui est inférieur aux anticipations. Les prix à la production se sont accrus de 4,2% mais sont eux aussi moins élevés que prévu. Difficile d'en tirer des conclusions. Les indicateurs avancés européens sont baissiers ce matin, mais sans excès. La tension risque toutefois de monter au fur et à mesure que l'on se rapprochera de 14h30. Le CAC40 a démarré la séance en baisse de 0,3% à 6469 points.

Les temps forts économiques du jour

Le gros morceau de la journée, c'est donc l'inflation américaine de juillet à 14h30. Tout l'agenda macro ici. Ce matin, la Chine fait état d'une inflation inférieure aux attentes en juillet, à 2,7% (consensus 2,9%). Les prix à la production sont en hausse de 4,2% mais eux-aussi en-deçà des attentes (4,9%).

L'euro remonte à 1,0213 USD. L'once d'or accroche les 1790 USD. Le pétrole reperd un peu de terrain, avec un Brent de Mer du Nord à 96 USD le baril et un brut léger américain WTI à 90,15 USD. Le rendement de la dette américaine à 10 ans s'établit à 2,80%. Le bitcoin est repassé sous les 23 000 USD.

Les principaux changements de recommandations

  • Acerinox : Morgan Stanley démarre le suivi à conserver en visant 11 EUR.
  • Aperam : Morgan Stanley démarre le suivi à conserver en visant 29 EUR.
  • Autostore : SpareBank passe de neutre à vendre en visant 14 NOK.
  • Azelis : Jefferies reste à conserver avec un objectif de cours relevé de 22 à 26 EUR.
  • Evotec : Morgan Stanley passe de surpondérer à souspondérer en visant 32 EUR.
  • Genmab : AlphaValue reste à accumuler avec un objectif de cours relevé de 2769 à 3090 DKK.
  • Hugo Boss : Jefferies reste à l'achat avec un objectif de cours relevé de 64 à 66 EUR.
  • Lonza : Morgan Stanley passe de pondération en ligne à surpondérer en visant 800 CHF.
  • Norsk Hydro : AlphaValue reste à accumuler avec un objectif de cours relevé de 75,50 à 75,60 NOK.
  • Outokumpu : Morgan Stanley démarre le suivi à surpondérer en visant 6 EUR.
  • Pets at Home : Jefferies démarre le suivi à l'achat en visant 425 GBp.
  • Prysmian : Intesa passe d'accumuler à acheter en visant 39,20 EUR.
  • Safestore : HSBC passe de conserver à acheter en visant 1414 GBp.
  • SGL Carbon : Kepler Cheuvreux passe de conserver à acheter en visant 8,20 EUR.
  • Signify : Morgan Stanley passe de souspondérer à pondération en ligne en visant 35 EUR.
  • XP Power : HSBC passe d'acheter à conserver en visant 2434 GBp.

En France

Annonces importantes (et moins importantes)

  • Electricité de France saisit le Conseil d'Etat contre l'Etat au sujet de l'ARENH en réclamant 8,34 Mds€.
  • CMA CGM monte à 5% d'Eutelsat.
  • Colas rachète l'ensemble des parts du groupe Hasselmann.
  • Pharmasimple prend 5% de Phytocann.

Dans le monde

Résultats des sociétés

  • ABN Amro : Les trimestriels sont plus élevés que prévu, en dépit de la hausse des coûts subie par la banque.
  • Ahold Delhaize : Le projet d'IPO de Bol est reporté. Le distributeur relève ses prévisions de bénéfice par action et de free cash-flow.
  • Alcon : Le groupe réduit ses prévisions 2022.
  • Coinbase : Le titre perd 5% hors séance après avoir manqué le consensus de chiffre d'affaires.
  • Evonik : Le chimiste allemand a dégagé un Ebitda de 728 M€ au T2, un peu plus élevé que ce que prévoyait le consensus.
  • Honda : Le constructeur enregistre une baisse de 9% de son bénéfice au 1er trimestre fiscal, mais dépasse les estimations.
  • Roblox : Le titre perd 10% hors séance après ses trimestriels.
  • Toshiba : le Japonais enregistre une perte d'exploitation trimestrielle surprise en raison de la hausse des coûts des matériaux.
  • Vestas : Le fabricant d'éoliennes publie des résultats moins élevés que prévu au T2.

Annonces importantes (et moins importantes)

Lectures

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