Point de bascule monétaire

14/03/2022 | 09:01

La guerre en Ukraine occupe toujours le centre du jeu pour démarrer la semaine, mais l'actualité politico-financière s'enrichit de nouvelles variables : la décision de politique monétaire que la banque centrale américaine doit prendre mercredi et la résurgence du coronavirus en Chine. Car pendant que la France se démasque, des millions de personnes ont été reconfinées à Shanghai et Shenzhen.

Je débute ce matin par un rapide bilan des tendances boursières récentes. Les marchés actions occidentaux ont poursuivi leur chassé-croisé la semaine dernière, avec un bilan hebdomadaire positif en Europe mais négatif aux Etats-Unis. La semaine précédente, les Etats-Unis avaient bien mieux résisté au choc de la guerre en Ukraine que le vieux continent. Depuis le 1er janvier, les principaux indices mondiaux perdent entre 10 et 15%, à deux exceptions près : le Dow Jones, qui limite ses pertes à -8,7%, et le Nasdaq 100, qui les creuse à -18,5%. Je fais exception de l'indice russe RTS, dont le passif dépasse 40% et qui n'a toujours pas recoté depuis le 25 février. Hier, la banque centrale russe a d'ailleurs prolongé la suspension jusqu'au 18 mars. Je rappelle ici que le RTS est l'indice de la Bourse de Moscou en rouble, qui est doublé du MOEX, son alter-ego en dollars. Pour les amateurs d'anecdotes, sachez que Zonebourse venait d'ouvrir mi-février à ses lecteurs l'accès aux indices russes. Quelques jours après la mise en production, ils ont arrêté de coter. Mauvais timing.

La baisse du Nasdaq est un excellent indicateur de l'aversion actuelle des investisseurs pour le risque. Les lecteurs réguliers savent que j'aime utiliser l'ETF Ark Innovation de Cathie Wood comme baromètre inversé de l'appétit du marché pour les investissements audacieux : avec un cours descendu à 55,5 USD, il en est à -41% depuis le début de l'année, ce qui signifie qu'il fait à peu près la même performance que le RTS. Alors évidemment, c'est mal de tirer sur l'ambulance. Mais Miss Wood n'étant pas avare d'autosatisfaction quand tout va bien, il n'est pas illogique qu'elle soit un peu chahutée quand les temps sont durs. Les entreprises dont les multiples sont exubérants continuent à se faire sabrer, alors que la réduction de la liquidité à venir va forcer les investisseurs à être plus sélectifs dans la qualité des dossiers qu'ils soutiennent.

Les marchés restent ballotés par les conséquences immédiates et futures du conflit en Ukraine. Jusqu'ici, les investisseurs avaient pris l'habitude de s'enthousiasmer aux moindres annonces de négociations et de sombrer dans la déprime à l'évocation des échecs dans les pourparlers. L'expérience montre que le temps qui passe réduit les réactions épidermiques, mais nous n'en sommes pas encore à ce stade ce matin. J'en veux pour preuve que l'annonce de reprise du dialogue entre russes et ukrainiens ou la rencontre prévue entre deux hauts diplomates américain et chinois contribuent à ancrer les indicateurs avancés dans le vert. Et tant pis si des rumeurs laissent penser que la Russie aurait demandé à la Chine une aide économique et en matériel militaire pour l'aider en Ukraine.

Outre les suites de ce conflit aux relents de siècle dernier – nous avons tous la mémoire courte - les marchés vont peu à peu s'emparer du changement de paradigme monétaire qui s'annonce mercredi. A force d'en parler à tort et à travers depuis des mois, on aurait presque oublié que la banque centrale américaine n'a pas encore officiellement donné le coup d'envoi d'une politique destinée à lutter contre l'inflation en utilisant la bonne vieille arme de la hausse des taux directeurs, censée réduire progressivement la quantité de monnaie en circulation. La Fed se réunit sur deux jours à partir de mardi et donnera par conséquent son verdict mercredi à 20h00 heure de Paris : en l'occurrence, l'annonce d'une hausse de taux de 25 points de base, tour de vis inaugural qui devrait être suivi par une série d'autres tout au long de l'année. Les économistes se demandent en combien de temps la banque centrale pourra reprendre le contrôle de l'inflation après avoir été débordée ces derniers mois. Je me trompe peut-être mais j'ai l'impression que les banquiers centraux n'en savent rien non plus.

La politique monétaire et la guerre en Ukraine sont donc toujours les déterminants majeurs du moment. J'y ajoute un point de vigilance sur la reprise du coronavirus en Chine, qui pourrait contrarier un peu plus des lignes d'approvisionnement déjà fragiles. En Asie, Tokyo reprend 0,6% et Sydney un peu plus de 1%. La Chine déprime toujours avec des baisses marquées pour le Hang Seng à Hong-Kong et le CSI300 à Shanghai, plombés par les valeurs technologiques et le retour de la pandémie. Le CAC40 gagnait 0,7% à 6309 points à l'ouverture. 

Les temps forts économiques du jour

La production industrielle de la zone euro de janvier sera le seul indicateur économique majeur du jour (11h00).

