Le grand bazar de l'inflation

13/04/2022 | 09:03

Les signaux contradictoires sur l'inflation américaine en mars ont donné du fil à retordre aux investisseurs hier. La baisse l'a finalement emporté, mais une baisse très modeste. Les entreprises commencent à publier leurs résultats du 1er trimestre. C'était encore très bon pour LVMH, en attendant les chiffres des financières américaines à la mi-journée.

Nous avons encore eu droit hier à un moment un peu compliqué à interpréter, lors de la publication des chiffres de l'inflation américaine du mois de mars. Pour mémoire, l'évolution des prix est un déterminant majeur de la politique monétaire aux États-Unis, surtout lorsque les banquiers centraux doivent se dépatouiller d'une situation inflationniste que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. En l'occurrence, la hausse des prix était à peu près aussi impressionnante que prévu entre février et mars, et plus encore sur une base annuelle, mais c'est la composante sous-jacente (on dit "core" aux Etats-Unis), c'est-à-dire expurgée des éléments les plus volatils, qui a marqué une inflexion.

Pour être un peu moins abscons, la hausse des prix globale a atteint 8,5% sur un an aux États-Unis, dont 1,2% de progression en un mois. Mais hors énergie et aliments, la hausse annuelle se "limite" à 6,5% et l'évolution mensuelle à 0,3%. Les sceptiques ont noté que c'est le marché des véhicules d'occasion qui a enfin freiné, ainsi que les coûts d'éducation. Pour le reste, c'est toujours la surchauffe.

Au niveau boursier hier, les investisseurs se sont d'abord focalisés sur cette inflation "core" moins forte que prévu. A l'annonce des chiffres à 14h30, les indices européens ont d'ailleurs gommé presque instantanément leurs pertes. Quel est leur raisonnement ? Eh bien que le pic d'inflation est passé ou très proche, que la Fed n'aura pas à trop forcer sur la pédale de frein et que le risque a tendance à se réduire. C'est aller un peu vite en besogne, mais c'est l’idée. La vice-présidente de la banque centrale américaine, Lael Brainard, a effectivement jugé les chiffres encourageants après leur parution. Mais elle a aussi rappelé qu'un mois ne fait pas une tendance et la nécessité pour la Fed de pratiquer une politique monétaire plus restrictive. Plus globalement, les économistes prennent acte mais soulignent que la modération de la hausse des prix prendra beaucoup de temps.

Au final, Wall Street a terminé en repli, après avoir démarré la séance tambour battant. Une petite baisse, de l'ordre de 0,3% pour les trois indices, mais une baisse quand même. On dirait que l'appétit pour le risque a quand même un peu ralenti ces dernières semaines, alors que chaque micro-bonne nouvelle était saluée par une orgie d'indices haussiers il n'y a pas si longtemps. Je n'irais pas jusqu'à dire que le marché a égaré son FOMO, mais il s'est quand même passé quelque chose. Une fois encore, c'est le marché obligataire qui semble avoir eu l'approche la plus rationnelle. Le rendement de la dette américaine à dix ans, qui avait dépassé 2,8% la veille, est revenu autour de 2,7%, signe que le marché a intégré une évolution un tout petit peu moins agressive de la hausse des prix et donc de l'évolution des taux directeurs.

Quelques mots de géopolitique ce matin. Sur le front ukrainien, on peut parler de calme avant la tempête. Si le scénario qui fait consensus est vrai, Moscou fourbit ses armes pour un assaut dans le sud du pays. Pendant ce temps, Joe Biden accuse la Russie de génocide et mobilise les industriels américains pour renforcer l'arsenal ukrainien. Vladimir Poutine a de son côté souligné que les pourparlers de paix sont au point mort et que la détermination de son pays est intacte. Des déclarations qui ont contribué à faire remonter le prix du baril, avec un WTI qui est revenu à 100 USD.  