L'euro est redescendu en direction de 1,09. L'once d'or perd un peu de terrain à 1972 USD. Le pétrole est toujours volatile, avec un Brent de Mer du Nord à 109,70 USD et un brut léger américain WTI à 106,14 USD. Le rendement de la dette américaine dépasse à nouveau du cap des 2%, à 2,01% sur 10 ans, et le Bund est stable à 0,24%. Le bitcoin navigue autour de 38 500 USD.

Les principaux changements de recommandations

  • Adevinta : Jefferies reste à l'achat avec un objectif réduit de 130 à 115 NOK.
  • Amundi : Crédit Suisse réduit son objectif de 78 à 69 EUR.
  • Atresmedia : Barclays passe de pondération en ligne à souspondérer en visant 3,50 EUR.
  • Bayer : Jefferies reprend le suivi à l'achat en visant 64 EUR.
  • Belimo : Morgan Stanley passe de pondération en ligne à surpondérer en visant 530 CHF.
  • BNP Paribas : J.P. Morgan réduit son objectif de cours de 73 à 62 EUR.
  • Carlsberg : Berenberg passe de vendre à conserver en visant 835 DKK.
  • Compagnie d'Entreprises CFE : Berenberg reste à l'achat avec un objectif relevé de 130 à 147 EUR.
  • Credit Agricole : J.P. Morgan passe de surpondérer à neutre en visant 12,50 EUR.
  • CRH : Jefferies reste à l'achat avec un objectif de cours réduit de 61,80 à 53,10 EUR.
  • Danone : Bernstein est passe de performance de marché à surperformance en visant 56 EUR.
  • Dufry : UBS reste neutre avec un objectif de cours réduit de 48 à 46 CHF.
  • EssilorLuxottica : Berenberg reste à l'achat avec un objectif réduit de 210 à 195 EUR.
  • Faurecia : Jefferies reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 38 à 28 EUR.
  • Home24 : Jefferies reste à l'achat avec un objectif de cours réduit de 23 à 13 EUR.
  • K+S : Berenberg passe d'acheter à conserver en visant 22 EUR.
  • Kendrion : Berenberg reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 20 à 12 EUR.
  • Kering : Citigroup réduit son objectif de cours de 860 à 741 EUR.
  • Lanxess : Jefferies reste à l'achat avec un objectif réduit de 72 à 62 EUR.
  • Leonardo : AlphaValue reste à accumuler avec un objectif relevé de 10,30 à 10,60 EUR.
  • Maisons du Monde : Berenberg reste à l'achat avec un objectif relevé de 27 à 28 EUR.
  • Mercedes : Jefferies reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 82 à 66 EUR.
  • Nestlé : Exane BNP Paribas passe de neutre à surperformance en visant 135 CHF.
  • Nordea : AlphaValue passe d'accumuler à alléger en visant 94,90 SEK.
  • Ocado : Jefferies reste à conserver avec un objectif réduit de 1850 à 1300 GBp.
  • Publicis : Barclays passe de surpondérer à pondération en ligne en visant 65 EUR.
  • Reckitt : Bernstein passe de performance de marché à sousperformance en visant 5300 GBp.
  • Rémy Cointreau : Exane BNP Paribas passe de neutre à surperformance en visant 205 EUR.
  • Renault : Jefferies reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 41 à 25 EUR.
  • Schibsted : Jefferies reste à l'achat avec un objectif réduit de 320 à 305 SEK.
  • Société Générale : J.P. Morgan réduit son objectif de cours de 41 à 32 EUR.
  • Stellantis : Jefferies reste à l'achat avec un objectif de cours réduit de 25 à 20 EUR.
  • Ströer : Barclays passe de pondération en ligne souspondérer en visant 65 EUR.
  • SMCP : Goldman Sachs passe de vendre à neutre en visant 8,30 EUR.
  • Unicredit : J.P. Morgan passe de surpondérer à neutre en visant 12 EUR.
  • Universal Music Group : Barclays passe de pondération en ligne à surpondérer en visant 24 EUR.
  • Wizz Air : Citigroup reste à la vente avec un objectif de cours réduit de 3500 à 2300 GBp.
  • Wolters Kluwer : Barclays passe de pondération en ligne à surpondérer en visant 110 EUR.
  • WPP : Barclays passe de surpondérer à pondération en ligne en visant 1250 GBp.

En France

Annonces importantes (et moins importantes)

  • Kering a signé un accord en vue de l'acquisition du lunetier américain Maui Jim.
  • L'investisseur Clearway demande à TotalEnergies de quitter la Russie ou de se soumettre au vote des actionnaires.
  • Sanofi en échec en phase II avec l'amcenestrant dans le traitement du cancer du sein.
  • Safran a cessé d'opérer en Russie.
  • Le gouvernement a publié samedi les textes augmentant le quota d'électricité vendu à prix réduit par Electricité de France à ses concurrents dans le cadre du bouclier tarifaire. EDF qui a encore averti sur ses objectifs.
  • Orpea a désigné deux cabinets pour mener une évaluation extérieure et indépendante. Le groupe a publié des résultats et a renoncé au rachat d'Hestia.
  • Groupe Gorgé entre en négociations exclusives pour racheter iXblue pour 410 M€.
  • MND a deux contrats représentant 19,6 M€ à facturer avec la Russie.
  • Pharmasimple tire les 0,5 M€ restants sur sa ligne de financement dilutive de 10 M€.
  • Erytech et Encres Dubuit ont publié leurs comptes.

Dans le monde

Annonces importantes (et autres)

Lectures

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