L'agenda macroéconomique comprend encore des évolutions de prix : prix à la consommation au Royaume-Uni et prix à la production aux Etats-Unis. En attendant demain la décision de la banque centrale européenne sur ses taux. Côté sociétés, les résultats de la plus grande banque américaine JPMorgan Chase et du principal gestionnaire d'actifs mondial BlackRock seront publiés à la mi-journée. Ce matin en Europe, ce sont le distributeur britannique Tesco ou le roi du chocolat Barry Callebaut qui s'y collent. Hier soir, LVMH a encore prouvé sa capacité d'adaptation en augmentant ses ventes de 23% au 1er trimestre. J'ai failli écrire "LVMH, la plus grosse capitalisation européenne", mais l'entreprise a perdu son titre au profit de Nestlé à cause de sa glissade du début d'année.

Je termine sur deux anecdotes qui concernent des patrons automobiles. Ce gredin d'Elon Musk a été mis en cause par des ex-actionnaires de Twitter qui pensent qu'ils n'auraient pas vendu leurs titres si le patron de Tesla avait déclaré moins tardivement son investissement dans le réseau social. De son côté, Luca de Meo, qui dirige Renault (un constructeur qui pèse actuellement 157 fois moins que Tesla en bourse, outch) a confirmé une rumeur qui tournait depuis quelques jours : la marque au losange réfléchit à une cotation séparée des activités du groupe dans l'électrique. Une façon de réveiller l'attrait des investisseurs pour un dossier qui est au fond du trou depuis un moment.

Les indicateurs avancés sont positionnés autour de l'équilibre en Europe à l'heure où j'écris ces lignes, mais les "futures" américains sont plutôt bien ancrés dans le vert et les marchés asiatiques rebondissent. Le CAC40 gagne finalement 0,08% à 6543 points peu après l'ouverture.

Les temps forts économiques du jour

L'inflation britannique de mars (8h00), la production industrielle européenne de février (11h00) et l'indice des prix à la production de mars aux Etats-Unis (14h30) sont les trois attractions du jour. Tout l'agenda macro ici. Ce matin, le Japon a fait état de commandes de machines en chute de 9,8% en février (consensus -1,5%) et la banque centrale néozélandaise a plus relevé que prévu ses taux directeurs.

L'euro perd du terrain à 1,0835 USD. L'once d'or redevient tendance à 1969 USD. Le pétrole remonte avec un Brent de Mer du Nord à 104,5 USD le baril et un brut léger américain WTI à 100,7 USD. Le rendement de la dette américaine à 10 ans a baissé par rapport à la veille, à 2,74%. Le bitcoin navigue autour de 40 000 USD pièce.

Les principaux changements de recommandations

  • Adidas : Baader Helvea passe d'accumuler à alléger en visant 190 EUR.
  • Adyen : AlphaValue reste à accumuler avec un objectif relevé de 2003 à 2031 EUR.
  • Allianz : Jefferies reste à l'achat avec un objectif réduit de 265 à 260 EUR.
  • Aurubis : Baader Helvea passe d'acheter à accumuler en visant 110 EUR.
  • BASF : Stifel passe d'acheter à conserver en visant 63 EUR.
  • Covestro : Stifel passe d'acheter à conserver en visant 53 EUR.
  • Crédit Agricole : Morgan Stanley passe de pondération en ligne à souspondérer en visant 11,50 EUR.
  • Derwent : J.P. Morgan passe de neutre à surpondérer en visant 4200 GBp.
  • Ekinops : Portzamparc reste à l'achat avec un objectif relevé de 8,30 à 8,50 EUR.
  • Glanbia : Berenberg reste à l'achat avec un objectif de cours réduit de 16 à 14,50 EUR.
  • Great Portland Estates : J.P. Morgan passe de neutre à surpondérer en visant 900 GBp.
  • Hammerson : J.P. Morgan passe de neutre à souspondérer en visant 2860 GBp.
  • ITM Power : RBC passe de performance sectorielle à surperformance en visant 500 GBp.
  • Land Securities : J.P. Morgan passe de surpondérer à neutre en visant 900 GBp.
  • Polytec : Baader Helvea passe d'acheter à alléger en visant 6,70 EUR.
  • Roche : Morgan Stanley reste à pondération en ligne avec un objectif de cours réduit de 400 à 395 CHF.
  • Sartorius AG : Berenberg passe de conserver à acheter en visant 490 EUR.
  • Solaria Energia : Citigroup passe de neutre à vendre en visant 17,20 EUR.
  • Topdanmark : Berenberg reste à conserver avec un objectif de cours relevé de 375 à 394 DKK.
  • Verbund : AlphaValue reste à la vente avec un objectif de cours relevé de 59,30 à 77,30 EUR.
  • Wavestone : Portzamparc passe de conserver à renforcer en visant 49,50 EUR.

En France

Annonces importantes (et moins importantes)

  • LVMH affiche une croissance organique de 23% au T1, tirée par la mode et la distribution, avec un trimestre plus compliqué pour les vins & spiritueux.
  • Stellantis va regrouper ses services financiers automobiles chinois sous un nouveau modèle commercial.
  • Renault envisage une éventuelle cotation séparée des actifs liés aux véhicules électriques.
  • Air Liquide a cédé ses activités Industriel Marchand aux Emirats Arabes Unis.
  • TotalEnergies et ENEOS s'associent pour développer l'énergie solaire décentralisée pour les clients B2B en Asie.
  • Iliad serait intéressé par les activités de services domestiques aux consommateurs de Telecom Italia.
  • Gaztransport & Technigaz concevra les cuves de deux méthaniers pour DSME.
  • SRP Groupe rachète The Bradery.
  • Wavestone et Nomadéis se rapprochent pour devenir un acteur majeur du conseil en développement durable.
  • Getlink s'engage avec Salesforce.
  • Audacia et Starburst s'allient pour financer les DeepTech du domaine Aéronautique, Spatial et Défense.
  • Chargeurs va racheter jusqu'à 8 M€ d'actions.
  • Witbe signe un gros contrat avec un câblo-opérateur américain "de premier plan".
  • Mare Nostrum met en place un rachat d'actions.
  • Christian Dior, Riber, Cast, Patrimoine et Commerce, Bilendi, Ekinops et Omer-Decugis ont publié leurs comptes.

Dans le monde

Annonces importantes (et autres)

  • La presse suisse évoque des suppressions d'emploi importantes chez Novartis.
  • GlaxoSmithKline va racheter la biotech Sierra Oncology pour 1,9 Md$.
  • D'anciens actionnaires de Twitter déposent un recours contre Musk, coupable selon eux d'avoir tardé à déclarer ses positions dans le réseau social.
  • Lors de la prochaine AG, ISS recommande de rejeter la décharge des dirigeants du Crédit Suisse, recommandation déjà formulée par Glass Lewis.
  • Phillips 66 nomme Mark Lashier au poste de PDG.
  • ISS déclare que les réformes salariales de Wells Fargo sont insuffisantes pour justifier un soutien à la rémunération du PDG.
  • Bâloise ciblée par une cyberattaque.
  • Noble et Maersk Drilling obtiennent de nouvelles autorisations concurrentielles pour se marier, mais attendent le verdict de l'antitrust britannique.
  • Shionogi perd plus de 10% après avoir annoncé que sa pilule covid a des effets négatif sur le développement fœtal.
  • MCH Group va augmenter son capital avec le soutien de ses deux principaux actionnaires.
  • Principales publications de résultats : JPMorgan Chase, BlackRock, Infosys, Fastenal, Tesco, Delta Air Lines, Barry Callebaut, Fraport, Galp Energia, VetoquinolTout l'agenda ici.

Lectures

© Zonebourse.com 2022
Copier lien
Dernières actualités sur ""
04/07
01/07
30/06
29/06
28/06